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Pétition pour le maintien des TPE (11888 signatures) : conférence de presse du 8 décembre

La pétition lancée le 24 novembre à l’initiative du Café pédagogique et des Cahiers pédagogiques s’est terminée le 8 décembre. L’action continue !

8 décembre 2004

Introduction

Rarement, voire même jamais, un dispositif pédagogique a eu autant d’échos dans la presse. Les TPE ont été l’objet d’articles dans pratiquement tous les quotidiens. C’est peut-être aussi parce que les TPE ont servi de symbole à un moment important du débat sur l’école.
Tout d’abord, voilà une mesure que le Ministre croyait supprimer sans trop de difficultés. Les syndicats semblaient anesthésiés après l’épisode des retraites en mai 2003 et puis il y avait bien d’autres choses dans le projet de loi sur lesquelles se mobiliser. Mais la riposte et la protestation est venue d’abord du monde associatif et d’une logique de réseau (avec le soutien des syndicats).
Nous avons été surpris par l’ampleur de la réaction, le rythme de signature de la pétition a été très élevé. Celle-ci a donc rencontré un écho important chez les enseignants mais aussi chez les élèves et les parents.

Un refus des décisions arbitraires
Ce qui explique ce mouvement tient à plusieurs raisons. Insistons sur un de ces aspects : la manière dont a été prise la décision de supprimer les TPE. L’argument utilisé au début (90% des TPE servent à faire des révisions) n’a pas tenu le choc et a scandalisé les salles des profs tant il ne correspondait pas à la réalité des établissements. Il est apparu très vite que la décision était purement arbitraire, sans argumentation sérieuse, et correspondait uniquement à une logique budgétaire. A aucun moment, le Ministre n’a jugé bon de proposer de faire un réel bilan de ce dispositif. Ce sont tous ces éléments que les signataires nous ont redit dans leurs commentaires à côté de leurs signatures et qui ont été déterminants dans leur décision de signer. On ne peut plus gouverner comme cela...

Une mobilisation qui a su dépasser les clivages syndicaux
Cette réaction a dépassé de loin les clivages syndicaux. Si les positions des instances dirigeantes ont été différentes au moment du vote du CSE (Conseil Supérieur de l’Éducation), dans les lycées, les réactions des collègues ont fait mentir les idées toutes faites sur les appartenances syndicales.
L’adhésion au TPE et la reconnaissance de ses avantages pédagogiques a été aussi le fait d’enseignants qui ont pu être critiques à leur création mais qui ont évolué dans leur pratique et leur position. Ceux-ci, face à ce dispositif,ont su s’adapter, trouver des astuces et des outils pédagogiques, en constater les éventuelles limites mais aussi l’intérêt pour les élèves. Et même, osons le mot, y trouver du plaisir...
D’une certaine manière, les TPE sont exemplaires car ils sont la preuve - malgré tout ! - de la capacité du système éducatif à se transformer. C’est plutôt un signe encourageant...

I. Les résultats de la pétition

Lancée le 24 novembre à l’initiative du Café pédagogique et du CRAP - Cahiers pédagogiques, la pétition pour le maintien des TPE en terminale a recueilli près de 12.000 signatures, uniquement par Internet. C’est un succès !

Alors que certains lobbys partisans des méthodes pédagogiques traditionnelles ont pu laisser entendre que les professeurs ne veulent pas des TPE, et globalement qu’ils refusent toute innovation, la mobilisation autour des TPE atteste au contraire de l’ouverture des enseignants aux innovations pédagogiques pour peu qu’elles aient une réelle efficacité.

Les mêmes lobbys dénonçaient la faible valeur culturelle des TPE. Pas de chance : de nombreux intellectuels dont un prix Nobel, Georges Charpak, soutiennent notre action. Citons en quelques-uns : Philippe Meirieu, André Giordan, Stéphane Beaud, Hervé Hamon, François Dubet, Christian Beaudelot, Antoine Prost, etc. (liste en annexe).

Nous avons d’autres motifs d’être satisfaits :
- La participation des lycéens (15%) et des parents (22%). Il est rare de voir les lycéens se mobiliser pour un enseignement.
- Le soutien quasi unanime des organisations du monde de l’Ecole. Qu’il s’agisse des parents (PEEP, FCPE), des syndicats (Sgen Cfdt, Fep Cfdt, Se-Unsa, Snpden). Ajoutons-y le Snes qui, au Conseil supérieur de l’éducation, a voté contre la suppression des TPE. Il faut également citer les associations professionnelles : le Cepec, Education & Devenir, l’Afef, les Clionautes, le Gfen, la Fadben, représentant plusieurs catégories d’enseignants. Là aussi il convient de rappeler que les associations d’enseignants scientifiques (Apmep, Udppc etc.) ont de leur côté demandé au ministre le maintien des TPE. Enfin il ne faut pas oublier les associations complémentaires de l’Ecole : la Ligue de l’enseignement, l’Occe, la Foeven, l’ICEM-Freinet. Presque toutes les organisations éducatives (au sens large) se sont mobilisées pour les TPE.
- La richesse des témoignages de parents, enseignants, élèves sur ce qu’apportent les TPE. Ils ne prétendent pas que les TPE règlent tous les problèmes de l’Ecole mais expliquent pourquoi ils vont dans la bonne direction. Vous en trouverez des exemples sur le site de la pétition en annexe.

Finalement, ce que montre le succès de notre pétition c’est l’unanimité des acteurs de l’éducation, des profs aux élèves en passant par les parents, en faveur de ce dispositif pédagogique. Il est extrêmement surprenant qu’un enseignement aussi fortement soutenu soit aujourd’hui supprimé par le ministre.

II. A propos des arguments du ministre pour la suppression des TPE

François Fillon a donné deux arguments pour justifier la suppression des TPE.

  • la surcharge de travail : supprimer les TPE allégerait la semaine de cours des lycéens. Il est vrai que celle-ci est lourde. Mais il faut souligner que les lycéens optent massivement pour cette option. Le pourcentage de candidats au bac général présentant les TPE est passé de 40% en 2002 à 90% en 2004. Les lycéens ont véritablement plébiscité les TPE et ils s’en expliquent très bien sur notre site.
  • les heures de TPE seraient dévoyées, 95% d’entre elles seraient utilisées pour faire des révisions. Le ministère n’a pu apporter aucun justificatif de ce chiffre qui relève de la désinformation. La vérité c’est que la moyenne des notes à l’épreuve de TPE se situe à 13 ce qui démontre que le travail qui y est fait est sérieux. Il faut d’ailleurs beaucoup de mépris envers les enseignants pour penser qu’ils pourraient transformer les TPE en garderies.

Il est clair que F. Fillon pensait en supprimant les TPE faire plaisir aux lobbys conservateurs de l’Ecole tout en ne mécontentant personne. Cette complaisance envers les éléments les plus sectaires de l’Ecole a échoué : ce sont les TPE qui mobilisent l’Ecole !

III. Pourquoi il faut maintenir les TPE

Il ne faut pas faire des TPE, le remède à tous les problèmes de l’école. C’est un dispositif parmi d’autres certainement perfectible. Il doit être maintenu et amélioré pour plusieurs raisons :

Il y a d’abord des motifs pédagogiques :

  • on demande à l’Ecole de faire comprendre le monde extérieur aux jeunes dans sa complexité : c’est justement ce que permettent les TPE qui font réfléchir sur de vraies problématiques.
  • on demande à l’Ecole de former les jeunes à l’autonomie intellectuelle : les TPE sont une recherche et les lycéens sont évalués autant sur les méthodes de recherche et le chemin parcouru que sur le travail final.
  • on demande à l’Ecole d’apprendre aux jeunes à travailler : les TPE sont le seul moment au lycée où ils sont appelés à gérer leur temps, et un des rares où ils organisent un travail en groupe.
  • on demande à l’Ecole de développer des compétences transversales pour relier les disciplines et donner du sens aux enseignements : les TPE associent deux disciplines différentes et les recherches doivent être justifiées par rapport à elles deux.
  • on demande à l’Ecole d’apprendre aux jeunes à s’exprimer : les TPE aboutissent à une soutenance orale.
  • on demande à l’Ecole d’apprendre aux jeunes une utilisation raisonnée des TIC : les TPE sont très souvent le seul moment au lycée où les jeunes sont initiés aux outils de recherche documentaire, notamment la recherche sur Internet.
  • on demande au lycée de préparer les jeunes à l’enseignement supérieur : quelle meilleure préparation que cette recherche autonome ?
  • on demande à l’Ecole d’encourager les enseignements scientifiques : les TPE permettent un réel apprentissage de la recherche scientifique. Leur suppression est un coup porté à l’enseignement des sciences.

Il y a des motifs de cohérence éducative :

  • cohérence avec les dispositifs identiques qui existent au collège (les itinéraires de découverte), au lycée professionnel (PPCP), en classe préparatoire (TIPE). Pourquoi les supprimer en lycée ?
  • cohérence avec l’année de première : il faut deux ans pour que les lycéens apprennent à mener une recherche. Comment justifier les efforts demandés en première s’ils n’aboutissent à rien ?
  • cohérence avec le souci d’une éducation au développement durable : les instructions diffusées cette année demandent un enseignement transversal et mentionnent les TPE. Dans quel autre dispositif transversal glissera-t-on cet enseignement ?
  • cohérence avec les dispositifs européens : le ministère venait de lancer des TPE européens qui se passent sur deux années et dont le défraiement s’effectue la seconde année...
  • cohérence avec les propres déclarations de l’institution : celle-ci a lancé les TPE il y a peu de temps, un rapport de l’Inspection générale a établi leur caractère formateur.
  • cohérence avec l’évaluation du rapport PISA : celui-ci établit les difficultés des jeunes français à faire des recherches et à prendre des initiatives. On supprime le seul enseignement au lycée qui le demande.
  • cohérence avec toute la recherche pédagogique qui depuis des années demande une évolution du système éducatif vers des méthodes plus actives et une responsabilisation formatrice des élèves.
  • cohérence dans l’attitude de l’institution envers les jeunes : comment leur parler de respect quand on supprime une option qu’ils choisissent à 90% et dans laquelle certains sont déjà investis.

Face à ces incohérences, la seule cohérence ministérielle est celle des économies : supprimer les TPE économise 1.000 postes. C’est là le vrai motif de la décision de F. Fillon.

Il y a des motifs sociologiques :

  • Les élèves nous disent que la suppression des TPE met en danger leur bac. L’impact des TPE au bac a été évalué par le ministère en 2003 à environ un point de moyenne supplémentaire. Supprimer les TPE c’est risquer d’augmenter le taux d’échec au bac.
  • C’est aussi supprimer un autre moyen d’évaluer les élèves et de mettre en valeur des compétences qui ne sont pas prise en compte dans les autres épreuves du bac.

Il y a aussi des motifs purement quantitatifs : la suppression des TPE ce sont aussi des postes dans les établissements qui vont être supprimés dans les établissements.

IV. Quelles suites donner à notre action ?

Nous transmettons au ministre la pétition ce jour et nous avons demandé au Ministre à être reçus.

Au-delà :

  • nous écrirons aux députés, qui doivent débattre de la loi d’orientation pour leur demander de maintenir les TPE.
  • nous demandons aux signataires de la pétition d’écrire et de rencontrer leur député pour le convaincre de la gravité du problème. Nous les invitons à témoigner de leurs démarches sur le site www.tpe-petion.net. Un espace spécial sera ouvert prochainement sur le site.
  • nous proposons de faire voter dans les CA des lycées des motions protestant contre la suppression des TPE.
  • nous proposons à tous les enseignants signataires de la pétition de poursuivre dans la voie du travail de groupe et interdisciplinaire. Puisqu’ils ont la "liberté pédagogique...". Nous les invitons à témoigner sur le site de leurs pratiques pédagogiques en TPE. Un espace spécial sera ouvert prochainement sur le site.

Conclusion : Une bonne nouvelle : la nostalgie n’a pas d’avenir

Alors que le début de l’année scolaire avait été marqué par un discours nostalgique et réactionnaire auquel le Ministre a donné des gages, le refus de la disparition des TPE est une heureuse nouvelle sur la santé de l’école et sur l’évolution du monde de l’école.
Les signataires ont compris aussi qu’en défendant les TPE, ils ne défendaient pas seulement un dispositif particulier mais qu’il s’agissait là d’un symbole de l’ensemble des innovations pédagogiques. Les IDD, les PPCP, les IUFM, les Travaux Dirigés ou les modules, tous ces dispositifs pédagogiques sont aussi visés aujourd’hui. Défendre les TPE, c’est dire au ministre que décidément, la "réac académy" ça ne passe pas...

Contacts  :
- François Jarraud, Le Café pédagogique, 22 rue Alphand 75013 Paris
fjarraud@clionautes.org
- Philippe Watrelot, CRAP-Cahiers Pédagogiques, 10 rue Chevreul, 75011 Paris
philippe.watrelot@wanadoo.fr

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La totalité du dossier de presse

Cette pétition nationale a été proposée à l’initiative du Café pédagogique et du CRAP-Cahiers Pédagogiques, avec le soutien de la FCPE, de la Ligue de l’enseignement, de l’OCCE, de la PEEP, du SE-UNSA, du SGEN-CFDT, du CEPEC, d’Education & Devenir, de l’AFEF, des Clionautes, du SNPDEN, du GFEN, de la FADBEN, de la FOEVEN, de la FEP-CFDT, de l’ICEM.