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L’actualité éducative du N°401 - Février 2002

Nouveaux programmes pour le primaire

Par Marie-Christine Chycki

Les nouveaux programmes de l’école primaire viennent d’être proposés à la consultation : trente-deux pages pour l’école maternelle ; vingt-neuf pages pour le cycle 2 ; vingt-sept pour le cycle 3 ! Sans compter les documents d’accompagnement !

Découragée par cette masse de textes, j’ai d’abord tenté l’esquive et sollicité quelques collègues professeurs des écoles : « Alors, les nouveaux programmes, ça donne quoi ? ». Une âme bienveillante m’a alors fait parvenir la synthèse des réflexions menées par un groupe d’écoles, dans le cadre de la consultation nationale. Le questionnement est simple et me semble aller à l’essentiel. Par cycle et face à chaque « domaine d’apprentissage » deux grandes questions :
- « Les contenus paraissent-ils à la portée des élèves ? »
- « Les objectifs et compétences devant être acquis en fin de cycle apportent-ils des précisions suffisantes pour faciliter la conduite des apprentissages ? »

Première agréable surprise : on vérifie auprès des enseignants la pertinence des propositions en prenant d’abord en compte l’élève : « Est-ce à sa portée ? », plutôt que : « Est-ce suffisamment exigeant, riche, porteur de valeurs républicaines, garant de la culture universelle ? Le passé simple y garde-t-il droit de cité ? » et autres questions fondamentales dont je sens bien que j’ai tort de rire. Pourquoi cet étonnement ? C’est que je ne suis que professeur de français en lycée et non professeur des écoles. Depuis septembre 2000 nous sommes confrontés à la réforme de l’enseignement du français, et la mise en place des nouveaux programmes a donné lieu à de titanesques polémiques dont nous nous sommes déjà fait l’écho : « Sauvez les Lettres ! » sur fond d’assassinat de la littérature, de dissertation trucidée et de patrimoine culturel éviscéré !

La deuxième question qui s’inquiète de la lisibilité des instructions en terme de « facilitation de la conduite des apprentissages » révèle un souci de clarté et la prise en compte des inquiétudes légitimes des enseignants confrontés à de nouvelles prescriptions.

Je me sens du coup motivée pour la lecture des propositions.

Deuxième agréable surprise : c’est beau comme du Rabelais et du Montaigne réunis, voire comme le Manifeste du CRAP de 1995 !

L’organisation en cycles mise en place en 1990 est réaffirmée : cycle des apprentissages premiers en maternelle, cycle des apprentissages fondamentaux qui débute en grande section et se poursuit les deux premières années de primaire, et enfin cycle des approfondissements pour les trois dernières années.

L’ensemble de la scolarité est pensé à la fois dans une continuité accompagnant le développement des enfants et dans de nécessaires ruptures (intervenant d’un cycle à l’autre) permettant à l’enfant de grandir, de se confronter à de nouvelles exigences.

Maîtrise du langage
L’axe fédérateur de la scolarité, tout au long des trois cycles, est le domaine « maîtrise du langage » : parler, lire, écrire sont au cœur des apprentissages et l’on peut noter l’importance nouvelle donnée à la parole. Doté de 9 à 10 heures d’apprentissage hebdomadaire au cycle 2, ce domaine s’étend à l’ensemble des autres domaines au cycle 3. Il s’affirme clairement transversal : « Pas d’horaire en propre en dehors de la contribution spécifique que lui apporte l’observation réfléchie de la langue française (1heure à 1 h 30 maximum par semaine) » À noter l’insistance particulière sur ce point névralgique, sur lequel se joue sans aucun doute la cohérence des programmes : « Pas une minute ne doit être soustraite des enseignements qui assurent à chacun une solide culture sous prétexte que certains élèves ne lisent pas comme ils le devraient ou ont des difficultés d’écriture. » « Chaque lecture, chaque projet d’écriture doit venir s’ancrer dans une activité qui, par ailleurs, construit des connaissances précises ». À noter également le refus d’« idéalisation » de l’enfant supposé naturellement tout apprendre dans la plus parfaite harmonie : « Il incombe à l’équipe de cycle de considérer que dans ce domaine (« maîtrise du langage »), le devoir de patience vient compléter celui de vigilance » « Plus qu’en une autre circonstance, le regard positif sur l’enfant en voie d’apprentissage est la règle impérative. »

L’enseignement d’une langue étrangère ou régionale - importante nouveauté de ces nouveaux programmes dans la mesure où il fera l’objet d’« un enseignement explicite et structuré » dès le cycle 2, participe de cette volonté de faire accéder les élèves à une maîtrise diversifiée du langage tout en le sensibilisant à d’autres univers culturels.

Les autres domaines viennent se greffer sur cet « axe fédérateur ».
Il y en a quatre à l’école maternelle : « vivre ensemble » ; « agir et s’exprimer avec son corps » « découvrir le monde » et « la sensibilité, l’imagination, la création ».
Au cycle 2 : ces quatre domaines sont poursuivis, le second se formalisant en « éducation physique et sportive » et le dernier en « éducation artistique », décliné en « arts visuels » et « éducation musicale ». Deux autres domaines apparaissent : « domaine mathématiques » et « domaine langues étrangères et régionales ».
Au cycle 3 : Les disciplines de référence s’organisent de façon plus marquée, mais sont regroupées en champs plus vastes pour éviter un cloisonnement excessif. Nous ne revenons pas sur le caractère transversal conféré à la « maîtrise du langage » ainsi qu’au « vivre ensemble » redéfini en « éducation civique ». Les autres champs sont ceux de l‘« éducation littéraire et humaine » (11 h 30 prévues), l’« éducation scientifique » (8 heures), l’« éducation artistique » (3 heures) et l’EPS (3 heures).

Pas de changement radical donc, mais un ton, une conviction qui montre un engagement pour des valeurs fortes : la prise en compte de « la personne de l’enfant dans toutes ses dimensions, affectives, intellectuelles, corporelles, artistiques » ; le respect : « assurer un accompagnement lucide et attentif de l’enfant, respectant son identité, son rythme, ses besoins. » et aussi la confiance dans les possibilités de développement de tous dans et par l’école : « c’est par le jeu, l’action, la recherche autonome, l’expérience sensible que l’enfant, selon un cheminement qui lui est propre, y réalise des acquisitions fondamentales ».

Pour finir, il faut tout de même constater que le chapitre des moyens à mobiliser pour mettre en œuvre l’indispensable travail en équipe préconisé à chaque page n’a pas été ouvert.

Une chose est d’affirmer la nécessité de donner du sens à tous les apprentissages, une autre est d’envisager comment organiser les formations, la concertation, l’harmonisation et de mettre en place des projets dans un temps et dans un espace scolaires inchangés et au milieu des conditions socioculturelles que l’on connaît.

Ce cadrage pédagogique est riche et prometteur, nous y reconnaissons les choix que nous défendons.

Reste à faire la réforme.

Marie-Christine Chycki