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N°458 - Dossier "Diriger un établissement scolaire"

Propos d’éthique

Par Christian Frin

Aucun établissement n’est efficace à part entière, pour autant les réponses à la lutte contre les échecs scolaires dépendent bien plus souvent d’une dynamique locale et originale que de démarches standardisées. Le chef d’établissement doit donc être à la fois le garant d’une organisation efficace et le promoteur d’une organisation en mouvement.

La centralisation du système éducatif fut nécessaire pour l’accès de tous à l’école et à la gratuité mais aujourd’hui, la multiplicité des contextes en fait ressurgir les difficultés qui génèrent un malaise de cohésion sociale. Pour concilier à la fois la responsabilité et la solidarité, il devient donc indispensable au chef d’établissement d’exercer sa compétence dans des lieux institutionnels qui permettent l’émergence d’une culture au service de la mixité sociale. Cette évolution en relation avec la décentralisation ne peut que nous interroger car le temps de la culture est multiple et l’établissement scolaire dans sa mission est au service de tous les usagers.
Si l’Etat est garant du service public d’éducation, pour autant, la déclinaison des missions ne peut se faire en dehors du contexte local de l’établissement. C’est cette dynamique professionnelle qui doit nous guider en termes de démocratisation pour orienter notre action vers un objectif fondamental d’utilité sociale. La contractualisation avec l’Etat à travers le projet d’établissement rend plus lisible notre rapport à la société : placé sous le signe du pluralisme des approches pédagogiques et de la diversité catégorielle, ce projet comportera des dimensions transversales et d’ouvertures éducatives. La marge d’autonomie des établissements relève de cette capacité à identifier les leviers possibles du changement y compris extérieurs et à s’appuyer sur la responsabilisation des acteurs pour donner sens et confiance à l’action collective exercée. Provoquer le décloisonnement des pratiques professionnelles dans des projets partenariaux induit un mode de pilotage particulier et complexe. Cet environnement multidimensionnel, requiert des compétences d’invention de dispositifs stratégiques et de communication qui construisent les relations humaines et légitiment les processus de décision. La mise en œuvre de la loi organique relative à la loi de finances (LOLF), qui permet de fixer des objectifs et d’en mesurer les résultats deviendra t-elle dans cette perspective, l’outil à même de répondre à l’adaptabilité et à l’évolution des besoins : principe fondamental d’un service public ?

Efficacité et dynamique locale

Si le chef d’établissement est à la fois le représentant des valeurs de l’Etat et un professionnel qui s’inscrit dans une stratégie d’innovation qui privilégie les dimensions identitaires, il est donc le garant d’une organisation efficace et le promoteur d’une organisation en mouvement. Même si aucun établissement n’est efficace à part entière, les réponses à la lutte contre les échecs scolaires dépendent bien plus souvent d’une dynamique locale et originale que de démarches standardisées. Dès lors ce qui importe dans le projet c’est de travailler à l’identification des obstacles à l’apprentissage et de remanier les organisations qui en découlent, que ce soit de l’ordre du rapport au savoir, de l’intégration, de la sécurité, des conditions ou du climat de travail, de l’évaluation... afin de ne pas exclure les élèves ou seulement constater les manques. Cibler des priorités, telle est donc la fonction du chef d’établissement pour piloter les transformations permanentes du système scolaire : demande sociale ou culturelle ; objectifs nationaux et académiques ; évolution des nouveaux publics scolaires.
Dans le cadre d’une mission liée au suivi du projet d’établissement la démarche du Comité d’Education à la Santé et à la Citoyenneté (CESC) invite à identifier et assumer la spécificité de la posture d’un décideur.
Tout d’abord, concevoir un projet qui s’appuie fondamentalement sur les axes prioritaires définis par l’établissement, eux-mêmes enracinés dans les objectifs académiques : la responsabilisation des acteurs et le développement de l’estime de soi.
Puis, choisir une démarche stratégique de coopération professionnelle qui autorise le partage des conceptions, des objectifs et des moyens autour d’équipes pluri catégorielles pour construire collectivement les actions et les mener à bien.
Ensuite, formaliser les enjeux pour la communauté éducative dans un écrit synthétique qui analyse les situations, présente les effets recherchés afin de rendre explicite les solutions possibles et d’accompagner l’organisation du dispositif ou la réflexion sur les pratiques professionnelles. Enfin, conduire une culture de l’évaluation pour chacune des actions envisagées, utiles à l’appréciation des résultats obtenus et nécessaires pour rendre compte des effets escomptés.

Gestion d’une mission et gestion des personnes

Ainsi, vouloir agir sur les représentations des élèves pour prévenir les violences à l’école, amène à développer une action en partenariat avec l’Université, l’Inspection Académique et l’Union Mutualiste du département. Celle-ci prend appui sur une formation de quatre jours d’une quinzaine de personnels du collège (enseignants, assistante sociale, infirmière, direction et vie scolaire) autour d’une organisation regroupant la majorité des professeurs principaux des classes de sixième qui interviennent dans le cadre des heures de vie de classe. Cette mutualisation des pratiques débouche sur l’élaboration d’une démarche commune de co-intervention qui s’inscrit dans un protocole rigoureux mais sécurisant pour les élèves comme pour les intervenants. Elle se déroule sur toute l’année à raison d’une séquence d’une heure trente toutes les six semaines environ. Cette action vise à prévenir et améliorer les relations interindividuelles entre les élèves et entre les élèves et les adultes, en centrant les séances autour de thématiques prédéfinies (violences d’enfants à enfants ; d’adultes à enfants ; violences sexualisées) et de situations imaginaires à produire dans le cadre de groupes sexués ou hétérogènes. Une supervision par une psychologue de l’Université à travers des échanges de pratiques accompagne le travail, ainsi qu’une évaluation des cohortes pour apprécier les effets de formation : ambiance de classe ; démarches coopératives et initiatives ; affirmation du sentiment d’estime de soi ; collaboration des familles et climat relationnel/ fréquentation des réunions parents professeurs/ fréquentation de l’infirmerie/ études de cas en Commission Technique et Sociale (CTS). Des interventions partenariales avec la Brigade de Prévention de la Délinquance Juvénile (BPDJ) ont ponctué cette action auprès des élèves, sur le thème du vol, du racket et du recel, prolongée par un échange avec les familles. Si la mobilisation des forces pour assumer cette action dépend évidemment de la nature même des enjeux pour la communauté éducative, la réalisation de cette mission prend tout son sens dans l’intérêt général qu’elle recouvre et dans le positionnement éthique qu’elle engendre chez chacun des acteurs.

Enjeu stratégique et dialogue constructif

De la même façon, vouloir promouvoir la mission de santé dans un établissement scolaire à travers la prévention des conduites à risques chez les adolescents est aussi enjeu stratégique qui consiste à mettre en oeuvre un dialogue constructif nécessaire à sa gestion.
Cette intervention qui requiert des compétences spécifiques et éprouvées est construite en partenariat direct avec des professionnels extérieurs à l’établissement. Cependant, il a été souhaité que ces différentes actions fassent l’objet d’un échange entre professionnels de milieux aussi différents que les personnels de l’éducation nationale, que les parents et les personnels de santé. Le recours à des pratiques issues de la démarche associative nous est apparu approprié et pertinent pour construire ici le dialogue autour d’une thématique fortement remplie de « culpabilité sociale ou parentale ». L’approche se veut réflexive et formative pour autoriser d’abord chez les jeunes la prise de paroles et se donner ensuite les moyens de la prise de conscience des dangers à consommer des produits stupéfiants. Des interventions auprès d’élèves de troisième et de quatrième ont été menées par l’association Rennaise « Liberté couleur », concomitamment au déroulement d’un stage de proximité pour des personnels du collège, animé autour de la même thématique mais orienté vers le repérage éventuel de jeunes consommateurs et l’attitude d’aide et de dialogue à entreprendre. De la même façon, les familles ont été associées pour échanger et débattre autour de leurs inquiétudes ou interrogations avec les intervenants et les personnels. L’enjeu de ce dispositif de santé scolaire réside davantage dans notre capacité à exploiter les éléments probants en notre possession (causes des absences ; assiduité ; fréquentation de l’infirmerie...) pour proposer et faire exister des lieux d’écoute et de paroles des élèves et/ou des adultes autour de problématiques éducatives fortes en conséquences humaines, pédagogiques et de résultats scolaires.

Christin Frin, Principal adjoint de collège.


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