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Oui à l’école de demain

Par Christophe Chartreux

18 juillet 2006

Comment s’opposer aux discours déformants et désinformants sur l’école ? La litanie anti-pédagogiques nous prépare sans doute encore quelques pamphlets rageurs pour la rentrée ... Voici une réaction "du terrain", le cri d’un enseignant qui invite d’autres lecteurs à s’exprimer et à faire nombre.



Rappelons que le Crap et les Cahiers préparent pour fin août un dossier « Où en sont les ZEP ? » qui montre toute la richesse de ce qui se fait en « milieu difficile » ; viennent de mettre en ligne un dossier « Pour bien débuter » qui propose de nombreuses ressources sans nier les difficultés du métier ; proposent en octobre un colloque sur la culture à Montreuil et en février 07 les « Assises de la pédagogie » ...
Notre force n’est pas dans les slogans, mais dans l’action et la réflexion menées de front.


Enseigner c’ est d’ abord aimer...

Oui je le dis haut et fort : j’ aime mon métier ! Et je ne suis pas le seul. D’ ailleurs est ce un métier ? Être là chaque jour parmi ses élèves... Obtenir d’ eux qu’ ils travaillent, sourire aux lèvres, organiser un joyeux brouhaha pour ne surtout jamais croire que le silence total est signe de réussite ! (voir l’article de François Bégaudeau dans Le Monde de l’ Education de juillet 2006, « N’enseignez jamais » ).

Enseigner, c’ est mouiller sa chemise, mais c’ est surtout faire en sorte que nos élèves sentent au plus profond de leur être qu’ ils ont aimé chercher et qu’ ils ont aimé se tromper parfois pour toucher au but, qu’ ils se sont eux aussi épuisés à la découverte. L’ élève passif, silencieux, le "rêve" des professeurs archaïsants, des donneurs de leçons de salon, n’est rien d’ autre qu’ un leurre, que la triste satisfaction du professeur omniscient et frontal, noyant son auditoire de son savoir déversé de sa chaire.

Enseigner, c’ est descendre dans l’ arène, c’ est s’ interroger avec les élèves, pratiquer encore et toujours le doute, le questionnement, le dialogue, c’ est savoir lire dans leur sourire, dans leur colère, dans leur ennui parfois. C’ est les "laisser dire" en leur donnant la liberté d’ apprivoiser la Liberté.

J’ enseigne ainsi, ou à peu près, depuis 23 ans en collège. J’ai connu des moments de toute sorte et je pars chaque matin heureux d’ enseigner car je sais qu’ autour de moi, dans la classe, lieu magique au sens propre du terme, se réalise l’ alchimie des savoirs mêlés : celui du professeur et ceux des élèves...

Merci à mes Maîtres : Jean Maurice (IUFM-oui, oui !- de Rouen), Françoise Joukovsky, ma directrice de mémoire, Christiane Mervaud, qui à force d’ aimer Voltaire a fini par lui ressembler, Philippe Meirieu pour les heures de lectures intelligentes, mon père qui m’ a parlé si souvent de son métier et ma mère pour m’ avoir permis d’ éteindre tard la lumière de ma chambre...

Aujourd’hui je lance un appel aux pédagogues !

Notre Ecole est aujourd ’hui attaquée dans ses fondements par les « anti-pédagogues » forts du succès d’ouvrages portés par des médias souvent complaisants. Ils n’ ont sans doute jamais enseigné, ils ont "fait cours" comme on "fait mal". C’est que ça doit souffrir ces petites têtes, et si ça pleure, c’ est simplement pour quémander de l’ aide ! Quelle tristesse !

Il existe en France des femmes et des hommes qui, depuis des années, travaillent et proposent une Ecole Républicaine, progressiste et tournée vers l’ avenir. Je pense entre autres à Philippe Meirieu, François Bégaudeau, Hervé Hamon, Eveline Charmeux, Emmanuel Davidenkoff, Pierre Frackowiak et tant d’ autres... Leurs propositions n’ ont jamais trouve l’ écho necessaire, elles n’ont été que très peu appliquées. Ne serait il pas temps de fédérer les pédagogues qu’ ils sont, que nous sommes pour porter un projet commun, ne négligeant pas les particularismes de chacune et chacun. Ce projet, utopique, est pourtant, face à la montée de l’ "intégrisme archaïsant", absolument nécessaire.

J’ appelle, en professeur modeste de Collège, homme de terrain comme vous toutes et tous, conscients que "tout ne va pas bien" mais persuadés aussi que tout n’ est pas à jeter aux orties comme d’ autres se réjouissent de le faire, j’ appelle les pédagogues à jeter les bases d’ un vrai projet pour l’ Ecole du XXIème siècle.

OUI À L’ÉCOLE DE DEMAIN

Oui à une Pédagogie fondée sur l’ action, sur les "savoir-faire" et les compétences développées, sur les savoirs, sur le dialogue permanent, sur l’ erreur et ses solutions, sur la lecture et l’ écriture, loin des querelles de chapelles et des "gourous" autoproclamés, sur tout ce qui pourra faire en sorte que nos élèves aiment apprendre et découvrir !

Christophe Chartreux, Professeur de Collège.


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