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N°455 - Dossier "La technologie"

Prendre au sérieux la « culture commune » école-collège

Par Jacqueline Bonnard

Quand l’institution incite fortement à faire du lien entre les disciplines, entre les degrés... Regard sur une expérimentation qui a précédé celle des « sciences intégrées en 6ème ».

Dans notre Académie, les liaisons école-collège sont organisées sur deux journées non consécutives (dans l’idéal). Dans la première, après découverte des programmes respectifs, exploration des continuités qu’ils proposent, tour d’horizon et visite des ressources locales, des équipes mixtes professeurs des écoles/professeurs de collège se constituent sur un champ disciplinaire, encadrées par les formateurs du second degré et le conseiller pédagogique présent.
Chaque équipe élabore un projet et le rédige sur un document préétabli précisant la progression, l’échéancier et le moment où les écoliers viennent au collège.
La seconde journée, si elle est dissociée de la première, est consacrée au bilan de l’action, à sa mise en forme à des fins de publication, à l’étude prospective des suites à donner. Ce bilan s’appuie sur l’examen des traces écrites rapportées par les professeurs des écoles, des avis des élèves recueillis en amont, des échanges d’intersession. Il doit mettre en évidence les éléments visant à harmoniser les procédures d’apprentissage et d’évaluation.

Logique de projet

À l’école élémentaire, l’enseignement des sciences expérimentales et technologie ne dissocie pas les champs disciplinaires abordés mais s’articule autour d’un thème fédérateur qui s’intègre au projet pédagogique de l’enseignant, au projet de classe ou d’école. Dans le cas concret utilisé par une école primaire de l’Indre, le champ abordé correspond au « monde construit par l’homme » et permet d’étudier « les objets mécaniques, la transmission des mouvements ». Le point d’appui d’activités technologiques est l’étude d’un téléphérique, la construction de sa maquette, les prises de croquis sur le terrain, la rencontre avec des professionnels. L’apport du collège consiste à fournir les moyens techniques pour réaliser les éléments mécaniques (poulie, éléments de guidage ou de transmission) de la maquette du téléphérique. Au travers de cette réalisation collective, les élèves se construisent une démarche d’observation et de recherche tout en pratiquant une résolution de problèmes qui vise à choisir la solution la mieux adaptée au contexte. Parallèlement à cette fabrication, d’autres notions sont abordées en mathématiques, en physique sans que l’enseignant et l’élève ne séparent ces notions du contexte afin de donner du sens aux apprentissages.
Bon nombre des projets construits s’inscrivent dans cette logique. Majoritairement, ils ont concerné les élèves du cycle 3 mais on a pu voir ici et là des projets impliquant des élèves d’école maternelle avec des élèves du cycle central de collège. De même, chaque collège est porteur de projets typés SVT ou Physique ou technologie. Cependant sur quelques établissements, les professeurs des écoles ont souhaité intégrer plusieurs projets dans un même thème. C’est le cas de cette école du Cher qui travaille sur la mise en place d’un jardin. Chaque discipline du collège va donc apporter sa pierre au projet : en SVT les élèves travaillent sur la germination des graines, en physique sur le ciel et la terre avec l’influence des saisons sur les conditions de développement des végétaux lorsqu’en technologie, la conception et la réalisation d’un marquage pour garder en mémoire l’emplacement des semis permet d’aborder le processus de réalisation de l’objet technique.
En technologie, la réalisation d’objets techniques en lien avec un projet plus global utilise des moyens de production de type « industriel » (conventionnel ou piloté par ordinateur présents au collège, véritable rupture avec l’activité manuelle spécifique à l’école primaire. L’introduction du B2i suscite l’émergence de projets à dominante informatique dont l’aboutissement vise à valider certaines compétences du référentiel. Il est à noter que cette validation se fait le plus souvent avec l’intervention de collégiens tutorant leurs camarades de l’école primaire, bel exemple de continuité car cet accueil par des enfants du secteur dédramatise l’angoisse de l’entrée en sixième.

Quelle évaluation ?

Une cinquantaine de collèges (sur 235) et environ deux cents écoles primaires ont suivi ces stages et monté des projets de liaison interdegrés.
Un premier constat est qu’il est parfois difficile d’en mesurer l’impact car les pratiques locales sont soumises à des facteurs extérieurs sur lesquels il est difficile d’agir : mutation des enseignants, coût des déplacements des élèves en milieu rural... Les relations tissées permettent des projets qui ne sont pas toujours inscrits et formalisés dans le projet d’école ou le projet d’établissement, d’abord parce que les enseignants écrivent très peu sur leurs pratiques de classe, ensuite parce qu’ils ne souhaitent pas toujours que ces projets qui s’inscrivent dans une progression pédagogique soient mis en avant ou repérés comme tel par l’Institution. Beaucoup préfèrent la souplesse de rencontres « à géométrie variable ».

Objectif 1 : Construire une culture commune scientifique et technique
Pour avoir suivi une majorité de ces stages liaisons sur l’ensemble de l’académie, je peux dresser un bilan globalement positif de ces formations à ce sujet. Le croisement des programmes du premier et du second degré a permis de créer du lien et de la cohérence au niveau des concepts abordés. A l’approche globale et contextualisée de l’école primaire, les professeurs de collège ont souvent opposé la rigueur de l’expérimentation menée au collège selon un protocole lors de travaux pratiques. La découverte des laboratoires utilisés par les collégiens fut l’occasion de mesurer l’écart entre les moyens proposés pour l’investigation à l’école élémentaire et l’élargissement de l’expérimentation rendue possible au collège par l’usage de moyens techniques plus sophistiqués. Sans aller jusqu’à prétendre à la construction d’une véritable culture scientifique et technique commune qui ne peut s’inscrire que dans la durée, on peut avancer les aspects positifs d’une expérience menée conjointement où les références sont communes et qui constituent une base de départ pour la construction visée.
Pour renforcer ce développement, il faudrait inscrire ces actions dans le projet d’établissement du collège et les projets d’écoles du secteur. Il est évident que cette préconisation ne pourra se concrétiser que si l’équipe disciplinaire est porteuse du projet de liaison, colorant ainsi l’identité des établissements.

Objectif 2 : permettre aux enseignants de différencier et de rapprocher les démarches d’apprentissage d’une discipline à l’autre.
Le croisement des programmes est sans doute l’élément déclenchant d’une transformation des pratiques professionnelles visant à valoriser l’enseignement des sciences dès l’école élémentaire. Une première approche à l’aide du diaporama élaboré en formation de formateurs met à jour les thèmes de convergence abordés et la progressivité des apprentissages en sciences expérimentales et technologie de l’école maternelle à la classe de troisième du collège. Bien évidemment, les professeurs de collège découvrent avec étonnement le programme ambitieux dans ces domaines à l’école élémentaire. De même, ils se montrent très intéressés par les fiches thématiques mises à disposition des professeurs des écoles pour la mise en œuvre des situations d’apprentissage, certains regrettant parfois que leurs documents d’accompagnement ne soient pas aussi structurés. D’une discipline à l’autre, les professeurs de collège mettent à jour les concepts abordés et les croisements disciplinaires possibles, évoquant les travaux pluridisciplinaires qu’ils pourraient envisager dans le cadre des IDD, les ateliers scientifiques et techniques, les classes à projet. C’est aussi l’occasion de prendre conscience que tous les référentiels préconisent la démarche d’investigation et de la différencier de la démarche de résolution de problème plus spécifique à l’enseignement technologique.

Une démarche de référence

L’instauration du socle commun de connaissances et de compétences organise l’enseignement obligatoire autour de sept compétences qu’un élève doit maîtriser à l’issue de l’enseignement obligatoire. Chacune de ces compétences s’articule entre des connaissances fondamentales et des capacités à les mettre en œuvre dans des situations variées ainsi que des attitudes indispensables. Dans cette description qui est à rapprocher des directives européennes en matière d’éducation et de formation (plan Eurydice), les disciplines scientifiques sont regroupées autour de la compétence 3 : les principaux éléments de mathématiques et la culture scientifique et technologique. L’instauration d’une liaison école-collège regroupant l’ensemble des disciplines concourant à l’acquisition de cette compétence peut apparaître comme allant dans le sens préconisé par le socle commun. Actuellement, malgré les résistances qui se font jour, l’insistance des inspections à mettre en place même de façon limitée cette liaison élargie vise à transformer les pratiques enseignantes, en instituant la démarche d’investigation comme l’élément de référence. Elle institue une démarche inductive permettant aux élèves de se construire une méthode d’observation et d’analyse du monde qui les entoure. Dans l’ensemble, les liaisons instituées ont convoqué l’émergence de nombreux projets dont la qualité m’a impressionnée.

Jacqueline BONNARD, Chargée de Mission d’Inspection en Technologie.


Des liaisons intercycles centrées sur les démarches

En 2003, l’axe premier du projet académique prévoit de « valoriser l’image de la science en lui donnant, dès l’école primaire toute la place que prévoit le plan de rénovation de l’enseignement des sciences et de la technologie à l’école (PRESTE) [1] » Dans ce souci, le rectorat de l’académie d’Orléans-Tours a mis en place un plan de formation à destination des professeurs des écoles et des professeurs de collège des disciplines concernées. L’objectif de cette liaison qui réunit les enseignants d’un même secteur de recrutement vise à :
- explorer les programmes respectifs de l’école et du collège d’une part, des trois disciplines scientifiques du collège d’autre part,
- construire une séquence d’apprentissage s’appuyant sur un champ de connaissances commun aux deux degrés d’enseignement et mettant en œuvre un concept abordé à l’école primaire comme au collège.
- permettre aux élèves de l’école de découvrir le collège au travers d’activités d’apprentissage s’appuyant sur un projet pédagogique construit en commun,
- mutualiser les expériences, les pratiques de classe.

Après une première année d’expérimentation (2003-2004), en 2004-2005, les Mathématiques ont rejoint les disciplines scientifiques. Sous l’impulsion des IPR, l’ensemble du pôle sciences a centré sa réflexion sur la démarche d’investigation introduite par une situation-problème. Cette démarche pédagogique de type inductif qui progressivement se met en place aussi bien en sciences expérimentales qu’en technologie au collège est loin d’être familière à tous les enseignants. L’expérience se poursuit, même si les enseignants de chaque discipline expriment la peur d’y « perdre leur âme ». Des projets départementaux mettent en place un défi scientifique et technique chaque année pour l’ensemble des écoles et collèges du département (concours ASSTECH dans le Cher), ou encore les Olympiades de la science du Loiret qui proposent aux élèves d’élaborer des ateliers scientifiques à destination de leurs camarades.
Chacune des liaisons est animée par trois formateurs du second degré représentant les disciplines scientifiques, et par l’IEN et/ou le Conseiller Pédagogique de la circonscription. Un Inspecteur Pédagogique Régional de l’une des trois disciplines (SVT, Physique, Technologie) y est associé.



[1Projet académique 2003-2006 de l’académie d’Orléans-Tours


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