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Pour une école juste

Par Hervé Hamon


De Luc Chatel et de cette majorité, disons-le tout net, il n’y a plus rien à attendre. Coupes budgétaires à tous les étages. Directives contradictoires et inapplicables. Demi-aveu que l’absence de formation des maitres est désastreuse (quel scoop !), mais sans vrais correctifs. Caricature d’évaluation. Abdication de la démocratie et détournement de l’idée laïque à des fins partisanes et haineuses. La coupe est
pleine, archipleine.
Mais le changement viendra-t-il d’en haut ? Viendra-t-il des urnes ? Devons-nous regarder l’horizon du printemps 2012 comme Moïse et son peuple exsangue regardaient les blancs ruisseaux de Chanaan ?
Le programme socialiste, tel qu’il vient d’être divulgué, est appétissant en matière d’éducation. Il dit, noir sur blanc, qu’il faut rompre avec l’idéologie méritocratique, avec la recherche du succès de quelques-uns, couronnés au prix du massacre des autres. Il dit que l’ambition démocratique doit devenir ou redevenir l’ambition de l’école publique et républicaine. Il dit enfin que la quête d’une école juste passe par un effort sans précédent, planifié et spécifique, en direction des plus défavorisés et des marginalisés.
Fort bien. Je ne peux que souscrire. Mais j’aimerais qu’on garde en mémoire que la
défaite de la gauche enseignante n’est pas simplement le fruit des coups de boutoir
de la droite, ni des publications obsessionnelles d’Alain Finkielkraut. Le corporatisme ancien, le refus obstiné de bouger les habitudes, les repères, les acquis, bref, la culture du milieu n’en sont pas moins responsables.
Si nous voulons une école juste, il faut une autre manière d’enseigner. D’autres obligations de service, d’autres contenus, d’autres rythmes, d’autres plans de carrière, d’autres méthodes, d’autres évaluations des maitres comme des
élèves. D’autres façons de travailler. Y sommes-nous prêts ? Si oui, l’avenir est ouvert. Sinon, il est inutile d’afficher des objectifs ronflants.