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Réponse au discours de Nicolas Sarkozy sur l’école

Propos tenus à Marseille le 3 septembre 2006

8 septembre 2006

- Les propos de Nicolas Sarkozy.
- Les commentaires du CRAP-Cahiers pédagogiques.

L’école, c’est la transmission des savoirs, des normes et des valeurs et au premier rang d’entre elles celle du respect.
Premier rang ? Il s’agit bien du respect envers l’adulte. Qu’en est-il du respect de l’élève ?

Je veux une école du respect où les élèves se lèvent quand le
professeur arrive, où l’élève différent n’est pas victime de la vindicte des autres [...].

Quasiment tous les élèves se lèvent quand le prof arrive au début du cours, ça ne change pas grand-chose. Il s’agit d’une règle de civilité et de courtoisie. On est très loin des problèmes réels qui sont de l’ordre de l’inattention, du refus du travail scolaire, etc. Ca ne se règle pas à coup de « règles » justement.

La mission des enseignants n’est pas l’intégration à une société qui est de toute façon la leur, mais la préparation de la vie dans cette société [...].
Que signifie la différence entre les deux ? Est-ce la préparation à la loi de la jungle où triomphent les winners, et aux uns d’accepter leur sort et aux autres de jouer les coudes pour s’en sortir ?

Je veux dire aux pédagogues que s’il ne faut pasécraser la personnalité de l’enfant [...], il ne faut pas pour autant renoncer à l’instruire [...].
Ah bon, il y a antinomie entre les deux ? Enfin, on n’écrasera pas la personnalité, nous voilà rassurés !

Je vous propose un projet éducatif fondé sur l’excellence [...]. Oui, je l’assume, je veux relever le niveau d’exigence.
Tiens donc, il reprend l’intitulé d’un atelier de la rencontre CRAP « exigences communes et excellence de chacun ». Qui est contre ? Mais s’il s’agit d’un contre-projet, de rupture, cela veut dire bien autre chose !

[...]. Je propose d’en finir avec le passage en sixième d’enfants qui ne savent ni lire ni écrire [...].
Retour à avant la réforme Haby. Une France qui va de l’avant ? Tous les systèmes qui pratiquent l’orientation précoce ne marchent pas très bien. Il veut y revenir ? Qu’est-ce qu’on en fait de ces élèves ? Et d’ailleurs, que veut dire exactement "savoir lire" quand on amalgame difficultés de lecture et illettrisme allégrément.

Je propose d’en finir avec le passage automatique dans la classe supérieure, jusqu’en troisième, des élèves qui n’arrivent pas à suivre [...].
Il faut les éjecter vers le professionnel, ou directement vers l’ANPE supposons-nous ?

Je propose que, lorsque les handicaps sont lourds, on organise des classes de quinze élèves et que soient créés pour les familles modestes des internats d’excellence [...].
Tant pis si les classes de niveau « faibles » ont montré leur inefficacité, les recherches concordent pour le dire.
Considérer les élèves en difficultés comme des « handicapés » revient à considérer ces difficultés comme un donné irréversible. Le problème n’est pas tant de regrouper systématiquement ces élèves dans des structures allégées que de concevoir une pédagogie et un rapport au savoir qui leur donne des moyens de réussir. Faite de quoi, la classe de niveau faible deviendra une classe-rebut.

Je propose d’en finir avec l’abaissement du niveau du bac pour pouvoir le donner plus facilement à tout le monde.
Implicitement on abandonne l’objectif de 80% niveau bac. Bien sûr, aucun étayage sur des études précises pour montrer que le bac a baissé de niveau... Mais comme on dit au comptoir du bistro d’en bas, « le niveau baisse tellement qu’il a déjà atteint celui de l’an prochain »

Je propose d’en finir avec l’obligation pour l’Université d’accueillir des enfants qui ne sont pas suffisamment préparés.
Toujours dans le même sens : une école plus sélective. Ou alors, préparons-les mieux (par exemple en modifiant les épreuves du bac, en rétablissant les TPE...) Curieux de voir d’ailleurs le conseil général des Hauts-de-Seine, bastion du sarkozysme, défendre avec ardeur « l’apprendre autrement », financer des heures d’itinéraires de découverte, des projets novateurs, etc., en opposition à cet éloge d’une école du « tais-toi et écoute ! ».

. [...] L’école est là pour vous donner les moyens de penser par vous-même, pour vous mettre en contact avec les plus grandes oeuvres de l’esprit, pour apprendre à faire la différence entre Madame Bovary et un compte rendu de
faits divers dans un journal, entre Antigone et Harry Potter [...].

C’est ce que l’école fait, en règle générale. Le problème n’est sûrement pas d’opposer Bovary et un fait divers, mais de former un lecteur flexible capable d’appréhender les deux, d’établir des ponts culturels (et Harry Potter peut être un médiateur culturel vers les grandes œuvres)

La démocratisation de la culture c’est se donner les moyens de faire
comprendre et aimer Sophocle, Shakespeare ou Racine, ce n’est pas supprimer
Sophocle, Shakespeare ou Racine des programmes pour qu’un plus grand nombre
d’élèves puisse suivre plus facilement.


Qui a parlé de supprimer Sophocle et Shakespeare ? Qui a demandé qu’on les remplace à l’école par les œuvres immortelles de Johnny Halliday et Doc Gynéco ? C’est de la désinformation complète : on fait croire que les pédagogues s’en prennent à la culture alors qu’ils la prennent vraiment au sérieux et cherchent les chemins les plus efficaces pour la faire s’approprier par tous.


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