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Parution du n° 539 des Cahiers pédagogiques, « Pouvoir d’agir et autonomie, de l’école au lycée »

« Nos organisations doivent être nourries par l’énergie que les humains y mettent. »

Entretien avec Michèle Amiel et Gwenaël Le Guével

3 octobre 2017

L’autonomie, le pouvoir d’agir, pour quoi faire ? Creuser ces questions, c’est questionner ce que les individus et les collectifs mettent derrière les mots. Veut-on la liberté pour rester seul ou pour travailler ensemble sur les pratiques professionnelles ? Pas si simple ! De nouveaux modèles sont en train d’émerger. Les auteurs de ce dossier vous invitent à entrer progressivement dans différentes configurations pour une meilleure qualité de vie et l’accomplissement des individus et des collectifs. Entretien avec les coordonnateurs du dossier.


Qu’est-ce qui a motivé la publication d’un dossier des Cahiers pédagogiques sur ce thème ? Cela correspond-il à des questions récurrentes dans les Cahiers ?

Oui, cela correspond à la question du pouvoir d’agir. Qu’est-ce qui fait qu’on s’autorise ou non certaines initiatives ? Quel environnement, quel climat, quelles règles du jeu souhaitons-nous instaurer pour ce faire ? Nos structurations pyramidales hiérarchiques sont dépassées car elles impliquent d’emblée la compétition et la méfiance. Nos organisations finissent ainsi par placer les humains dans une situation paradoxale et paralysante : le haut de la pyramide se plaint régulièrement que le bas ne prenne pas assez d’initiative et le bas reproche à « ceux d’en haut » de ne pas assez les écouter.

Certains titres d’articles font sourire jaune, comme celui-ci : « L’impuissance se prépare dès la formation initiale ». Jugez-vous nécessaire, dans ce dossier résolument dynamique, de dénoncer les freins puissants qui empêchent d’agir, à divers niveaux ?

Effectivement, il peut être intéressant de dénoncer et de s’indigner pour prendre individuellement et collectivement conscience de ce qui peut nous bloquer. Il y a en particulier une formation initiale (et continue) bien mal pensée en ce domaine. Un article dans ce numéro questionne les rapports de force et les positions de pouvoir inculqués dès la formation initiale et qui empêchent d’emblée d’envisager l’autre comme alter ego plutôt que comme concurrent. Dans un autre article, Florent Pasquier défend l’idée qu’il nous faut nous-mêmes montrer l’exemple dans nos propres pratiques d’enseignement, ne plus se contenter du « faites ce que je dis et pas ce que je fais ! » et aller vers un « faisons ensemble ! » si l’on souhaite que les enseignants débutants ne se contentent pas de reproduire ce qu’ils ont vécu comme élèves.

Mais « après l’indignation, il y a l’action » comme disait Stéphane Hessel. Or, il se trouve que de nouveaux types d’organisation sont en train d’émerger. Nous sommes allés à leur recherche et nous proposons aux lecteurs d’en découvrir les prémisses. Ils nous proposent des outils permettant de réenchanter l’action collective et de mieux s’adapter à un monde complexe : pilotage par la raison d’être, prises de décision par consentement, suppression du lien de subordination, etc. 

L’autonomie est une question délicate qui peut se décliner sur le mode du « chacun pour soi » : quelles idées-forces voudriez-vous au contraire que le lecteur retire du dossier ?

Première idée : que l’individu et le collectif n’ont pas forcément à s’opposer. Les deux sont en tension et plutôt que d’osciller entre les deux en considérant que l’on sacrifie forcément l’un à l’autre, faisons en sorte qu’ils se nourrissent.

Deuxième idée, potentiellement enthousiasmante : des outils existent pour distribuer l’autorité, dans des modes d’organisation où les personnes peuvent s’autoriser des essais/erreurs, où on ne confond pas les rôles et les personnes, où l’intelligence collective peut être une force qui se met à l’écoute et au service des besoins de chacun.

Par exemple, dans un lycée de Marseille, le chef d’établissement fait en sorte que chacun puisse représenter son établissement à l’extérieur et montrer son expertise : « Les uns sont intervenus dans les Journées académiques et nationales de l’innovation, d’autres ont accompagné des équipes d’établissements de l’académie, voire d’autres académies, sur des projets qu’ils menaient au sein du collège, ou encore sont intervenus à l’IFÉ (Institut français de l’éducation) à Lyon. »

Dans un collège de Nantes, à l’occasion du projet « Sentinelles contre le harcèlement », des parents référents ont été désignés et s’occupent de la formation et de l’accompagnement des élèves-sentinelles.

Dans un collège en éducation prioritaire, un coordonnateur assure le lien entre les structures primaires et secondaires et facilite la mise en œuvre des projets et la coopération entre les différents personnels.

Dans un collège de Trappes, le « pilotage coopté », qui laisse à chacun la possibilité d’être force de proposition, trouve sa réalisation dans le conseil pédagogique où la quasi-totalité de l’équipe s’investit pleinement.

De tels exemples aident, il nous semble, à définir les contours d’une autonomie bien pensée, qui amène, souligne François Dubet, à changer de culture professionnelle. Nous souhaitons que le dossier contribue à cette évolution si nécessaire.

Propos recueillis par Florence Castincaud

Sur la librairie

 

Pouvoir d’agir et autonomie, de l’école au lycée
Prendre des initiatives, engager un processus de décision, animer une équipe, mettre en place une innovation, etc. Est-ce le domaine réservé du directeur d’école, de l’IEN, du chef d’établissement ? Au bout du compte, l’augmentation du pouvoir dans un établissement autonome, c’est celle du chef ou celle des personnels.

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