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Penser et apprendre la bande dessinée


Il semble qu’une dizaine d’années soit le laps de temps idéal pour que paraisse un dossier des Cahiers pédagogiques consacré à la bande dessinée. En 1982, le titre sans équivoque questionnait le statut du neuvième art dans les apprentissages scolaires, « La bande dessinée, une potion magique ? », et faisait état des quelques courants de pensée antagonistes et émergents plutôt stériles, d’ailleurs, que véritablement constructifs : la bande dessinée littérature ou arts graphiques ? Faut-il l’étudier ou la créer avec des élèves ? Doit-on la considérer comme une œuvre à part entière ? Sert-elle simplement à illustrer un propos historique ou narratif ? Puis, en 2000, vint le deuxième numéro consacré à la bande dessinée
. Nul titre pour ce dossier enthousiasmant, seulement une couverture accrocheuse où toute une galerie de personnages illustres s’amassait devant un corps de bâtiment plutôt austère où culminait l’inscription « Éducation nationale ». En vrac, nous y reconnaissions Blake et Mortimer, Astérix et Obélix, Lucien, Alix, Quick et Flupke, le facétieux Charlie Brown, Agrippine, Lucky Luke, le couple Bidochon et l’espiègle Marsupulami. Certains franchissaient déjà le seuil de la porte, Bill et Milou en tête, mais qu’attendaient les autres avec leurs mines circonspectes ? Une autorisation en bonne et due forme, une reconnaissance officielle ? C’est bien là tout le paradoxe de la bande dessinée : une évidence liée au plaisir de la lecture, à la passion du graphisme, mais une incapacité à l’intégrer officiellement au même titre que n’importe quelle forme artistique.

2013 ! L’heure n’est plus à légitimer ou non l’intérêt pédagogique du neuvième art, mais bien plutôt à en apprécier les spécificités. Car oui, la bande dessinée est installée dans les programmes officiels du primaire et du secondaire, augmentant par là même et de manière qualitative son utilisation. Plusieurs articles consacrés à l’emploi de la bande dessinée en cours sont présentés dans ce dossier. De l’apprentissage de la lecture à l’adaptation d’un roman en passant par la création assistée ou non par un auteur ou dessinateur, il présente des propositions variées et passionnantes.

Loin de l’institutionnel et néanmoins génial festival angoumois, de nombreuses manifestations se déroulent aux quatre coins de la France. Elles sont l’occasion de développer des partenariats avec des classes, les interventions d’auteurs, des concours réservés aux élèves ou des résidences artistiques.

Enfin, des textes plus théoriques s’intéressent à des points particuliers : le statut de la bande dessinée, les affinités électives entre bande dessinée et philosophie, la science vue par le prisme de la bande dessinée, le lien avec l’enseignement des humanités, l’adaptation de récits contés en mangas.

Au final, ce dossier montre que la place que la bande dessinée occupe désormais à l’école est surtout le fait de l’engagement des enseignants, pour en faire une opportunité d’apprentissages avec les élèves. Si elle n’est plus la potion magique de quelques marginaux isolés, si elle est encore loin d’un art officiel, elle relève plutôt d’un travail de Romain : elle est une école de l’univers narratif, de la rigueur de la création artistique, et mérite bien à ce titre un nouveau dossier des Cahiers pédagogiques.

Mélie Jouassin


Professeure d’arts plastiques en collège et illustratrice. Passionnée par la bande dessinée, j’ai coordonné des ateliers et des classes BD dans mon collège. Mon travail d’illustratrice est présenté sur le site http://melilluse.free.fr/