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N°393 - dossier “Accompagner : une idée neuve en éducation”

Profils et fonctions des intervenants

Par Jean-Pierre Mergeai


Extrait de MERGEAI Jean-Pierre, L’utilisation du " régime parrainage " et de la formation de perfectionnement par les entreprises wallonnes de la construction, Rapport d’une recherche réalisée à la demande du Fonds de Formation Professionnelle de la Construction, Faculté Universitaire Catholique de Mons, sous la direction du professeur J.-E. CHARLIER, juin 1999.


A plus d’un titre, les entrepreneurs ont réclamé un contact personnel que ce soit pour soutenir et suivre leur action de formation ou pour bénéficier d’informations ou encore pour être simplement écoutés, reconnus, conseillés dans l’un ou l’autre domaine touchant à la gestion de leur entreprise, dépassant bien souvent le cadre strict de la formation et de l’embauche. " C’est chouette que quelqu’un s’occupe de nous " : ce genre de propos a été entendu à de nombreuses reprises.

Le contact interpersonnel est non seulement attendu mais il s’avère dans certains cas indispensable pour favoriser l’innovation, pour lever certaines résistances, nous avons vu qu’elles étaient nombreuses. On sait par ailleurs que ces dernières ne sont susceptibles d’être dépassées que dans la mesure où l’acteur maîtrise suffisamment le niveau de risques qu’il encourt. D’autre part, dans le cadre d’une aide à l’embauche et à la qualification du personnel, étant peu en phase avec la logique administrative, l’entrepreneur accorde encore au rapport humain une confiance a priori. " Si on s’occupe de nous, ça ne peut être que bon ".

Dans ce cadre, le profil attendu d’un conseiller et les missions qui lui incombent méritent d’être définis. Nous allons tenter d’en cerner ici quelques aspects qui nous paraissent dans la logique de ce que la recherche a mis en lumière et de ce que nous savons des actions du FFC.

Nous l’avons dit, les petites entreprises qui utilisent le crédit-formation ne peuvent généralement développer une politique de formation. Une des missions des conseillers, au-delà d’une information sur les différentes possibilités de formation et sur les conditions d’accès et avantages pourrait consister à accompagner les entrepreneurs sur leur propre rôle de conseiller à l’égard de l’ouvrier qui se forme, c’est à dire de mener avec lui une réflexion sur le rôle du patron pour une meilleure responsabilisation, une personnalisation, une valorisation de l’ouvrier, d’une part et pour évaluer la possibilité de transfert des acquis de formation, d’autre part. Dans l’expression " les hommes ne demandent pas ", formulée un certain nombre de fois par les entrepreneurs qui n’envoient pas d’ouvriers en formation, on sent plus ou moins confusément chez certains cette gêne de ne savoir comment s’y prendre pour motiver un ouvrier à se former ou pour assurer le suivi de sa formation.

Nous avons également vu que le manque d’informations pratiques sur les conditions et avantages est criant. Pire, des propos de certains entrepreneurs rapportent des avis contradictoires, à l’égard de mêmes avantages dont ils auraient pu profiter, prodigués par des conseillers affectés à des régions différentes. On ne peut qu’insister ici sur l’intérêt d’inclure, dans la mission des conseillers, un rôle d’agent de liaison entre une connaissance des politiques développées par le FFC, les opportunités et les attentes en matière de formation, les pratiques positives développées par les confrères, les informations échangées dans les temps de rencontres entre collègues conseillers ou autres informations glanées par chaque conseiller au hasard de ses rencontres et/ou lectures... Les entrepreneurs qui se sont exprimés à propos des relations entre entreprises sont unanimes sur l’absence quasi totale de bonnes informations, de recettes circulant entre entrepreneurs. Certains ont avancé l’idée que ce lien entre les entreprises pourrait être assuré par le FFC. Rappelons aussi l’intérêt du rôle d’interface susceptible d’apporter des solutions permettant de lever des contraintes d’organisation, de planification (" certains ailleurs font sûrement comme cela ou comme ceci pour éviter tel ou tel problème... ").

La situation insécurisée dans laquelle se sentent parfois les entrepreneurs défiants invite à une mission d’écoute, à la mise à disposition d’informations claires, au développement d’attitudes suffisamment rassurantes que pour mettre l’interlocuteur à l’aise afin qu’il puisse envisager sereinement le changement dans la gestion de son entreprise.
Enfin, la conception de l’entreprise est partiellement en lien avec l’image de la formation ; ce lien est plus patent chez les entrepreneurs des catégories " rationalité pure " et " valeurs + rationalité ". Les entrepreneurs de la première catégorie qui ne participent pas aux formations ne sont pas forcément tous opposés à l’idée de formation. Les arguments avancés tiennent globalement au manque d’information, à la complexité, aux problèmes d’organisation. On pourrait, par exemple, déceler dans des expressions comme " je ne vois pas l’intérêt ", une certaine attente à ce qu’on leur prouve justement l’intérêt. La mission du conseiller comporte dans ce cas une part de marketing. Dans ce cadre, le conseiller doit être en mesure d’appréhender dans quel schème de pensée se situe le discours de son interlocuteur, en fonction de quoi, son rôle sera de renforcer des arguments pour la formation portant sur un intérêt soit plutôt rationnel soit plutôt social.

Un rapide aperçu, non exhaustif, de fonctions pouvant être dévolues aux conseillers induit la nécessité d’une formation pour ces derniers. Celle-ci peut recouvrir différents aspects.
En nous appuyant sur une représentation de la fonction d’intervenant développée dans le système scolaire , nous pouvons schématiser la fonction du conseiller du FFC en formation de la manière suivante :

Le conseiller est un agent facilitateur du changement dans l’entreprise. Son action est tributaire des trois fonctions qui lui incombent :
- Il aide l’entrepreneur à faire émerger son projet de formation. Dans cette perspective, il met à sa disposition les ressources nécessaires, en matière d’informations sur ce qui peut se faire, ce qui se fait ailleurs. Il offre une attitude bienveillante d’écoute. Il facilite et organise les rencontres entre entrepreneurs, entre l’école et l’entreprise.
- Il aide l’entrepreneur à réfléchir à sa fonction de gestionnaire des ressources humaines, en l’occurrence son rôle de formateur. Pour ce faire, il l’assiste pour préciser ses objectifs de formation et les modalités d’apprentissage, de transfert et d’évaluation des acquis de formation.
- Il aide l’entrepreneur à saisir les enjeux institutionnels et le cadre légal des actions envisagées. L’actualisation du bagage personnel de l’intervenant se fera non seulement par des lectures mais surtout grâce à des temps réguliers, construits, d’ajustement des procédures, des démarches de travail, d’informations entre conseillers.Dans une telle acception de la fonction plurielle d’intervention, l’intervenant doit faire montre de capacités qui semblent essentielles à l’exercice de sa fonction :

  • Une ouverture d’esprit
  • L’écoute
  • Une connaissance de l’univers de la construction
  • Une lecture minimale des mécanismes économiques
  • Le travail en équipe
  • La formalisation
  • Une facilité à communiquer
  • La conduite de réunions
  • Une compréhension de la logique sous-jacente à la conduite de l’entreprise
  • Une lecture institutionnelle

Enfin, l’intervenant agit à la fois d’initiative et en réponse à une demande et/ou à une commande.

Jean-Pierre Mergeai


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