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L’actualité éducative du n° 496 - mars-avril 2012

Raccrocheurs d’école

Par Christine Vallin


Ma maman était épicière. Elle était toujours là, quand on se levait, quand on rentrait, petite veilleuse de la maison, discrète et laborieuse. Ma maman parlait peu mais elle écoutait beaucoup. Dans la cuisine, en épluchant des pêches talées, entre deux sonneries du magasin qui nous interrompaient. Elle allait servir et puis je reprenais.

Je suppose qu’elle me conseillait, qu’elle me remontait le moral. Pourtant, je me souviens seulement de cette présence, toujours occupée mais toujours disponible. Et surtout d’une expression qu’elle n’employait que dans les grandes occasions, parce qu’elle n’a jamais été femme à dilapider quoi que ce soit. Son expression, c’était : « C’est bien ». Sans mon prénom, sans adverbe, sans envolée de voix. Non, seulement « C’est bien ».

Si je vous raconte ce souvenir, c’est parce que dans les textes de ce numéro des Cahiers, j’ai reconnu les mêmes présences rassurantes qui disaient enfin, ou à nouveau, ou autrement, un de ces « C’est bien » qui aident à poursuivre notre chemin fait de pointillés entre lesquels il faut inventer. Je les ai reconnues dans le dossier bien sur, rattrapant des jeunes un temps perdus dans des blancs entre deux pointillés. Mais aussi dans nos rubriques, dans « Actualités éducatives », avec Jean-Luc Boiré transmettant sa passion du dessin en foyers, dans « Faits et Idées », lorsque Marie-Françoise Olivier et Thierry Delavet décident de faire de la culture un gâteau quotidien, dans « Depuis le temps » où Yvette, soudain, n’est plus ni muette ni si bête, ou dans « Et chez toi ça va », quand Dominique Seghetchian remercie un Jean-Philippe que vous n’oublierez pas de sitôt.

De tant d’auteurs des Cahiers je me dis qu’ils doivent être de sacrés porteurs de « C’est bien ». Et vous-même, cher lecteur, n’avez-vous pas été un jour, à votre insu sans doute, un de ceux-là, devenant alors le raccrocheur d’école dont parlent avec émotion les Pennac, Camus ou nos conversations en « Je me souviens… » ?

Si les coordonnateurs ont recueilli autant de témoignages de ces présences, si nous en recevons même encore à la rédaction, alors c’est une très bonne nouvelle. C’est que l’école bruisse de ces « C’est bien » qui réassurent et nous aident tous à aller plus loin.