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N°433 - Dossier "La démocratie dans l’école"

Quand la démocratie est en marche à petits pas...

Par Gardy Bertili

Faire vivre la démocratie dans l’école c’est adopter une posture qui la favorise et c’est la faire entrer dans les faits de manière humble et concrète. En voici quelques exemples où l’on voit qu’il est possible d’impliquer dans la même démarche élèves et adultes de l’établissement.

Avant d’exister dans les structures de concertation et de régulation, nous estimons, dans notre lycée, que les valeurs de la démocratie s’expriment d’abord dans la classe. C’est pourquoi, au début de chaque cours, les enseignants impliqués dans le même projet pédagogique accordent un temps d’échange, de dialogue et de débats à la classe. Les élèves peuvent alors librement parler de leur vécu et formuler des propositions. Pourquoi ne pas faire des exposés ? Pourquoi ne pas approfondir telle question en petits groupes de trois ou quatre élèves, ce qui favoriserait le travail collectif et l’entraide ? Pourquoi ne pas changer la disposition de la salle de classe ? Pourquoi ne pas utiliser le rétro ou le vidéo-projecteur ? Bien plus, une grille élaborée collectivement permet de faire le point sur la façon dont se déroule le cours. Aussi, les cinq premières minutes de l’heure suivante, sont consacrées à fixer le déroulement de la leçon, et à indiquer de quelle façon les élèves seront invités à y participer.

Par ailleurs, au début de l’année, lors d’une semaine d’intégration destinée à ce que l’équipe pédagogique et la classe se connaissent mieux, un code de vie, discuté au cours d’un débat, énonce les valeurs qui sont affirmées par le groupe. Ce code de vie, affiché dans la salle de référence de la classe et signé par chaque élève, chaque professeur et chaque famille, joue le rôle d’un contrat par lequel chacun s’engage à respecter les valeurs ainsi définies. Pourtant le code n’est pas définitif, il évolue avec la classe et avec l’année. S’il y a conflit, il y a obligation de les gérer ensemble, par la discussion et par le dialogue. S’il y a impasse, le CPE ou le chef d’établissement intervient en médiateur. Et, même si ce denier assume sa fonction d’autorité, la loi qui s’impose est celle que chacun a construite et acceptée.

Le conseil de classe

S’il est important que la parole des élèves puisse être prise en compte en classe et dans le déroulement même des cours, c’est au moment de l’évaluation qu’elle prend une dimension cruciale. Il s’agit, particulièrement, de faire du conseil de classe un lieu où vit concrètement la démocratie. Pour cela, les délégués de classe s’ont invités à s’exprimer dès le début du conseil : intervenant avant même le professeur principal, ils disposent de cinq à dix minutes. Tout le conseil s’astreint alors au silence pour se départir de ses préjugés, faire preuve d’un regard et d’une vision neufs, pour être dans la posture de l’écoute. Cela suppose que les jeux ne soient pas faits à l’avance et que, lors de l’analyse de chaque cas d’élève, la parole soit systématiquement distribuée à tous.
À l’issue du conseil de classe, un compte rendu rédigé par les délégués, sous la responsabilité de l’équipe pédagogique de la classe, fait état des remarques et des recommandations qui concernent l’ensemble du groupe classe.
Par ailleurs, chaque élève, accompagné s’il le souhaite de ses parents peut demander à participer à la délibération qui le concerne et apporter des éléments qu’il estime utiles à l’appréciation du conseil.
Il est évident que de telles pratiques ne peuvent se mener rigoureusement sans que les délégués de classe bénéficient d’une formation qui peut parfois s’étaler sur plusieurs années, impliquant aussi bien les nouveaux que les anciens.

Faire vivre les instances de concertation

Vivre la démocratie c’est faire confiance aux élèves, les responsabiliser et leur donner les moyens de nous étonner et de nous montrer leurs capacités d’auto-gestion, d’auto-discipline et leur implication dans la vie de l’établissement.

C’est ainsi que le Conseil de la vie lycéenne nous a par exemple proposé d’instituer une « commission de régulation des transgressions ». Composée d’élèves, de professeurs, des CPE, de l’infirmière, de l’assistante sociale, du médecin scolaire et, éventuellement, du conseiller d’orientation psychologue, cette commission sert de médiateur en cas de conflit. Ainsi, toute sanction d’exclusion temporaire au-delà de deux jours fait l’objet d’une réunion de la commission. Toutes les parties sont entendues, écoutées, interrogées. Cette commission dont la présidence, l’animation et le secrétariat sont confiés, à tour de rôle, à chacun de ses membres, essaie de rétablir le dialogue, de re-tisser du lien. Elle est le lieu de la prise de conscience, de la responsabilisation. À l’issue du débat, elle communique au chef d’établissement la sanction qu’elle estime juste. Enfin, elle établit une fois par mois grâce à un rapport rédigé par un des membres désigné, le suivi des recommandations et des décisions.

Un cas concrets traité par la commission de régulation

Un élève de 2nde BEP a tenu des propos injurieux envers sa professeure de mathématiques. Cette dernière a rédigé un long rapport dans lequel elle exprime son amertume et la fatigue que lui cause cette classe. Convoqués devant la commission de régulation, l’élève et l’enseignante, qui ont au préalable mis par écrit leur perception de la situation, disposent chacun de dix minutes pour l’exposer et fournir les explications nécessaires. Chacun à leur tour, les membres de la commission questionnent, exigent des précisions uniquement sur les faits. Il convient de préciser le lieu, la date, l’heure, les personnes incriminées, le déroulement circonstancié des événements. Ensuite viennent les questions sur la perception, le vécu.
Au cours de cette commission, le collègue et l’élève ont pu se parler, mettre de côté leur rancune pour échanger, pour comprendre et, conformément à l’esprit de cette structure de régulation, pour mettre des mots sur les maux.
Puis la commission a demandé aux deux intéressés de décider ensemble des suites à donner à ce litige. L’élève, conscient de sa faute et de la souffrance qu’il a infligée à sa professeure, a estimé que la commission devait lui infliger une exclusion temporaire de huit jours avec obligation de faire une lettre d’excuses et de récupérer l’ensemble des cours. La commission a accepté cette proposition et l’a communiquée au chef d’établissement. Ce dernier, à qui il revient de décider, a suivi l’avis de la commission de régulation des transgressions.

Enfin, loin de ne s’intéresser qu’aux conflits qui opposent les élèves et les enseignants, la commission de régulation intervient aussi pour apaiser les tensions entre élèves de manière à ce que le dialogue l’emporte sur la violence. Le respect de l’autre n’est-il pas un paramètre de la vie démocratique ?

C’est dans la réalité concrète que la vie démocratique existe ou non au lycée. Les discours et les déclarations ne suffisent pas pour la mettre en acte. Mais si l’on procède par petites touches qui montrent qu’on les considère réellement comme des partenaires, les élèves sont prêts à nous faire confiance, à s’engager et à nous suivre. C’est ainsi qu’ils peuvent commencer à devenir acteurs.

Gardy Bertili, CPE au LP Jean Perrin, Saint-Cyr L’école.


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