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L’actualité du n° 510 - Des tâches complexes pour apprendre

«  Relier les mots et l’image  »

Entretien avec avec Marie-Claire Javoy

Lors de la rencontre avec Marie-Claire Javoy, le documentaire Sur le chemin de l’école réalisé par Pascal Plisson, qui raconte l’épopée de cinq enfants dans le monde pour rejoindre leur école, n’est pas encore sorti. Elle a participé au scénario. Trois ans et demi de travail pour l’équipe, depuis la quête de financements, la recherche d’histoires d’enfants autour du monde, le tournage, puis le montage et enfin le lancement. Le moment de montrer ce travail est donc arrivé. Marie-Claire Javoy s’en trouve forcément fébrile, mais comme elle est toujours sur plusieurs projets, pour elle, pas d’attente : tout continue autour. Et c’est sans impatience qu’elle parle, dans un bistrot de Paris, sur fond de thé vert et d’images. De sa vie, de celle des autres surtout.

Son parcours est à voies multiples : réalisatrice de documentaires, monteuse et scénariste, un travail plus solitaire. «  J’ai donc une bonne connaissance du terrain, avec l’impression de projets en cohérence. Tous se nourrissent des autres, tous aboutissent à relier les mots et l’image, mais chacun reste différencié.  » Et ils ont un point commun : celui de raconter des histoires.

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Marie-Claire Javoy © DR

Mais des histoires prises dans la réalité, pas de fiction. Pourquoi ce choix ? «  Déjà quand j’étais petite fille, j’adorais écouter la radio, les infos, les reportages. Et ce que j’aime, ce n’est pas tant inventer des histoires qu’aller au contact des gens, passer du temps avec eux, leur donner le gout de raconter et retransmettre ce qu’ils me disent.  » Marie-Claire Javoy s’est particulièrement tournée vers les femmes, les enfants. Pour la télévision, avec un documentaire sur la grossesse de mères handicapées, où elle a approché de très près le désir d’enfant. « J’ai également fait, et ce fut très compliqué, et très long, puisque cela a duré cinq ans, un reportage sur des religieuses abusées sexuellement par des prêtres.  » Et puis il y eut des portraits croisés, portraits que l’on dit «  de société  » sur le mariage, le célibat, avec, souvent, l’idée d’un passage à vivre avec eux, à leurs côtés pendant le temps du film. Avec le cinéma, on est moins dans le formatage, moins dans une typologie de gens extrêmes, moins tenu à un certain type de commentaire. Mais ce qui fait un bon documentaire ne varie pas : «  Il s’agit de montrer une émotion humaine, d’être fidèle à ce que transmettent les gens, avec une histoire soit extraordinaire, soit emblématique. L’objectivité du point de vue du réalisateur n’existe pas. Au contraire, il va même s’agir d’affirmer un parti pris. Et la caméra ne s’oublie pas, elle s’intègre.  »

Unique et universel

Si la caméra s’intègre, les souvenirs marquants aussi. Chaque fois, elle a appris, des autres, d’elle-même. Dans Les enfants et la guerre, avec Gilles de Maistre, elle a suivi des enfants embarqués dans des situations d’adultes, des enfants soldats, en armes, « tellement attachants, tellement attendrissants  », qui lui rappelleront toujours combien les situations peuvent être complexes, et les désirs ambivalents. Pour Le premier cri, qui relate des grossesses et naissances autour de la planète, elle a accompagné les scénarios, est allée sur les lieux de tournage, jusqu’à un livre. Rien de plus fort pour elle que la naissance, rien de plus courant et pourtant toujours nouveau. «  Unique et universel. Et chaque fois dans l’émerveillement.  » Sur fond de misère, l’émotion n’est pas la même. Mais être là provoque toujours un retour sur la naissance de ses propres enfants, sur la sienne propre, sur ce temps de l’enfance, et en dit long en même temps sur les sociétés, selon leurs manières d’accompagner la grossesse, ou d’accueillir l’enfant et la mère.

Avec Sur le chemin de l’école, lui reviennent ses souvenirs personnels, le lien avec ses grandes sœurs. Et surtout l’autonomie, «  le moment où je me suis aperçue que j’étais toute seule et que je savais me débrouiller : précisément le jour où l’on m’a laissé aller à l’école à pied. Quel sentiment de liberté !  » Mais le film dans lequel elle a le plus appris, c’est le tournage sur les religieuses abusées, ouvrant à la parole jusque-là fermée, interdite, montrant le courage des femmes parlant devant la caméra, avec sincérité et sans désir de vengeance. «  C’était bouleversant, cette force, cette prise de risque.  »

Seule et avec d’autres

Être une femme dans le monde du cinéma, est-ce une difficulté ? Pas pour Marie-Claire Javoy. Dans les relations, lorsqu’il a fallu s’approcher des religieuses, des femmes, c’était plutôt un atout. Mais elle a souvent travaillé avec des hommes pour que se croisent les regards. Et son souhait est de continuer à travailler régulièrement en équipe, pour la continuité, pour sortir de la solitude fréquente dans l’exercice de l’écriture. Et dans le cinéma comme dans l’enseignement, «  pour répartir les compétences complémentaires et se nourrir les uns les autres de nos idées et de nos désirs  ».

Propos recueillis par Christine Vallin

Des tâches complexes pour apprendre

 

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