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Les portraits du jeudi, par Monique Royer

Prof-doc, cheville ouvrière de l’EMI

Marie-Astrid Médevielle

11 juin 2015

EMI comme éducation aux médias et à l’information, le sigle nouveau revêt bien des réalités, des pratiques développées dans les établissements scolaires qui mériteraient de se propager encore. Sans doute offrira-t-il un souffle nouveau à toutes ces initiatives pour lesquelles les professeurs documentalistes prennent leur part, une part particulière et nécessaire. Rencontre avec Marie-Astrid Médevielle qui, du plus longtemps qu’elle s’en souvienne, a placé l’éducation aux médias et au numérique au fronton de son métier.


Elle a obtenu son CAPES en 2002 et déjà les technologies de l’information et de la communication étaient entrées dans les CDI, cohabitant avec les périodiques et les ouvrages, dialoguant même, se complétant pour peu que quelqu’un s’empresse de souligner les liens pédagogiques. Elle est dès le départ de ceux-là, en collège d’abord puis au lycée à Sotteville-Les-Rouen.

Ses journées sont remplies de projets, d’accompagnement, de travail en équipe et de gestion du fonds documentaire. Elle apprécie cette variété, loin de la routine et pleine d’imprévus. «  Ce matin, j’ai travaillé avec une collègue, enseignante en histoire-géographie, pour préparer un projet pour l’an prochain autour des archives  ». Ce projet s’inscrit dans la commémoration du centenaire de la première guerre mondiale et prendra la suite d’autres initiatives avec publication des travaux sur un blog. Là, les élèves travailleront à partir des archives du Journal de Rouen et d’autres sources issues d’Internet, une façon de lier histoire, analyse documentaire et éducation au numérique. Sa matinée s’est poursuivie par l’accueil d’une classe de seconde qui rédige en anglais des teasers sur des livres ou des films, destinés à être partagés sur Twitter.

Une journée pour elle comme les autres où le travail en équipe est essentiel ; un travail en binôme d’abord, puisqu’ici le CDI s’anime en duo avec une autre professeure documentaliste. «  Nous essayons ensemble d’amener une progression de la seconde à la terminale et même jusqu’au BTS  ». Et puis, il y a les initiatives qui naissent de rencontres, de discussions avec les collègues, à leur initiative ou parce qu’ils sont sollicités.

La veille joue son rôle en dénichant les réalisations ailleurs, les circulaires, les appels à projets, les possibilités ouvertes par les programmes. Une professeure de français s’est lancée dans une expérience de twittérature autour de la Chanson de Roland, suite au récit de Marie-Astrid Médevielle d’une expérience sur Twitter à partir de l’Iliade et l’Odyssée. L’orientation et la préparation d’Admission post bac sont l’occasion pour les terminales d’effectuer une veille informationnelle pour les aider dans leurs choix. L’accompagnement personnalisé permet de proposer des activités selon les classes et les niveaux. En seconde, l’accent est mis sur l’identité et la présence numériques. La recherche documentaire est explorée à l’aide du portail du CDI et s’élargit pour constituer une bibliographie en passant par des sites que les élèves souvent ne connaissent pas.

La phase de production est une étape importante où le copier-coller est aussi une base d’apprentissage. Des extraits de trois pages sont intégralement collés sur une feuille A4, des mots clés sont ensuite repérés, des passages stabylotés. Le document personnel de collecte se construit. Les sujets de controverse permettent de se forger une idée en croisant les sources contradictoires comme sur la question de l’amiante pour laquelle les lycéens étaient invités à consulter des sites médicaux, d’associations de victimes mais aussi d’entreprises. Et derrière, il y a l’apprentissage de la recherche sur Internet, pour aller au-delà des trois premières références. La gestion du flux d’informations généré par le web, la construction d’un regard critique et de sa propre identité sont constamment en filigrane. Et cela passe par la compréhension de la notion de gratuité, par ce que revêt la licence creative commons, par la collaboration et la relecture collective que suppose Wikipédia. L’univers numérique est complexe, l’apprivoiser en produisant est un moyen de devenir un citoyen averti et actif.

Les séquences d’éducation aux médias et à l’information, les temps animés par les professeurs documentalistes, ne sont pas inscrits dans les emplois du temps a priori. Le travail en équipe est ici d’importance pour trouver les créneaux. «  Nous n’avons pas une heure définie pour chaque classe. Alors, on essaye de voir chacune et on insiste sur les points cruciaux ou spécifiques  ». C’est le cas pour les travaux personnels encadrés des classes de première où les compétences informationnelles sont évaluées. En BTS également, pour lesquels s’ajoutent la question de l’identité numérique professionnelle et l’usage des réseaux sociaux spécialisés pour trouver un stage ou un emploi.

«  Ce n’est pas vraiment un souci de trouver des heures. Au sein du conseil pédagogique, on discute des projets. Ce serait presque l’inverse. Nous avons parfois du mal à trouver le temps pour tout faire  » explique l’enseignante. Car à côté, il y a le quotidien, la gestion du fonds documentaire, l’indexation des périodiques, l’accueil des élèves lorsqu’ils n’ont pas cours et qu’ils viennent travailler au CDI. Il se transforme souvent en accompagnement individuel et parfois, dans le prolongement des travaux initiés en classe qui ont éveillé la curiosité, l’envie d’aller plus loin. Le métier de professeur documentaliste marie en permanence la pédagogie et la gestion documentaire. Et c’est ce qui a attiré Marie-Astrid Médevielle. «  J’étais en fac d’histoire et je travaillais dans une bibliothèque. J’aimais bien les deux, alors j’ai choisi ce CAPES  ».

Elle partage son expérience avec d’autres collègues par le biais des réseaux sociaux où elle puise des idées en retour. Elle trouve dans ces échanges numériques une réflexion, un recul, un échange avec ses pairs, avec la recherche, en prolongement du master en Information communication qu’elle a passé pour mettre ses pratiques en perspective avec des fondements théoriques solides. Elle enseigne aussi à l’Espé auprès de futurs collègues en sciences de l’information et de la communication et intervient pour la préparation du C2i dans différentes licences.

La variété des publics lui offre la possibilité de visiter des thèmes voisins de façon différente, de renouveler son approche et ses pratiques. «  Le métier de professeur documentaliste évolue beaucoup avec le numérique. Avant, les bases documentaires étaient au CDI, maintenant elles sont sur un portail internet et les élèves peuvent y avoir accès chez eux de façon autonome  ». Intégrer les potentiels du numérique dans son quotidien professionnel, apprendre soi-même et permettre aux élèves de bénéficier en toute intelligence de ces potentiels, les journées d’un professeur documentaliste sont emplies de cette impérative équation. Et ne pensez pas que tout cela est exclusif à l’enceinte du CDI. Les sciences de l’information et de la communication sont devenues pour l’école une science fondamentale à diffuser sans modération dans toutes les disciplines et entre elles.

Monique Royer

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Apprendre à chercher, chercher pour apprendre
Comment les élèves se débrouillent-ils d’une tâche de recherche, de tri d’exploitation d’informations, en utilisant des supports papier ou numérique ? Comment les aider à développer ces compétences « info-documentaires », à passer de l’information identifiée au savoir assimilé et mobilisable ?