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L’école à l’heure du Covid-19

Mobilisés pour gagner la partie…

Rabah Aït Oufella et Dominique Sénore

8 avril 2020

Le risque de perdre des élèves n’est pas une hypothèse, c’est une réalité ! Alors, dans chaque foyer de professeur, dans chaque appartement de fonction, on cherche et on agit pour tenter de retrouver cet élève invisible, cette apprentie qui a cessé de répondre et ces parents aux abonnés absents. Les témoignages qui suivent montrent des réussites de la continuité pédagogique, en dépit de difficultés importantes.


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Des parents

« Je ne vais pas dire que tout se passe bien. Mais les professeurs sont présents et mes enfants se portent bien. Tous les jours, on reçoit des messages. Pas forcément pour travailler. Les professeurs sont investis. Je pense que leurs élèves leur manquent. Ils sont consciencieux et dynamiques, avec toujours des paroles réconfortantes. Au début, on était un peu désorienté. Personnellement, je ne savais pas quoi faire. Mais, petit à petit, les choses s’améliorent. J’apprends même des choses que je ne connaissais pas en histoire, en géographie, en français... »

Valérie, mère d’élève

 

« Vous vous rendez compte, mon enfant n’avait jamais parlé avec moi de ses devoirs ! C’est vrai que je ne pose pas beaucoup de questions. Je suis fatiguée quand je rentre du travail. Son père se lève à cinq heures. Mon fils se retrouve tout seul. Il va voir ses amis et rentre tard. Avec le confinement, nous sommes ensemble et ce n’est pas toujours facile. Mon fils m’a même demandé de l’aider à faire ses devoirs. Au début, avec tous les messages que nous recevions, c’était difficile. Mais les professeurs ont compris qu’il faut stopper un peu. J’espère que les politiques ne vont pas profiter de cette occasion pour arrêter de recruter des profs. Sincèrement, monsieur, on a besoin d’eux, beaucoup. »

Sabine, mère d’élève

 

Des collégiens

« Nous avons rédigé ce message à l’aide de nos professeurs qui ont corrigé les fautes. On est vingt-quatre dans notre classe de 5e et quinze élèves ont répondu à notre appel. Le monsieur qui nous a interrogés voulait savoir si tout allait bien et si la continuité pédagogique avait des côtés positifs. Nous pouvons le dire : nous sommes contents d’avoir des professeurs qui pensent à nous ! Au début, nous étions stressés ; nous n’avions plus notre collège, nos habitudes. Puis, peu à peu, nos professeurs se sont organisés. Ils nous donnent du travail. Nous le faisons à notre rythme. Notre professeur principal nous a dit qu’avec ses collègues, ils ont décidé de s’organiser pour nous contacter. Nous avons créé un compte WhatsApp. Nous pensons que nous n’avons pas le droit, le ministre avait dit qu’il fallait privilégier l’environnement numérique de travail et “Ma classe à la maison” pour protéger nos données personnelles. Mais ça marche moins bien. Les professeurs ont pris le risque, ils nous contactent et nous aident à faire nos devoirs. »

Simon, pour la classe de 5e

 

Des enseignants

« Chaque dimanche j’appelle tous les élèves. Je discute avec leurs parents, les gamins les moins timides me parlent parfois. On fait le tour du travail scolaire mais cet échange est surtout pour ne pas rompre le lien social. Un seul élève ne répond plus ; sa mère l’élève seule et je pense qu’elle est submergée. Une maman qui élève seule ses quatre enfants m’a dit “je suis soufflée, vous faites un travail de dingue, je vous admire”. Les élèves continuent de faire la revue de presse hebdomadaire à partir du Petit quotidien que je leur envoie au format pdf. Elle est filmée. Pour les petits livres, les élèves dictent sur leur téléphone portable un message que je mets en page puis en ligne sur le site www.petitslivres.free.fr. Les fichiers des éditions Pemf (pédagogie Freinet) sont aussi très utiles à mes élèves.  »

Nicolas, professeur des écoles en cycle 3 à Vaulx-en-Velin (Rhône)

 

« Nous avons la chance, dans mon lycée, d’avoir eu avant même le début du confinement, des directives claires et concises de la part de notre proviseure. Immédiatement, sa priorité fut de nous mettre, les élèves et les personnels, à l’abri pour nous protéger, dès le premier lundi de fermeture du lycée. Dans les jours qui ont suivi, elle a su nous informer sans être intrusive, sans nous inonder de messages et d’informations contradictoires, et surtout, en nous faisant comprendre qu’elle avait entièrement confiance en nous.

Nous ne lâcherons pas nos élèves. Y compris les plus démunis car seuls, sans soutien, sans matériel. Nous trouverons des solutions pour "garder le contact". Au moment où je vous écris, je reçois, sans m’y attendre, les devoirs de certains élèves, petit à petit. Même si je sais que ça annonce encore beaucoup de temps à passer devant mon écran d’ordinateur, ça me donne de l’espoir et l’envie de poursuivre mes efforts. »

Lila, enseignante en lycée professionnel

 

« Ces derniers jours, j’ai pu avoir presque tous mes élèves qui préparent un CAP au téléphone. J’ai également eu des familles qui m’ont directement contactée. Si certains se débrouillent et suivent, la plupart est en difficultés. Ils se sentent perdus, seuls, sous pression. Certains sont clairement en détresse, psychologiquement fragilisés. Certains élèves ont besoin de parler, d’échanger. Pouvoir verbaliser leurs angoisses est important. Je fais le point sur le travail demandé pour la semaine, en fonction aussi de ce que je reçois des professeurs qui accueillent ces élèves en classe. Je reformule, explique, organise pour les soulager, les rassurer et leur permettre de continuer leur travail. Un seul exercice suffit avec une réponse en quelques mots. J’évite les évaluations. Alléger la quantité de travail demandé en donnant plus de temps est nécessaire. Les corrigés sont envoyés avec les exercices et peuvent aider les familles pour guider leurs enfants. Une seule consigne de travail à la fois, et la plus claire possible. Je propose aussi des liens de vidéos, de documentaires, courts métrages ou film. »

Delphine, coordinatrice d’un dispositif ULIS

 

« L’annonce du confinement a pris tout le monde de court. Il a fallu, en quelques jours, repenser les liens que nous avions avec nos élèves. Il y a d’abord eu un moment de flottement entre l’annonce de la fermeture des établissements scolaires, où nous avions quand même maintenu du présentiel, et le confinement total. L’administration a choisi de planifier des réunions en utilisant la classe virtuelle du CNED. Les équipes se sont alors structurées en utilisant, souvent, l’application WhatsApp pour garder le contact entre elles et avec les élèves... En troisième semaine, cela se calme un peu et tout le monde a pris ses marques. Mais l’essentiel reste les élèves et c’est un travail de tous les instants pour ne pas perdre le lien. »

Serge, enseignant et référent numérique

 

« Je suis un prof qui doit enseigner sans vraiment savoir comment faire en ce moment. Mais je suis père et dois aussi éduquer ma fille de trois ans. Je suis, pour ainsi dire, doublement prof. Alors, je m’applique, comme un bon élève ; et je fais mes devoirs. »

Julien, enseignant en REP +

 

Des personnels de direction et d’inspection

« Nous avons repensé l’organisation du lycée : réunion plénière en visioconférence, chaque semaine, avec l’ensemble des enseignants, conseiller principal d’éducation et directrice déléguée aux formations professionnelles. Nous proposons également des réunions pédagogiques virtuelles, par classe toutes les semaines. Elles permettent de faire le point sur les difficultés rencontrées, le travail rendu par les élèves, leurs absences. Nous tentons d’en repérer les raisons. Nous avons décidé d’agir systématiquement auprès d’eux pour les aider à réagir et à ne pas décrocher ! Nous les appelons. En fonction des cas, on se répartit ces appels pour optimiser les chances de réussite (proviseure, CPE…). Enfin, pour faciliter leur travail, le lycée a prêté soixante tablettes aux élèves qui n’ont pas d’ordinateur. L’agent d’accueil prend le relai pour la distribution. Et pour garder le contact entre les enseignants, le lycée a fait le choix de créer une salle de professeurs virtuelle : tous les enseignants, les deux chefs d’établissement et la directrice déléguée aux formations professionnelles communiquent via un groupe WhatsApp (on n’a pas trouvé plus simple). Conserver les contacts et les liens sociaux demeure l’essence des rapports humains. »

Agnès, Directrice déléguée aux formations professionnelles, et Sandrine, Proviseure

 

« J’ai appelé individuellement tous les enseignants du lycée, dès la fin de la première semaine. Cet échange m’a pris trois jours pleins pour parler aux soixante-dix professeurs. Ils sont positifs, les profs ! En dépit de toutes les incohérences du départ. L’accent n’a pas été mis sur les difficultés. Ils m’ont fait part de nombreuses propositions concrètes qu’ils mettent en place pour faire face à la situation. Tous ont le moral au plus haut, avec beaucoup d’humour, ce qui est réconfortant. Le travail en équipe perdure. Je suis sincèrement impressionné mais pas surpris de leur engagement pour nos élèves. Les professeurs principaux ont pris contact avec tous les élèves et en cas de difficulté, les trois CPE ont pris le relai pour contacter les “injoignables”.

La fermeture de l’établissement n’est en fait qu’une apparence. L’agent d’accueil assure une permanence téléphonique, la secrétaire de direction télétravaille, l’agence comptable assure à distance. Le proviseur adjoint est très sollicité pour les codes de l’ENT (environnement numérique de travail) à renouveler, l’organisation des conseils de classe à distance, les appréciations postbac pour Parcoursup, sans se décourager. Nous avons maintenu notre rythme de travail avec l’équipe de direction et nos réunions hebdomadaires par visioconférence. Malgré le peu d’informations reçues de la part de nos autorités, nous gardons le contact avec nos enseignants. De nombreux conseils de classe ont pu se tenir en visioconférences... »

Didier, proviseur

 

« Dès la première semaine de confinement, les inspecteurs généraux disciplinaires aidés par des inspecteurs territoriaux ont apporté un soutien très significatif à la direction générale de l’enseignement scolaire (DGESCO) pour la production rapide de documents multiples et d’outils pour tous les niveaux de l’École, des premier et second degrés [1].
Ce travail se poursuit ; il a vocation à s’enrichir et à continuer à se structurer. Cette période exceptionnelle révèle de nombreuses fragilités mais aussi de grandes résiliences. La période de “déconfinement” sera peut-être plus difficile que nous le pensons, et nous devrons tirer des enseignements féconds pour l’évolution du système éducatif. »

C. M., inspecteur général

 

Propos recueillis par Rabah Aït Oufella et Dominique Sénore


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