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Recension parue dans le N°446 d’octobre 2006

Observation réfléchie de la langue - cycle 3

Michelle Ros-Dupont, en collaboration avec Patrick Banisti - Nathan, 2006.

5 octobre 2006

Les programmes de 2002 pour l’école primaire ont remplacé les rubriques « vocabulaire et orthographe lexicale » et « grammaire et orthographe grammaticale » par l’observation réfléchie de la langue (désormais ORL). Nouvelle discipline ? Simple toilettage ? Façon de masquer une baisse des exigences ? Plutôt une façon de présenter différemment les savoirs sur la langue, avec la volonté que l’élève comprenne pour apprendre. Une petite révolution si l’on compare aux séances proposées par une grande partie des manuels alors en usage, et qui mérite d’être accompagnée, car si les contenus ne changent guère, c’est le regard du maître sur la langue et son enseignement que ces programmes modifient. L’ouvrage de Michelle Ros-Dupont, écrit avec un spécialiste de l’AIS, Patrick Banisti, insiste sur la nécessité de ce changement de regard et arrive à point pour aider les maîtres à répondre aux exigences des programmes actuels.
C’est un ouvrage de synthèse : après une présentation autour des questions « l’ORL, qu’est-ce que c’est, qu’est-ce que ça change ? », il est organisé autour des trois grands niveaux qui structurent l’étude de la langue : le mot - plus particulièrement le nom et le verbe, conformément aux programmes, la phrase et le texte ; la grammaire de texte bénéficie d’une place équivalente à celle des autres domaines. C’est bien un ouvrage pédagogique, axé sur la transposition didactique : pour chaque rubrique, on commence par rappeler brièvement « ce que sait l’enseignant », donc le « savoir savant » - sans viser à remplacer l’usage si nécessaire d’une grammaire de référence - et « ce que les élèves apprennent », en termes de compétences, ainsi que, pour les points les plus délicats, ce qui cause les principales difficultés des élèves. C’est l’élève, son activité et les problèmes qu’il rencontre qui sont au cœur de l’ouvrage. Cela fait, l’essentiel est constitué de propositions de séquences, les unes sous forme de schémas transposables, de batteries d’activités à ajuster aux besoins des élèves (par exemple pour l’identification des fonctions d’un groupe nominal), les autres longuement développées, par exemple sur le verbe et la conjugaison pour le niveau de la phrase, ou sur les personnages d’un récit pour le niveau du texte. Toujours, on retrouve mises en œuvres les manipulations à faire pour observer la langue et réfléchir à partir des résultats de ces observations ; ces manipulations ont été présentées et leur usage justifié en première partie : les opérations de base que sont remplacer, déplacer, supprimer ou ajouter des éléments sont ainsi exemplifiées tout au long du livre, pour les différents objectifs. On trouvera également quelques pistes pour le réemploi des acquisitions en production d’écrit, même si ce n’est pas l’objet principal du livre. Chaque partie propose également une suggestion de progression pour les trois classes du cycle, pour aider à approfondir les savoirs en une progression spiralaire plutôt que de refaire les mêmes choses presque à l’identique chaque année.
On accordera un intérêt particulier au chapitre consacré à l’apprentissage du lexique (hélas trop bref, mais sans doute la nécessité d’aborder l’ensemble des faits de langue empêchait-elle de développer). En effet, il existe beaucoup moins d’outils pour les maîtres consacrés au « vocabulaire » qu’à l’orthographe ou à la grammaire1 et il est plus difficile de travailler systématiquement cet aspect de la langue. Ses exemples, centrés sur la description en histoire, géographie et littérature, sont illustration de la façon dont on peut faire du français « dans toutes les disciplines ».
Les annexes sont une vulgarisation intelligente sur le fonctionnement de la langue et la façon dont les élèves acquièrent la langue écrite. C’est là un ouvrage rigoureux, pratique, complet, que l’on peut lire de bout en bout ou consulter dans le désordre en fonction des besoins, après avoir lu la première partie qui éclaire l’ensemble et joue le rôle d’une importante clé de lecture, un ouvrage qui tantôt guide son lecteur pas à pas et tantôt se contente de baliser son chemin, en quoi il sera utile tant aux débutants qu’aux praticiens plus expérimentés dans les démarches de l’ORL.

Élisabeth Bussienne