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Recension parue dans le N° 393 d’avril 2001

Philosophie de l’éducation

Franck Morandi, Nathan, 2000

12 avril 2001


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Dans ce petit ouvrage, F. Morandi interroge les liens qu’entretiennent philosophie et éducation depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours.

L’ouvrage riche et concis propose aux lecteurs trois entrées : le sens de l’éducation, le mouvement des idées, la situation éducative.

Dans un premier temps, il parcourt les dimensions de l’éducation, « mot insuffisant pour contenir la pensée éducative ». Il entre ensuite dans « le philosophique de l’éducation » en approfondissant la problématique des fins et des valeurs. Il conclut en élevant l’éducation au rang de pensée critique : l’apport de la critique nietzschéenne et l’interrogation sur les limites de l’entreprise pédagogique - l’inenseignable ou la résistance des sujets et des objets en particulier - ne manquent pas d’intérêt.

Puis, il porte un regard épistémologique sur la nature de la raison éducative. Il positionne l’éducation entre éthique et politique en se référant à Montesquieu puis Condorcet. Il interroge ensuite l’éducation comme rapport au temps en abordant la notion de responsabilité de l’éducation dans l’Histoire (H. Arendt).

Cette première partie se termine sur la présentation de trois moments de la pensée : le monde ancien, la modernité, la postmodernité.

En moins de quarante pages, vingt-sept philosophes sont cités et leur apport à la réflexion éducative présenté de manière plus ou moins approfondie (au risque parfois de s’éloigner des actuelles problématiques philosophiques de l’éducation).

Pour ce qui est de la « situation éducative », F. Morandi en interroge les éléments constitutifs qui se trouvent à la rencontre de la philosophie et de l’éducation : le savoir, l’action, l’autre.

Sur ce dernier point, F. Morandi montre qu’éduquer, c’est communiquer, entrer en relation avec l’autre pour construire un sens commun. L’altérité c’est aussi la dimension de l’autre qui est soi-même (P. Ricœur), sa situation dans le futur (Jonas). Ricœur et Lévinas entraînent le lecteur dans le champ éthique de l’éducation et du rapport à l’autre. L’autonomie devient la réciprocité de soi et de l’autre, le « toi aussi » de Ricœur : c’est une capacité d’estime partageable.

L’auteur conclut en interrogeant l’actuel monde de la postmodernité : il est inscrit dans un double mouvement critique et de construction. Les nouveaux repères des dynamiques éducatives s’ancrent dans les passages et les ruptures de ce nouveau monde. Sont évoqués les nouveaux contrats de l’homme et du monde (contrat naturel de Serres ou éthique du futur de Jonas) qui s’articulent avec de plus anciens. L’homme et son existence, les valeurs et les rapports qu’il construit avec les autres et le savoir sont au cœur de l’interrogation sur la définition de l’objet de l’éducation.

Daniel Comte


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