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Questionner et valoriser le métier d’enseignant Une double contrainte en formation

Pascal Guibert, Xavier Dejemeppe, Julie Desjardins, Olivier Maulini (sous la direction de), De Boeck, 2019

2 décembre 2019

Les rencontres desquelles est né cet ouvrage cherchent à mettre en évidence les divergences et les continuités existantes dans les différents contextes, suisses, français, belges, italiens. C’est une photographie actuelle de cette double logique en formation, en tension, parfois contradictoire, parfois se complétant l’une l’autre : Questionner et valoriser le métier d’enseignant. Questionner les pratiques, remettre en question, déstabiliser, émettre un doute pour faire naître l’interrogation d’une pratique fixée, sans pour autant fragiliser les formés. Valoriser ce qui existe, renforcer les réussites, les essais, sans figer ces mêmes pratiques soumises à l’évolution constante de la société. Questionner ou valoriser, questionner et valoriser…

Ainsi, à travers les trois premiers chapitres, la première partie de cet ouvrage pose la question centrale de la contrainte entre reconnaître l’expertise et la développer. Quels sont les contextes propices au questionnement qui aident à définir les pratiques ? Notamment dans le premier chapitre où les auteurs Antoine Derobertmasure, Marie Bocquillon et Marc Demeuse font un état des lieux des tensions entre les deux approches instructionistes et (socio)constructivistes. Leur propos les menant à conclure qu’il serait bien plus bénéfique de valoriser le savoir enseigner des enseignants et le questionnement par la recherche. Nous naviguerons par la suite entre la France et l’Italie par un comparatif sous l’angle des politiques de formation puis par une vision Belge de cette problématique.

La deuxième partie du livre, rentre dans le détail en se demandant pourquoi et comment questionner et/ou valoriser les pratiques. Dans le chapitre 5, les auteures Sylvie Fortier et Geneviève Therriault nous emmènent dans les certitudes théoriques puis les doutes pratiques d’une jeune stagiaire qui fait le cheminement vers un métier plus réaliste. Elles mettent en évidence qu’un questionnement des conceptions initiales et une explicitation des croyances peut sans doute aider les formés à appréhender plus facilement la tension entre l’idéal et la réalité du métier. Car c’est bien dans cette réalité du métier que prend vie la formation. Mis en évidence également par Olivier Maulini et Carole Veuthey dans Indignés, vous ?, où l’on se rend compte que l’observation par les stagiaires doit passer souvent par l’indignation pour trouver le questionnement.

Les textes de la troisième partie cherchent à sécuriser le débat afin de mieux questionner les formateurs et les formés. Ainsi, Stéphane Colognesi et Catherine Van Nieuwenhoven nous expliquent comment les formateurs de terrain – maîtres de stage, associé ou praticien formateur selon les pays – sentent qu’ils sont livrés à eux-mêmes, font « comme ils peuvent » pour accompagner leur stagiaire en même temps qu’ils exercent une forte influence sur les formés. La création d’un groupe de recherche volontaire a renforcé ainsi le sentiment de compétence dans l’accompagnement des stagiaires, en se rassurant sur les pratiques existantes, mais a aussi remis en question certaines pratiques pour les faire évoluer.

La dernière partie de cet ouvrage termine cette réflexion par le point de vue des formés sur la formation. On navigue entre l’analyse de la formation continue et le point de vue des enseignants dans leur posture de formés (Marguerite Altet, Pascal Guibert et Vincent Troger), avant d’avoir le point de vue des étudiants en France (Pierre Périer) « Pour s’engager faut-il bien percevoir, douter et être rassuré ? ». Les étudiants qui, d’un coté pensent que la formation ne les prépare pas complètement, ne se détournent pourtant pas de celle-ci.

Melissa Rahal