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N°450 - Dossier "Images"

Ne pas oublier l’audiovisuel

Par Étienne Récamier

4 février 2007
Depuis quelques années, l’informatique est omniprésente dans les préoccupations des ministres successifs. L’utilisation pédagogique de l’audiovisuel serait-elle devenue désuète ? A juger par la disparition progressive du mot « Audiovisuel » dans les textes et recommandations officielles on peut se poser la question.

Derrière cet effet de mode, où le simple mot « Internet » suffit à attirer l’attention d’un public enseignant, soucieux à juste titre de rester en phase avec le monde qui l’entoure, une confusion semble s’être installée.

Confusion technique tout d’abord. Sous l’angle de la communication, l’audiovisuel est un vecteur transportant des signifiants issus d’émetteurs vers les récepteurs que nous sommmes. Ce vecteur a toujours évolué. Depuis que l’école existe, les pédagogues se sont appuyés sur l’image. Ce furent d’abord les dessins, les calligraphies, les gravures etc. ...Puis dès les premiers temps du cinéma, des pionniers se sont emparés de l’invention des frères Lumière pour soutenir leurs contenus de cours. Récemment l’apparition de la video a constitué un tournant dans cette évolution. Sa mobilité, son immédiateté (un camescope branché en direct sur un téléviseur) lui ont permis de s’imposer en milieu scolaire. Alors tout ces efforts d’appropriation seraient-ils vains à l’heure du multimédia et d’Internet ?

Dans l’histoire des technologies, une nouvelle technologie ne remplace jamais une précédente, elle vient plutôt la compléter. (J’utilise actuellement l’écriture, procédé quelque peu ancien pour rentrer en communication avec vous) Le vecteur en devenant numérique s’est multiplié. L’image fixe et animée est maintenant transportée aisément par les D.V.D.(Digital Versatil Disk) enfants de la grande famille CD-ROM. Internet véhicule également de mieux en mieux l’audiovisuel. Un courant, passionnant à observer, de développement de télévision en direct a vu le jour sur le net. Là se situe l’évolution ; les vecteurs se multiplient ainsi que les émetteurs et les récepteurs sont parfois un peu perdus...

On voit donc bien que cette évolution est à prendre en compte pour permettre d’aller plus loin dans l’utilisation des images fixes et animées (quelle que soit leur apparence, linéaire ou de type multimédia) comme support d’enseignement.

L’origine de la confusion qui nous occupe semble d’autre part liée à la deuxième préoccupation des pédagogues en la matière. Utiliser l’audiovisuel comme support d’enseignement est un enjeu, éduquer les élèves et leur apprendre à décoder le langage qui compose le message en est un autre.

Les technologies de création et de diffusion évoluent, le langage aussi. Un langage de communication quel qu’il soit s’adapte au vecteur utilisé. On n’écrit pas un texte avec les mêmes mots et la même syntaxe s’il est destiné à être lu ou s’il est destiné à être dit. Deux cas se présentent. Soit les nouvelles technologies permettent la diffusion du message sans modifier sa nature, soit-elles sont utilisées au cours de la conception et la réalisation de ce message. Dans un cas l’impact des nouvelles technologies n’aboutit qu’à une modification du vecteur, dans l’autre cas il change la structure même du message.
Le langage audiovisuel qu’il soit utilisé pour diffuser un message sur DVD, Internet, sur cassettes vidéos ou en projections filmiques se doit d’être décodé et analysé afin de nous permettre et de permettre à nos élèves de devenir des citoyens actifs, en phase avec leur époque. Le langage linéaire (cinéma, vidéo, télévision) devient interactif, les émetteurs ne sont pas toujours identifiables avec précision et les récepteurs sont invités à devenir émetteurs. D’une communication « un pour tous » nous passons à une communication « tous pour tous ».

En conclusion, ce n’est certainement pas parce que le mot audiovisuel se trouve en quelque sorte intégré dans les TICE que les images et les sons ne méritent pas d’être décodés et analysés à part entière.
Au contraire, leur utilisation de plus en plus fréquente rend l’enjeu de leur compréhension chaque jour plus d’actualité pour nos élèves.

Étienne Récamier, Formateur TICE MAFPEN Paris.


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