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Regards linguistiques sur les textes d’élèves (de 5 à 12 ans)

Paul Cappeau etMaire-Noëlle Roubaud, Presses universitaires Blaise-Pascal, 2018

22 mars 2019

Cette nouvelle édition de l’ouvrage « Enseigner les outils de la langue avec les productions d’élèves » (Bordas, 2005) se veut un livre qui aiguise le regard de tout professeur, un livre qui nourrit la culture didactique commune quant à la production d’écrit des élèves. Les auteurs disent avoir observé des enfants de la maternelle à la 6e « qui s’apprennent à écrire », et il est vrai qu’à la lecture, nous accompagnons ces élèves dans le processus long et complexe qu’est l’écriture.

L’ouvrage très clair stimule le professeur : chaque entrée proposée est un problème d’écriture réellement rencontré dans les classes : de « Ecrire les sons » du chapitre 1 à « Perdre le fil : la cohérence dans les textes » du chapitre 11, nous abordons tour à tour les notions nodales d’une grammaire pour mieux écrire : « Le découpage du texte », « La désignation des personnages », mais aussi le problème de « Faire parler les personnages » ; un resserrement progressif, au cœur de l’ouvrage, s’intéresse au verbe (chapitres 6 et 7), tandis que les pôles attendus de l’enseignement de la langue – l’orthographe, la grammaire, le lexique- sont questionnés aux chapitres 8, 9 et 10.

Tous les chapitres suivent un déroulé explicite : une ouverture sur un corpus d’élèves exemplaire (5 ou 6 phrases) sous la rubrique « Dans les textes, vous avez déjà rencontré… » permet en un coup d’œil de circonscrire le problème d’écriture.

La première partie du chapitre donne ensuite au lecteur « Quelques points de repère » : une lecture précise et critique des textes officiels permet de comparer les programmes de 2002, 2008 et 2015 – ces derniers étant reconnus comme les plus en phase avec les avancées de la recherche – le verbe chapitre 6 en est un bon exemple ; « Des clés pour comprendre » actualisent ou précisent les connaissances du professeur, notamment en linguistique et en grammaire ; en évitant tout inflation terminologique, les auteurs définissent des notions centrales pour penser les visées de l’enseignement de la langue à l’école et au collège, comme « le mot » et « la phrase » au chapitre 1 (pages 52 et suivantes), la « langue orale » au chapitre 9 (p. 282) ou encore la différence entre « cohérence » et « cohésion » dans le chapitre 11.

Dans un deuxième temps du chapitre, la partie « Regards sur les textes » propose une analyse linguistique toujours adossée – parfois non sans malice (comme le petit mot d’un élève de GS, figure 18, page 68, non traduit !)- à des textes d’élèves scannés : l’écriture manuscrite des enfants peut faire obstacle mais elle est finalement lue avec plaisir et avec une attention extrême. Lors de ces temps d’analyse, les auteurs convoquent de nombreux références – didacticiens, chercheurs- et choisissent à dessein des citations éclairantes pour aiguiser le regard du professeur ; ainsi dans le chapitre 4 sur les paroles rapportées, la citation de Cathrine Boré (2004) : « toute « lecture » de ces productions doit se garder de les figer dans une théorie de la langue trop puissante. »
Au terme de ces analyses, le professeur sait véritablement regarder la production de l’élève.

L’étude s’achève par un « Bilan » synthétique, qui propose un regard résolument centré moins sur la norme et la correction que sur le processus d’écriture et sur les habilités réalisées par les jeunes élèves. Il ne s’agit pas de lister les manques et les lacunes, mais de mettre à jour les stratégies tentées par les élèves, leurs connaissances implicites pour que le professeur ait en main les leviers pertinents afin d’accompagner tous les élèves.

Le bilan permet aussi de déplacer certaines idées reçues : ainsi dans le chapitre 3 sur la désignation des personnages, il est précisé que « la répétition ne doit pas être obligatoirement étiquetée comme négative. Répéter permet de faciliter le repérage des éléments désignés et participe donc à la cohérence du texte. Il faut éviter de laisser penser que toute répétition doit être bannie ». Dans le chapitre 9 consacré aux erreurs de grammaire, on apprend que « les problèmes de grammaire sont assez peu nombreux. Un grand nombre tiennent à l’organisation globale du texte […] Parmi les faits liés à l’organisation de la phrase, on peut relever la construction de certains verbes et surtout, notamment pour les enfants jeunes, la proposition relative ou l’utilisation de formules figées dont les enfants ne maitrisent pas les contraintes d’emploi. »

La dernière rubrique commune à chaque chapitre « Si vous voulez compléter votre information » propose une courte bibliographie commentée, permettant de faire le lien entre les différents champs convoqués (didactiques, linguistique, grammaire, psychologie…) et d’offrir des références plus ou moins accessibles selon les besoins du lecteur.

Cet ouvrage, stimulant et efficace, initiant une véritable grammaire pour mieux écrire, servira d’emblée aux professeurs dans les classes pour aider les élèves à apprendre à écrire, aux formateurs des ESPE pour travailler l’analyse réflexive des traces élèves, aux étudiants de Licence et de Master se destinant aux métiers de l’enseignement pour découvrir comment un enfant s’engage au long cours dans l’écriture.

Karine Risselin