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N°465 - Dossier "École et familles"

Quand le socle s’empare de questions sensibles

Par Laurent Kauffman

Sommes-nous revenus au temps où Jules Ferry affirmait que l’école devait lutter contre les particularismes, notamment familiaux ? C’est à cela que la mise en place du socle commun pourrait aboutir. L’ambitieux objectif fixé par le Parlement au système éducatif va bien au-delà des sacro-saints programmes puisqu’il empiète sur des domaines relevant davantage de la sphère familiale. On verra ici deux exemples issus des piliers 6 et 7.

Favoriser l’esprit critique

Il est parfois difficile aux enseignants de faire passer le message de l’égalité des sexes. Certaines communautés, notamment religieuses contestent le fait que les filles et les garçons suivent le même enseignement (SVT, EPS). Elles seront tentées de s’opposer à l’apprentissage de ces fondements démocratiques. A ce titre les familles peuvent se sentir soutenues par le manque de clarté de certaines décisions de justice. L’école qui doit organiser les conditions d’une éducation à la sexualité doit aussi se préparer à l’opposition de certains parents. Cependant il est essentiel que l’institution s’empare aussi de ces questions difficiles. On ne peut abandonner à la seule sphère privée l’information et la réflexion sur ce thème. C’est d’ailleurs un formidable objet éducatif tant pour les élèves que pour leurs familles. Au niveau 4ème la vie quotidienne des filles et des garçons est plus qu’explosive et l’étude de ces questions en groupe mixte ou non permet d’apaiser les tensions naturelles. Mais elle peut en exacerber d’autres. Sans tomber dans la caricature culturelle l’école lève parfois le voile sur des pratiques d’un autre temps quand elle est mise au courant du départ « précipité » d’une élève pour un mariage arrangé par la famille. C’est aussi la mission de l’école que de rappeler aux familles le cadre juridique de la société dans laquelle elles vivent. En Europe la femme choisit son conjoint et ne doit pas forcément être vierge, ceci est aussi valable pour l’homme d’ailleurs.

Eduquer à la santé

« Que ta nourriture soit ta première médecine » rappelle Hippocrate le père de la médecine. C’est aussi finalement ce que l’école devra apprendre aux élèves. Que l’on peut aussi être maître de sa santé. Cela passe par le respect de la diététique et de l’équilibre alimentaire. Mais les élèves seront souvent confrontés à d’autres logiques face à l’alimentation familiale (et collective dans certaines cantines). D’ailleurs l’institution scolaire a dû s’adapter à certaines influences religieuses et culturelles et servir d’autres viandes en même temps que le porc dans les cantines. L’organisation des petits-déjeuners dans les collèges est l’occasion d’ouvrir une large fenêtre sur les pratiques familiales. Combien d’enfants mangent seuls, des aliments parfois totalement inadaptés et dangereux pour la santé comme des chips ou des sodas ? Combien ne mangent pas du tout, parce que d’après les parents ils ne veulent rien ? Certains objecteront que ce n’est pas au système éducatif de pallier à ce type de carence éducative. Au contraire, c’est à l’école d’éduquer aussi sur cet aspect essentiel de la vie. Ne serait-ce que pour être sûr que les élèves puissent être réceptifs aux savoirs dispensés. C’est un combat qui sera rendu encore plus difficile avec l’influence des lobbys agro-alimentaires pour diffuser leurs produits peu diététiques. Pourtant ce sont finalement ces injonctions paradoxales qui poussent l’individu à se construire et donc à évoluer. Cela revient à faire confiance à l’éducabilité de chacun, comme dit Philippe Meirieu. Les élèves apprennent beaucoup plus qu’on ne le croit et c’est aussi le cas des familles, même si c’est dans la difficulté. Ces tensions sont salvatrices mêmes si elles sont difficiles à vivre pour tous les acteurs, notamment pour le système éducatif.

Cette exigence éducative ne se mesurera pas à l’aune des 50 % d’une classe d’âge au niveau L3 [1] ! Elle doit concerner la totalité des élèves qui fréquenteront le système scolaire. C’est un défi majeur.

Laurent Kaufmann, responsable de formation continue « vie de l’élève ».


[1Allusion à un communiqué de Valérie Pecresse, ministre de l’(enseignement supérieur, décembre 2007 : http://www.enseignementsup-recherch...


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