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On s’y met tous ?

Premier discours du nouveau président consacré à l’éducation, nomination d’un ministre qui a beaucoup préparé cette transition tant attendue après une période éprouvante pour l’école : en route pour la « refondation » ?

17 mai 2012

Le CRAP-Cahiers pédagogiques était invité à la cérémonie qui s’est déroulée mardi 15 mai devant la statue de Jules Ferry au Jardin des Tuileries dans le cadre de la journée d’investiture du président François Hollande. Nous avons bien sûr répondu positivement à cette invitation républicaine que nous avons interprétée comme la reconnaissance du travail des mouvements pédagogiques et des associations complémentaires de l’école. Nous avons encore en mémoire la manière dont les « corps intermédiaires » ont été traités dans la période précédente et les menaces qui pesaient (et pèsent toujours) sur les subventions aux associations.

C’est un signal fort donné par le président de la République que de consacrer son premier discours à l’école et la jeunesse. Lorsqu’il indique qu’il faut « redonner confiance à l’école », nous sommes, comme tous les acteurs du système éducatif, sensibles à cette volonté. Car l’école a subi de nombreuses attaques au cours des cinq dernières années. Elle a été considérée plus comme un coût que comme un investissement.
Mais il ne s’agit pas seulement de « rétablir » ce qui a été détruit (et notamment l’indispensable formation). «  L’école a besoin de réformes », a affirmé le président dans ce discours. Nous nous sommes engagés depuis longtemps sur cette voie. Tout le travail militant de notre revue et de notre mouvement est de montrer que le système éducatif et les enseignants peuvent changer (ils ne cessent de le faire) et que l’innovation pédagogique a besoin de soutien. Nous comptons bien poursuivre cette action dans ce nouveau contexte plus favorable.

Si le discours des Tuileries est important symboliquement, il nous semble essentiel de ne pas rester à la surface des slogans. « Refonder l’école » peut être une formule habile pour faire accepter des changements nécessaires ou une formule creuse qui ne conduirait qu’à une incantation aux valeurs de la IIIe République. Est-ce que l’école doit se limiter à restaurer la « méritocratie » et l’élitisme républicain qui consiste à élargir la base de recrutement des élites ? Ou est-ce qu’il faut permettre une réelle réussite de tous avec l’ambition démocratique promise par le socle commun ? Une école « républicaine » ou une école « démocratique » ?

Nous nous réjouissons de la volonté affichée de redonner à l’école toute sa place. Nous saluons la nomination de Vincent Peillon à la tête du ministère de l’Éducation nationale et nous lui souhaitons de réussir dans cette mission essentielle. Mais nous restons vigilants. Nous avions intitulé nos dernières assises « Pour une école plus juste et plus efficace », car aujourd’hui elle n’est ni l’une ni l’autre. Il faut maintenant mettre en œuvre une politique à la mesure de cette double ambition et parvenir à dépasser les blocages.
On s’y met tous ?

Philippe Watrelot
Président du CRAP-Cahiers pédagogiques


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