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Les portraits du jeudi, par Monique Royer

Quand du plaisir de chanter naissent les apprentissages

14 novembre 2013

Cyril Lohbrunner enseigne l’éducation musicale et le chant choral au collège Victor Hugo de Nevers. Initiateur et animateur du pôle vocal, il place l’exigence comme la note fondamentale d’une adhésion et d’une motivation des élèves. Ce projet est remarquable et remarqué dans l’académie de Dijon, mais ailleurs aussi. Voici l’histoire d’une chorale pas comme les autres, que la musique nourrit de multiples apprentissages et qui chante de Nevers à Londres.


Cyril Lohbrunner est enseignant à Nevers depuis septembre 2000. Après l’obtention de son CAPES, il a choisi des études de musicologie, pour apprendre et enseigner à son tour. Il a hésité à l’adolescence avec des études d’informatiques. «  J’utilise depuis longtemps l’informatique en cours. Avec les nouvelles technologies, on enregistre des sons sur des images, pratique le montage audio.  » L’enseignement de la musique est aujourd’hui bien loin des souvenirs conservés par les parents des cours de flûtes d’antan. Désormais, la création et la manipulation font davantage partie des apprentissages, une dimension créative source de motivation pour les élèves.

Motivation et exigence

Cyril Lohbrunner pratique le chant, le piano, la direction de chœur. Il a pris gout aux méthodes d’apprentissage développées lors des répétitions et de fil en aiguille a construit un projet de pôle vocal au collège Victor Hugo. Depuis 2009, des élèves de la 5e à la 3e s’engagent dans une expérience où, pendant quatre heures par semaine, ils apprendront le chant. Ils participeront à des concerts, se déplaceront dans la région et ailleurs. La notion d’engagement est importante, et plus que les connaissances musicales, c’est la motivation qui est prise en compte pour intégrer le pôle. Les élèves de sixième peuvent suivre une préparation afin d’y entrer. Les activités chorales sont pour le collège Victor Hugo un véritable projet, une caractéristique attractive aussi, à l’heure du recrutement de nouveaux élèves.

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L’exigence est une dominante dans le fonctionnement de l’ensemble vocal. Quatre répertoires sont maitrisés simultanément pour proposer quatre projets différents. L’un d’eux a trait à la laïcité et mêle des chants en hébreu, en latin et en arabe. «  Les chants sont difficiles mais plus on propose des choses difficiles aux élèves, plus ils adhèrent  ». Cyril Lohbrunner rajoute dans un sourire «  Si je leur proposais du Jean-Jacques Goldman, ils se lasseraient vite  ». C’est à une véritable découverte, une ouverture vers des musiques méconnues que sont invités les élèves. Du répertoire gospel et negro-spiritual au classique, en passant par une messe «  jazzy  », l’apprentissage peut s’avérer ardu. Seuls vingt pour cent des élèves ont reçu un enseignement musical auparavant et l’hétérogénéité de milieu social et de niveau scolaire est de mise. «  De l’enfant timide non musicien au premier de la classe, prix de conservatoire, la palette est large et il faut satisfaire tout le monde. L’objectif principal est le plaisir musical partagé, chacun apportant ses compétences et ses atouts  », précise l’enseignant.

Chanter les images

Le projet phare de l’ensemble vocal est «  Oliver Twist  », un ciné-concert pour chœur et piano composé par Cyril Lohbrunner sur des paroles d’Hélène Suignard, où les enfants chantent du début à la fin sur un film muet datant de 1922. Il a été joué pour la première fois en 2011 à Nevers, lors du festival choral académique, puis deux fois en 2012. Cette année, l’ensemble vocal Victor Hugo est invité à Dijon et à Londres. Là encore, l’exigence est forte. Le chant se calque sur l’action, s’interrompt au moindre coup de canne d’Oliver Twist. Le travail de mise en place sur l’image est conséquent, véritable défi relevé par la pianiste Léa Ravaud, accompagnatrice du chœur tout au long de l’année. La première difficulté a été de trouver un film sans musique, ou dont la musique était libre de droit, pour proposer un thème et une interprétation nouvelles. Mais cette version d’Oliver Twist était tombée dans l’oubli, avec une seule copie en circulation et dénuée de bande son répertoriée. Sa durée d’une heure quinze, son scénario, le thème traité entrant dans le programme du collège, tous les éléments étaient réunis. Alors Cyril Lohbrunner a pu composer librement une œuvre musicale sur l’image.

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Car l’enseignant est aussi compositeur et apprécie particulièrement de créer des partitions pour des voix adolescentes. Il a composé auparavant «  Odyseus  » sur l’Odyssée d’Homère (sur des textes d’Hélène Suignard), une œuvre qui a séduit bien d’autres chorales en France. Même lorsqu’il compose, l’enseignant intègre la pédagogie dans son travail en choisissant un thème lié à ce que les collégiens étudient en classe, et en prenant garde à la difficulté. «  Adapter sa personnalité et sa pédagogie aux adolescents sans céder à la démagogie et à la facilité, là est le réel enjeu  ». Participer à l’ensemble vocal recèle de multiples apprentissages. Lors des spectacles, les élèves sont mis en situation de professionnels, entourés de techniciens professionnels. Ils doivent être sérieux, concentrés, avoir une présentation impeccable. Là encore, l’exigence et son corollaire, l’estime et le respect de leur travail, sont une source de motivation pour les collégiens. «  Contrairement aux idées reçues, à cet âge-là, ils ont le goût de l’effort  » remarque Cyril Lohbrunner. Les relations humaines, le savoir-être, sont au cœur du fonctionnement de l’ensemble vocal. Les plus âgés parrainent les nouveaux ; dans un compagnonnage où le projet commun fédère les élèves en s’enrichissant de leurs différences. Le voisinage avec les professionnels fait parfois naitre des vocations pour les métiers techniques du spectacle, celui de la sonorisation par exemple.

Et les applaudissements

Pour l’enseignant, l’engagement est fort et ce depuis de longues années, mais la lassitude est encore loin de pointer son nez. Le pôle vocal est né d’une envie d’aller plus loin qu’une pratique ponctuelle du chant. «  L’idée est venue des élèves eux-mêmes, qui souhaitaient approfondir leur pratique au-delà de l’heure de chorale traditionnelle. J’ai donc rajouté une heure, puis deux, trois…  », indique Cyril Lohbrunner. Lorsqu’ils quittent le collège, l’envie de poursuivre est forte chez les choristes. Ils viennent donner un coup de main pour l’organisation et la logistique des concerts et mêlent parfois leurs voix. Aujourd’hui l’enseignant songe à organiser pour les lycéens une passerelle qui leur permettrait de poursuivre l’expérience de l’ensemble vocal. Le pôle vocal du collège Victor Hugo de Nevers a encore de beaux jours devant lui. Le succès rencontré permet d’accentuer encore le professionnalisme des productions et de bénéficier de la présence de la pianiste Léa Ravaud, qui seconde le chef dans le travail quotidien du choeur. Le public est fidèle et renouvelé : aux parents et aux proches se mêlent les amateurs de chant et les choristes curieux.

Ce succès tient à la qualité des répertoires et de l’interprétation, certes. Mais derrière le plaisir à apprendre des mélodies ardues, se trouve un ingrédient fondamental : la pédagogie. En écoutant Cyril Lohbrunner parler de chant choral, c’est un profond respect pour ses élèves adolescents et leur capacité à s’investir que l’on entend. «  Tirer tout le monde vers le haut et en même temps  », il nous propose une belle version de l’école et du métier d’enseignant en rajoutant «  le prof ne doit pas avoir peur de s’aventurer vers la difficulté. Les élèves réagissent bien lorsqu’on la leur propose  ».

Monique Royer

La page Facebook de l’ensemble vocal Victor Hugo

Le site

Extraits d’Oliver Twist

Contact : polevocal58@gmail.com