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Petit dictionnaire énervé des profs et de l’école

Olivier Rollot - Éditions de l’opportun, 2010, 223 p.

1er juin 2010

Le principe du « dictionnaire énervé » (il s’agit en effet d’une collection), c’est évidemment le propos impertinent, les vérités qui dérangent, l’anti-langue de bois, bref, le credo d’une partie des publications actuelles : attention, on va parler sans fard, dénoncer tout ce qui ne va pas, tout ce qu’on ne vous dit pas. On imagine bien que la matière, ici comme ailleurs, ne manque pas : élèves peu motivés, profs coincés entre passéisme et innovations hasardeuses, formation inadaptée, système peu performant au regard des résultats d’autres pays. De quoi, effectivement, passer de A comme Absences (des profs et des élèves) à Z comme Zep sans grande difficulté. Pour produire encore plus d’effet, la maquette met en relief des phrases-choc qui se détachent sur fond blanc dans une police du style « american typewriter », comme pour un thriller.
Il en résulte, au fil des pages, une ambiguïté qui finit par être gênante : quel est le but de cette dénonciation d’un « formidable gâchis d’énergie » dans un univers « où finalement l’échec fait loi » ? Autrement dit : qui est le coupable ? Il semble que ce soit « on », c’est-à-dire l’institution. Mais où est-elle ? Qui la meut ? Certains décideurs, c’est sûr, et ils sont fermement critiqués ici pour la nouvelle donne de la formation, par exemple. Mais aussi les acteurs. Plutôt épargnés dans les différents articles, même si leur difficulté à renouveler leurs pratiques est pointée ici et là. Quant au maillon essentiel qu’est le chef d’établissement, il est traité très rapidement et de façon presque… démobilisatrice. L’auteur est en fait plus clair sur ses intentions dans l’introduction, fermement progressiste. Mais les lois d’un genre à la mode réduisent malheureusement ce livre, au rôle de pamphlet un peu rapide (même s’il touche juste assez souvent). Un genre qui ne devrait pas être le seul mode de réflexion des citoyens sur l’école.

Florence Castincaud