Accueil > L’actualité vue par le CRAP > L’actualité éducative > Parole à prendre


L’actualité éducative du N°388/389 - Novembre 2000

Parole à prendre

Par Elisabeth Bussienne

Juillet 2000 : université d’été du CRAP à Saint-Nazaire : « Prendre la parole, apprendre la parole, apprendre par la parole »

Ma première impression, en pénétrant dans la salle où nous sommes tous réunis le premier soir pour un accueil organisé autour d’une présentation de produits régionaux, c’est que nous sommes bien nombreux. De fait, plus d’une centaine ! Vague inquiétude : chacun trouvera-t-il sa place ? Et puis, la machine se lance, la soirée permet de nouer quelques connaissances, le travail commence le lendemain, et grâce à une organisation matérielle et administrative impeccable ainsi qu’à un dispositif rigoureux, les personnes peuvent communiquer, la réflexion s’élaborer, et la parole émerger.

Parole écoutée, partagée, prise, revendiquée

La parole écoutée et partagée : le moment le plus fort en ce domaine, pour moi comme pour bien d’autres participants, fut cette soirée où des acteurs locaux, paludiers qui ont fait revivre le marais salant, dockers de Saint-Nazaire, paysans-travailleurs (une agricultrice au dynamisme ébouriffant...) sont venus dire leurs luttes pour vivre, dignement, ensemble, pour développer une région qu’ils aiment, en faisant passer l’homme avant le profit sans occulter la nécessaire dimension économique, ni la solidarité internationale - les paludiers guérandais partagent leur savoir avec des femmes africaines qui exploitent aussi le sel. Témoignage d’une parole vivante au cœur des choix faits collectivement et des affrontements parfois, d’une parole qui est action.

Temps de parole

Parole à prendre, parole prise : le dispositif avait prévu des « temps de parole » par petits groupes d’une dizaine de personnes, visant à revenir sur ce qui se vivait/faisait dans l’UE et à permettre des échanges entre participants d’ateliers différents. Ce temps visait aussi à introduire « de la régulation » dans un groupe trop nombreux pour une régulation collective formelle. Aussi les organisateurs avaient-ils prévu un certain nombre de consignes qui devaient permettre d’atteindre ces objectifs. Or, quel ne fut pas mon étonnement, lors de la restitution de voir comment la parole, à la fois singulière et collective, s’était frayé son chemin à travers/malgré/grâce à ces consignes de départ. Le dispositif a fonctionné malgré le fait que chaque sous-groupe ait modifié et subverti le cadre prévu. Bon exemple du rôle facilitateur des dispositifs, à condition qu’ils ne soient pas trop rigides, et de la force de la parole.

Bien sûr, ces quelques coups de projecteurs sur des moments forts - du point de vue, subjectif, de l’auteure [1] de ces lignes - ne sont qu’une vue bien partielle de l’UE car ils ne rendent pas compte de la richesse du travail accompli dans les ateliers ni de l’intérêt des conférences, bref de l’essentiel de ce qui s’est fait et de ce qui s’est dit : mais si vous vous intéressez aux contenus des travaux, vous vous procurerez les Actes qui seront publiés dans le cours de l’année.

Elisabeth Bussienne


[1J’utilise la graphie du féminin courante au Québec - contrairement à mon habitude - juste pour noter en passant que la parole et l’image des femmes fut un sujet de controverse.