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Lurçat : une victoire - et après ?

Par Jacques Ténier

20 octobre 2005

Dans notre numéro 436, Jacques Tenier, professeur, expliquait comment le travail d’équipe du lycée Jean Lurçat de Paris était mis en péril par des mesures administratives. Suites de cette aventure : la création d’une fédération d’établissements alternatifs.


Après un printemps et un été de lutte pour notre survie, les structures innovantes annexes du Lycée Jean Lurçat [1], ont obtenu la satisfaction de leur revendication principale : le maintien de l’équipe en place avec la réintégration de la première contractuelle licenciée en mai.
Il a fallu mener un combat incroyablement obstiné et attendre une semaine après la rentrée pour que notre travail puisse enfin commencer, alors même qu’il s’adresse à des jeunes particulièrement fragiles et que leur volonté de raccrochage reste encore volatile, surtout à cette époque de l’année (et il y a eu quelques départs, certaines familles, devant les incertitudes qui persistaient à la rentrée, ont préféré renoncer et ont annulé leur inscription).

Une nébuleuse d’établissements scolaires innovants

Cette victoire est pour nous surtout l’encouragement à continuer notre marche vers une reconnaissance de toute la mouvance des structures qui, réparties sur tout le territoire, mais en nombre insuffisant par rapport à la demande, prennent en charge les élèves en situation de décrochage.
Ces établissements d’enseignement, tous dans l’Éducation Nationale, remplissent une fonction indispensable : donner à un jeune menacé de quitter définitivement tout système scolaire sans diplôme l’espoir d’une solution par la construction d’un projet personnel et la réconciliation avec des apprentissages devenus impossibles dans l’école traditionnelle.
Ce sont, sans exception, des créations qui ont vu le jour grâce au courage et à l’inventivité d’une équipe d’enseignants, et la plupart du temps, ce sont des professeurs en situation précaire, ou ayant renoncé aux avantages de leur catégorie, qui ne sont jamais restés le nez collé sur leur plan de carrière.
Aujourd’hui, ces établissements sont en train de se fédérer. La FESPI [2] (nom provisoire, le « I » pour « Innovants » pouvant devenir « A » comme « Alternatifs ») en gestation va pouvoir mettre en avant, de manière collective, ce qui consolidera nos actions et nos existences : voir l’article de Eric de Saint Denis à ce propos, à paraître prochainement dans les Cahiers .

Les dispositifs mis en avant aujourd’hui (Classes relais, SAS, DSA ...) ne semblent constituer que des ressources limitées, à l’effet provisoire, le temps d’une « mise à l’écart » d’élèves en difficulté pour un stage de six semaines. Un travail impressionnant et utile y est certes mené, avec des liens vers d’autres partenaires, associations éducatives, instances juridiques, et on ne peut que le saluer. Mais les effets en sont limités et leur existence ne répond qu’à une toute petite partie de la problématique.
Il faut aussi que la formation continue se mette en route et que les enseignants en poste dans les établissements traditionnels soient formés à la prise en charge et l’accueil d’élèves dans des structures spécifiques, et, pourquoi pas, à la création d’une structure de raccrochage.

La récente loi Fillon contient un article 34 qui invite chaque établissement à déposer un projet de structure pédagogique expérimentale pour une période de cinq ans ; c’est peut-être l’occasion de prendre le législateur au mot et de multiplier ces structures pour les pérenniser ensuite, après la période des cinq années légales ...

Jacques Ténier


[1LI (Lycée Intégral), LVPE (La Ville Pour École), LSI (Lycée de la Solidarité Internationale), 121 rue de Patay, 75013 Paris

[2FESPI : Fédération des Établissements Scolaires Publics Innovants