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Avant-propos du n° 556, « Sujets à émotions »

Polyphonie du sujet et de ses émotions

Florence Castincaud et Jean-Charles Léon


La fugue est un genre musical polyphonique basé sur une phrase musicale qu’on nomme «  sujet  » ; à peine entendu, celui-ci subit des transformations parfois radicales : renversement, diminution, augmentation, mouvement contraire, etc. Cette métaphore musicale nous a accompagnés pendant toute l’élaboration de ce dossier qui porte sur le sujet humain à l’école et une de ses expressions : l’émotion. Nous avons souhaité nous éloigner autant d’une conception techniciste du sujet apprenant que d’une centration sur des références psychologiques, voire psychanalytiques, convaincus que seule une exploration polyphonique peut être la source d’une réflexion féconde sur les ressentis de l’élève ou de l’enseignant dans leur lien aux savoirs et aux apprentissages.

Lier sujet et émotion permet de mettre en valeur la personne et son histoire personnelle dans sa relation immédiate ou passée au monde. Les nombreuses publications sur la place des émotions à l’école montrent leur rôle indispensable dans les processus cognitifs et sociaux. Quant au «  sujet  », il renvoie au paradoxe de celui qui est à la fois assujetti aux lois spécifiques de la condition humaine et revendique en même temps son irréductible singularité.

Si nous avons choisi d’adopter plusieurs angles de vue, il nous a également semblé que la réflexion devait se situer à plusieurs niveaux : propositions de pratiques de classes et réflexion sur la formation des enseignants, analyses de phénomènes collectifs, éclairages donnés par telle ou telle référence précise, etc. Nous espérons qu’apparaitra une prise en compte complexe de l’enfant élève ou de l’adulte enseignant pour chercher opiniâtrement le sens de comportements qui nous interrogent.

Nous livrons donc au lecteur un ensemble en trois volets. Le premier se place du côté des élèves, petits ou grands. Leurs rires, leurs pleurs, leurs silences ou leurs sourires nous invitent à les accueillir avec patience, sans vouloir tout connaitre d’eux-mêmes et c’est diablement difficile parfois. Nous pouvons nous appuyer sur les ressources du groupe dont les capacités à guérir ne sont pas données d’emblée, mais peuvent être cultivées comme une richesse insoupçonnée.

La deuxième partie explore avec émerveillement les émotions liées aux savoirs. S’y donne à voir comment, mystérieusement, l’un va se sentir vivre par la musique, l’autre par le dépassement du sport, un autre renait grâce aux sciences ou existe par les empreintes picturales ; et les mathématiques aussi peuvent faire battre le cœur. L’enseignant n’est pas maitre de ces rencontres, mais il lui revient de réunir les conditions pour qu’elles se produisent aussi souvent que possible.

Il n’est d’ailleurs jamais seul dans sa classe ; il est accompagné de ses maitres passés, de l’histoire de sa relation à sa discipline, de sa formation, autrement dit d’accompagnants internes qui l’aident ou le gênent dans l’accomplissement de sa tâche. Mais une formation attentive, avec l’appui de groupes de pairs, pourra l’aider à comprendre et professionnaliser son geste dans ce domaine de l’intime.

Ce dossier se situe sur le terrain instable du sujet en mouvement qui peut, à la moindre perturbation, changer de direction. C’est une utopie féconde pour l’enseignant : pour tout sujet apprenant ou enseignant, rien n’est jamais joué.

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