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L’actualité éducative du N°464 de juin 2008

Quelle tristesse !

Par Laurent Nembrini

À propos des stages de remise à niveau pour les élèves des écoles, printemps 2008.

Je viens de regarder à la télévision un reportage sur la mise en place des stages de remise à niveau pour les enfants de l’école primaire. Une classe aux trois-quarts vide, cinq ou six enfants sont éparpillés dans la classe (sans doute pour qu’ils ne copient pas !), chacun devant une feuille. Le professeur n’a même pas pris soin de rendre la classe accueillante, les chaises inoccupées sont retournées sur les tables, montrant bien, qu’en cette période de vacances, la salle n’était pas destinée à être occupée. Quelle tristesse !
Pourquoi ces enfants en difficulté sont-ils condamnés à plus d’école alors qu’ils auraient surtout besoin d’une école plus adaptée à leurs besoins. Imaginez, au sein d’une fratrie, le regard moqueur du « meilleur élève » bien installé chez lui regardant partir son frère ou sa sœur pour l’école. Imaginez surtout, le sentiment d’injustice que doit ressentir celui qui part. Est-ce là, dès le départ, le mettre dans de bonnes conditions pour apprendre ?....
Ce dispositif a été mis en place à la hâte, sans aucune concertation avec les enseignants, sans aucune réflexion pédagogique, sans lien, je dirais même sans égard pour les pratiques existantes au sein des classes et des établissements. Quel mépris !
Que dire aussi des rythmes scolaires, balayés pour la circonstance ?
Quand on interroge les enseignants volontaires sur leurs motivations, la plupart répondent qu’ils ne croient pas au dispositif, mais qu’ils ont besoin d’argent et que 360 euros défiscalisés c’est toujours bon à prendre. Là aussi, quelle tristesse ! Un enseignant ne devrait-il pas pouvoir vivre décemment du seul fruit de son travail, sans avoir à entrer dans la spirale du « travailler plus pour gagner plus ». L’argent dépensé pour financer cette mesure (équivalent à 3 000 postes environ) ne serait-il pas mieux utilisé en rendant le travail au quotidien plus facile, en réduisant les effectifs des classes par exemple, puisqu’en mettant cette mesure en place le gouvernement avoue la nécessité du travail en petits groupes.
Un des effets pervers de ce dispositif est aussi de créer au sein des équipes enseignantes un climat de défiance et même parfois d’affrontements entre défenseurs et adversaires de celui-ci. Alors que chacun sait qu’une des clés de la réussite de chaque élève réside dans un travail d’équipe des enseignants permettant un meilleur accompagnement des élèves.
Même pour ceux qui y sont favorables, celui-ci peut se révéler discriminant : une mère de famille qui devra faire garder ses enfants n’a pas les mêmes disponibilités pendant ses vacances ni le même intérêt financier qu’un jeune enseignant célibataire.
Par contre, l’idéologie qui préside à la mise en place de ces stages est en parfaite cohérence avec la politique éducative de notre ministre. Il impose des idées simples, voire simplistes, niant des années de recherches en matière de pédagogie et renvoyant les chercheurs à leur complexité et à leur questionnement.
Comme me l’écrivait récemment une collègue : c’est terrifiant, quand les intellectuels sont à ce point disqualifiés !

Laurent Nembrini, Professeur des écoles, Bar-le-Duc.