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Les portraits du jeudi, par Monique Royer

Ouvrir en douceur au monde qui les entoure

Loïs René

24 septembre 2020

Coopérer et se construire individuellement dès la maternelle, apprendre à sa mesure et apprendre avec les autres : Loïs René mêle pédagogie coopérative et méthode Montessori pour une école éminemment démocratique. Rencontre avec un artisan du savoir.


Dès 13 ans, l’éducation l’a attiré, pas spécialement le métier d’enseignant dont il avait une image classique. Tôt il est devenu animateur, a passé le BAFA (Brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur), le BAFD (Brevet d’aptitude aux fonctions de directeur). Étudiant, il a été assistant d’éducation, a donné des cours en prison et des cours à domicile. Il a pris le goût à l’enseignement. Papa jeune, la nécessité alimentaire a rendu sinueux son parcours jusqu’à la réussite du concours de professeur des écoles. Ce rythme long lui a permis de faire de nombreux stages, notamment en classe coopérative.

Lui, dont les souvenirs scolaires ne résonnaient d’aucune effervescence, marqués par le sceau du sacro-saint Bled brandi comme le code inébranlable de l’apprentissage de la langue, subit un véritable choc culturel lors d’un stage à l’école Balard de Montpellier dans la classe de Sylvain Connac. « Il ne bougeait pas de son bureau car il n’en avait pas besoin. Les élèves travaillaient en autonomie, venaient le voir quand ils avaient une question. Il chuchotait le prénom d’un enfant à l’autre bout de la classe, qui malgré le bruit de fond du travail en groupe, l’entendait. » Ce mélange de calme et d’activité l’étonne.

Il effectue ces années de découverte avec sa femme aujourd’hui disparue. Ils partagent leurs questionnements, leurs étonnements. Elle est allée petite dans une école Freinet alors elle lui explique les méthodes, la préparation qui permettent aux élèves de s’emparer de leurs apprentissages. Encore étudiant, il adhère à l’ICEM-34 (Institut coopératif de l’école moderne - Pédagogie Freinet). Il y trouve « énormément de bienveillance, tout le monde était accompagné quel que soit son niveau et sans esprit de fanatisme. Ça m’a nourri. » Il y suit des stages et le fait toujours, s’investissant au fil du temps comme président ou comme secrétaire.

De remplaçant à directeur

Ses débuts d’enseignant se déroulent dans différentes classes en tant que remplaçant en école primaire. Et puis, il arrive à Sète pour remplacer une enseignante de maternelle et finalement rester en tant que titulaire et même prendre la direction de l’école par la suite. Il se « prend le monde de la maternelle dans la figure », se demande comment il pourra continuer à enseigner en s’appuyant sur la coopération et la pédagogie de projet face à « un monde de l’imaginaire d’enfants de 3 à 4 ans qui sont dans leur bulle à eux ». Il s’interroge : « comment les aider à s’ouvrir en douceur au monde qui les entoure ».

Sa femme regardait déjà du côté de la communication non violente et de la méthode Montessori. Ils échangent, il trouve le fil qui lui correspond pour accompagner les petits dans la construction de leur être. Il se promène dans Sète avec sa classe pour regarder les couleurs de l’automne, entendre les sons de la ville et du port, découvrir un monde proche en posant des mots, en passant par le sensoriel. Il fuit les classiques ateliers tournants qui lui donnent l’impression que peu d’élèves s’impliquent réellement dans leur travail. Il souhaite fonctionner autrement en donnant à chacun l’espace et les outils pour s’épanouir.

« Instinctivement, en situation professionnelle, je faisais des choses qui ressemblaient à la méthode Montessori. » C’était au moment du phénomène Alvarez. Il suit une de ses formations, prend ce qui lui semble utile et laisse de côté le factice du personnage. Plusieurs étés, le jardin familial se transforme en atelier de bricolage pour fabriquer du matériel pédagogique en bois, outils qui permettent de manipuler chiffres et lettres. Il achète sur ses propres deniers des objets d’apprentissage. Dans sa classe, il mêle méthode Montessori et pédagogie coopérative avec des conseils d’élèves, de la correspondance et une web radio. Il part de Sète, amène à Montpellier ses pratiques mêlant l’individuel et le collectif, toujours en maternelle, toujours en zone d’éducation prioritaire.

Photo, vidéo, radio

Féru de nouvelles technologies, il utilise le numérique comme support d’expression, d’apprentissage et de communication avec les parents. Un temps, il avait installé à l’entrée de sa classe un cadre photo numérique où défilaient des instantanés de la journée parfois légendés par les enfants qui racontaient ainsi à leurs parents ce qu’ils avaient appris. Il est passionné par la voix, par toutes les activités qu’elle promet. Son mémoire de professeur d’écoles parlait de journal scolaire audio. En stage, il avait fabriqué un journal de quatre pages complété d’enregistrements des élèves commentant leur travail tout au long de sa construction. L’idée ne l’a pas quitté.

« J’ai toujours continué à faire ça, exporter la voix des enfants, les enregistrer quand ils racontent les compétences qu’ils ont acquises. » Il les filme aussi, regarde avec eux pour constater et échanger sur les activités, ce qu’ils ont fait, appris. « Se voir, s’entendre, les enfants en ont besoin pour apprendre. Moi aussi, j’ai besoin de me voir pour comprendre mon métier, ma voix, ma façon de passer les savoirs aux enfants. »

Pour le projet de web radio, deux services civiques ont été recrutés. Le travail est mené avec une radio associative du quartier de Celleneuve. « On regarde ce qu’il se passe dans la classe, on retranscrit. Les enfants travaillent le langage. » L’émission réalisée est diffusée sur les ondes de la radio, à portée d’oreilles de la famille, des voisins. Tous les élèves peuvent participer, y compris ceux qui sont porteurs de handicaps ou en butte à des difficultés d’apprentissage. Et puis, « les partenariats avec les parents m’intéressent, le partage avec eux de ce qui se vit là. L’école est importante en REP+ et je veux que cette place soit d’importance ».

Il est cette année déchargé d’enseignement, à son grand dam, à la tête d’une école en éducation prioritaire de onze classes. « Pendant six ans, j’ai pu mettre en pratique, suivre des cohortes. C’était paisible, un vrai bonheur professionnel. » Il veille à garder un pied en classe, participer aux sorties, venir en appui, animer des ateliers. En 2019, TF1 est venue filmer l’évolution des apprentissages dans cette école estampillée Montessori, éminemment démocratique, destinée à des enfants pour qui apprendre est un sésame indispensable pour l’avenir. À voir leurs bouilles réjouies, celle de leur professeur aussi, on mesure la réussite d’une approche patiemment construite où la coopération a également son mot à dire.

Monique Royer


Pour en savoir plus :

Le blog de Loïs René

Résidence d’artiste dans la classe de Loïs

Une visite dans la classe de Loïs

Les reportages de TF1 :

14 octobre 2018

2 février 2019

29 juin 2019

Sur la librairie

 

Tout commence en maternelle
Ils ont entre 2 et 6 ans et ils interpellent la communauté éducative pour qu’elle pense leur école, redéfinisse ses missions, entre épanouissement de l’enfant et apprentissages. Que sait-on aujourd’hui de l’école maternelle ? Quelles sont les attentes ? Qu’y apprend-on et pour quoi ? Avec qui ?


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