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Un éclairage utile, complété par quatre contributions et des ressources sur l’actualité du socle.
- une contribution des IPR de l’académie d’Amiens ;
- une interview de Jacques Grosperrin, rapporteur de la commission sur la mise en œuvre du socle commun de connaissances et de compétences au collège ;
- une réflexion de Claire Krepper, du SE-UNSA, à propos des livrets de compétences ;
- un texte de Dominique Raulin, directeur du CRDP du Centre, réagissant à celui de Roger-François Gauthier que nous avons publié dans le N° 481 des Cahiers pédagogiques.

Où en est le socle commun ?

Par Jean-Michel Zakhartchouk

30 août 2010

En fin d’année scolaire, les collèges ont été préoccupés par la fameuse « attestation du palier 3 » du socle commun qu’il convient de remplir pour l’obtention du brevet des collèges notamment (mais, on ose l’espérer, pas seulement pour cela), cette commande institutionnelle ne devenant cependant obligatoire qu’en 2011.

Cette attestation est un outil bien imparfait, critiquable à bien des égards, et qui peut vite se transformer en « usine à cases ». En outre, il ne prendrait vraiment tout son sens que si un travail en amont avait existé et on peut estimer qu’il faudrait bien quatre ans de plein régime, depuis une mise en place en sixième d’un livret de compétences, pour qu’il ait de réels effets. On sait bien que le socle a été mis en sommeil par un ministère irresponsable et ne respectant pas la Loi pourtant votée par le même bord politique, comme l’a noté l’excellent rapport parlementaire d’avril 2010 « un socle pour consolider le collège unique ». On lira ici même un entretien avec le rapporteur, Jacques Grosperrin. Mais il faut consulter tout le rapport, en ligne sur le site de l’Assemblée nationale.

La référence à l’attestation à remplir a un côté positif : elle oblige les établissements à s’intéresser à la validation des compétences, réveille la formation sur le socle dont elle peut constituer un point de départ. Elle incite aussi à se poser des questions de fond : que veut dire « valider » une compétence, peut-on valider quelque chose qui n’a pas été enseigné, d’où peut-être la nécessité de revoir certaines priorités, certains manques ?

Mais elle peut aussi avoir un effet négatif : laisser penser que le socle, c’est bien un fastidieux remplissage d’items, et qu’en tout cas, il ne renverrait qu’aux questions d’évaluation.

Enfin, trop d’équipes s’imaginent prisonnières d’un cadre national (les items de l’attestation), alors qu’un document fort riche que vient de publier la DEGESCO « Repères pour la mise en œuvre du socle commun » insiste sur l’autonomie des équipes, à partir du cadre national qui se limite aux sept « piliers » (rebaptisés, à mon avis à tort « compétences »). Il n’est pas interdit de reformuler, de fusionner certains items, de réajuster. La seule obligation est d’attester si les compétences sont validées ou non (on ne demande plus même une validation des « domaines »). La crainte qu’il y ait des disparités entre établissements est souvent dérisoire. Car cette disparité existe de toutes façons et socle ou pas, elle continuera à exister, renforcée par l’assouplissement de la carte scolaire. Mais justement, le cadre du socle commun doit permettre de définir ce seuil minimum, sur lequel on peut construire des compétences plus approfondies, des niveaux d’exigence plus grands, ce seuil indispensable si on veut ensuite diversifier, gérer l’hétérogénéité. Les items sont des repères que les équipes pédagogiques peuvent faire leurs, justement par les reformulations, par le « tri sélectif » qui évitent les fastidieux remplissages de codes et corrigent de manifestes insuffisances de l’écriture initiale. Il s’agit bien de travailler sur les critères qui permettent de valider ou pas tel ou tel item, telle ou telle capacité. On peut aller plus loin dans la précision et savoir à un moment qu’on aura à valider des acquis en fin de scolarité obligatoire. Que veut dire vraiment « dégager l’idée essentielle d’un texte lu ou entendu » ? Que signifie à tel ou tel niveau « appliquer les principales règles orthographiques » ou « avoir un comportement responsable ». Que signifie « savoir utiliser le dictionnaire », et comment introduire des paramètres comme « savoir à quel moment l’utiliser... ou ne pas l’utiliser », ou encore « le temps mis à s’en servir » ? Tout cela peut donner lieu à des débats intéressants au sein des équipes où enfin on parlerait de l’essentiel ! Et par exemple de ce que signifie vraiment « faire acquérir de l’autonomie »...

En formation, il peut être particulièrement intéressant de travailler là-dessus avec les enseignants. En établissant des fiches qui mettent en regard compétences évaluées, situations de mobilisation, critères de réussite, ressources utilisées. Nous avons pu être témoins de la fécondité de ce processus dès lors que les équipes se prennent « au jeu » et du coup, utilisent ces opportunités pour vraiment discuter du fond : que veut dire lire, qu’est-ce qu’avoir un comportement responsable, comment travailler ensemble sur l’éducation au développement durable.

Il est certain que deux conceptions peuvent s’affronter autour du socle :
- l’une caporaliste, descendante : il faut appliquer les textes, de manière rigide. En ce cas, on risque fort de ne s’occuper, et de manière formaliste, que de l’évaluation et de ne pas changer grand-chose aux pratiques réelles ;
- l’autre dynamique, où le terrain a son mot à dire, où on est plus tourné vers « l’esprit » que vers « la lettre », où on conjugue cadre national et autonomie, recherche du commun et nécessité de construire des parcours personnalisés.

Plusieurs éléments, surtout dans les collèges où existe moins l’obstacle de programmes rétrogrades comme celui de l’école primaire, pensée sans l’objectif du socle, et ceci malgré les retours en arrière dans certaines disciplines comme en français.

On pourra lire dans ce minidossier quatre textes d’actualité :
- une contribution des IPR de l’académie d’Amiens ;
- une interview de Jacques Grosperrin, rapporteur de la commission sur la mise en œuvre du socle commun de connaissances et de compétences au collège ;
- une réflexion de Claire Krepper, du SE-UNSA, à propos des livrets de compétences ;
- un texte de Dominique Raulin, directeur du CRDP du Centre, réagissant à celui de Roger-François Gauthier que nous avons publié dans le N° 481 des Cahiers pédagogiques.

Les Cahiers pédagogiques, plus que jamais, sont des partisans résolus de ce socle de compétences. Nos publications en attestent. Elles ont déjà rencontré un grand succès et nous allons poursuivre avec l’édition de hors série numériques durant toute l’année 2011 (voir les divers appels à contributions pour ces dossiers).

Jean-Michel Zakhartchouk
Rédacteur aux Cahiers pédagogiques


Les ressources

Les quatre textes d’actualité

La contribution des IPR de l’académie d’Amiens
Jean-Michel Zakhartchouk a questionné des IPR de l’académie d’Amiens sur la mise en œuvre du socle, suite notamment au travail commun qui est souvent mené avec l’équipe de formateurs « EVADA ».

Des préconisations qu’il ne faudrait pas enterrer !
Entretien avec Jacques Grosperrin
« Livret de compétences » : verre à moitié vide ou à moitié plein ?
Une réflexion de Claire Krepper
En écho aux propos de Roger-François Gauthier : « le socle commun, un objet politique mal identifié »
Une réaction de Dominique Raulin, suite à la publication par les Cahiers pédagogiques d’une contribution de Roger-François Gauthier



Des publications des Cahiers pédagogiques

Travail par compétences et socle commun
Un ouvrage de la collection Repères pour agir coordonné par Jean-Michel Zakhartchouk et Rolande Hatem
Comment faire acquérir à tous les collégiens un socle commun de connaissances et de compétences ? Comment valider l’acquisition des compétences ? Un ouvrage essentiel pour mettre en œuvre le socle et entrer dans le monde passionnant du travail par compétences.
Le socle commun... Mais comment faire ?
Un dossier hors-série numérique coordonné par Raoul Pantanella et Jean-Michel Zakhartchouk
Quelles mises en pratique ? Comment ne pas « faire semblant » ? Comment tirer parti de ce qui existe déjà, du travail des équipes ? 266 pages et 85 articles dont 55 inédits ! Et trente textes déjà parus dans les Cahiers pédagogiques, certains tirés de numéros maintenant épuisés...
N°476 - Travailler par compétences
Coordonné par Anne Hiribarren et Vincent Guédé - octobre 2009
Comment le travail par compétences peut-il être un outil pour la réussite des élèves et un instrument de liberté pédagogique plutôt qu’une contrainte pour les professeurs  ? Le dossier répond concrètement à cette interrogation centrale tout en examinant aussi d’autres questions  : qu’est-ce qu’une compétence, pourquoi et comment faire travailler les élèves sur leurs compétences, quelles techniques adopter et quels écueils éviter  ?

Des appels à contributions

Comment, dans le cadre des programmes faire de l’approche par compétences un outil utile au service des apprentissages, de la différenciation, de l’individualisation, de l’évaluation formative ?
Les Cahiers pédagogiques lance une série de hors-série numériques sur les compétences dans les disciplines. Nous sommes ouverts à tous les contacts pour des propositions de contributions, même modestes !
Programmation 2014-2015 Consulter les appels à contributions

Un lien complémentaire

Programmation 2014-2015 Validation du socle commun : Livret personnel de compétences sur le site d’Alfred Bartolucci "PRATIQUES MATH"


Un forum est associé à cet article ainsi qu’à chacun des trois textes d’actualité. N’hésitez pas à réagir, à témoigner ou à poser vos questions.