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N° 549 - Usages des livres jeunesse

Mets ta ceinture, c’est un rallye

Delphine Guichard

Pour qu’un rallye lecture ne pénalise pas les lecteurs moins aguerris, mais que chacun apprenne à maitriser les gros livres, l’auteure a imaginé des « ceintures de lecture » qui prennent en compte des rythmes et compétences diverses. Et les effets sont encourageants.

Depuis mes toutes premières années d’enseignement, j’organise des rallyes lecture dans ma classe de CM1-CM2. Un rallye-lecture, c’est une sorte de concours de lecture. On met une caisse de livres au fond de sa classe, on donne le top départ, et les élèves ont pour consigne d’en lire le plus possible en quelques semaines. Pour prouver qu’ils ont lu correctement le livre, ils remplissent un petit questionnaire (le plus souvent, sous forme de QCM (questionnaire à choix multiple), rapide à corriger pour l’enseignant qui tient les scores). Quatre à six semaines plus tard, on lance les confettis et on remet les diplômes de lecteur à tout le monde.

Un site utile

Pour me simplifier encore la vie, j’utilise le site rallye-lecture.fr, développé par Lorin Walter. Sur ce site, environ 10 000 livres sont référencés. Les élèves peuvent y remplir en ligne leurs questionnaires de lecture. Je n’ai plus de QCM à corriger : c’est internet qui travaille pour moi. Les élèves connaissent ainsi, en temps réel, leur score et leur position dans le concours. Vous l’avez compris, j’aime beaucoup ce dispositif, mais il a quand même des limites : les lecteurs faibles étaient peu motivés, ils voyaient bien qu’ils n’avaient aucune chance de gagner contre les meilleurs lecteurs de la classe, qui avaient déjà lu cinq livres quand eux peinaient à finir le premier ; j’étais obligée de mettre dans la caisse un grand nombre de livres simples, accessibles à ces petits lecteurs. Mais, par conséquent, les bons lecteurs n’essayaient pas de lire les livres plus longs que je glissais dans la sélection. Les livres longs prenant du temps, lire dix livres courts rapportait beaucoup plus de points et assurait mieux la place sur le podium.

Comme au judo

C’est pour ces deux raisons que j’ai eu l’idée de créer des ceintures de lecture. Sur les livres de rallye, je colle une gommette de couleur. Les livres les plus faciles ont une gommette blanche (albums illustrés, etc.), les plus difficiles une gommette noire (Jules Verne, Kipling, Kessel, etc.), et toutes les couleurs habituelles au milieu. Pour obtenir la ceinture de la couleur suivante, un élève doit valider trois livres de la couleur visée (concrètement, ils doivent lire le livre, remplir le questionnaire et avoir au maximum une erreur). J’ai distribué à chaque élève une fiche de suivi sur laquelle ils notent le titre de chaque livre correctement lu. Quand trois livres sont écrits sur la fiche, ils obtiennent leur ceinture : ils doivent alors lire des livres de la couleur suivante. À tout moment, sur le site rallye-lecture.fr, je peux consulter les lectures de ma classe. Je vois qui a lu quoi, quel score il a obtenu. Je peux même connaitre les réponses, justes ou fausses, qu’il a données pour chaque questionnaire.

À la fin du rallye, je remets des prix aux élèves qui ont gagné le plus de points. Grâce au principe des couleurs, tous les élèves ont leur chance, puisque les élèves les plus faibles ont des livres plus courts à lire.

Sur le site rallye-lecture.fr, je peux même créer des groupes. Cela me permet aussi de féliciter le meilleur lecteur de chaque groupe de niveau. Le site permet enfin de suivre le score moyen par livre, pour mettre en valeur ceux qui ne se trompent presque pas dans les questionnaires, même s’ils lisent moins de livres que leurs camarades. Vous l’avez compris, l’objectif est de féliciter le plus grand nombre d’élèves possible pour encourager tout le monde. On pourrait penser que ce système de couleur impose de mettre plus de livres dans la caisse du rallye. Ce n’est pas le cas, au contraire : comme les bons lecteurs ne lisent plus les livres courts, il n’est plus nécessaire d’en mettre autant qu’avant.

De couleur en couleur

C’est la deuxième année que j’utilise ce dispositif et ma collègue de CE2-CM1 l’a adopté aussi. Je suis ravie de ce système. Mes lecteurs faibles sont vraiment motivés. Ils se voient progresser, de couleur en couleur. Ils osent lire des livres de plus en plus gros, de moins en moins illustrés. Je suis contente de voir aussi mes très bons lecteurs plongés dans des romans longs. Ainsi en février dernier, j’avais déjà plusieurs CM2 qui lisaient des livres marron (c’est-à-dire des romans de littérature de jeunesse contemporaine de 300 à 500 pages : Narnia de C.S. Lewis, La Quête d’Ewilan de Pierre Bottero, les livres de Philip Pullman, etc.), et une élève qui en était à la ceinture noire. C’est au-delà des objectifs du CM2 pour de la lecture autonome, mais ils en sont capables et ont vraiment le niveau pour lire, en autonomie, autre chose que les petits romans que je proposais avant. Nourrir les très bons élèves, c’est aussi cela, la différenciation !

Delphine Guichard
Professeure d’école, Souvigny-en-Sologne

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