Accueil > L’actualité vue par le CRAP > Lundi de Pentecôte : un bon combat ?


Lundi de Pentecôte : un bon combat ?

De quelques échanges sur la liste de discussion du CRAP

15 mai 2005

La décision du gouvernement de nous faire travailler ce lundi férié de Pentecôte au nom de la solidarité avec les "personnes dépendantes" est mal acceptée. Le ministre Fillon ayant rappelé que tous les enseignants devaient être à leurs postes ce jour-là, de nombreuses réactions se sont exprimées, en particulier sur la liste de diffusion de notre mouvement. Nous en rendons compte ici.


Chacun convient qu’il s’agit d’une "absurdité". Mais à l’heure des régressions que nous vivons pour l’école, d’autres luttes semblent à certains plus importantes. Édith-Jeanne a "du mal à [se] décider à faire grève juste contre cette absurdité [...] peut être parce qu’il y en a plein d’autres au quotidien -dans notre travail- qui sur le long terme font plus de dégats." Florence va dans le même sens : "j’ai du mal à m’intéresser à cette question au moment où nous sommes quelques-uns à ramer pour, par exemple, faire que la DGH de l’an prochain soit utilisée au mieux." Monica compte "travailler, et réserver [ses] journées de grève à des causes qui [lui] paraissent plus importantes."

Pour d’autres, la grève est la seule réponse possible. Y.-P. nous dit :
"Autant d’autres "non" d’actualité peuvent nous paraître ambigus, autant je pense que nous avons ici une occasion indiscutable de dire non à la dévalorisation du travail salarié dans nos sociétés. [...]
S’agit-il de solidarité ? Non, dès lors que seuls les salariés se voient imposés une telle mesure : [...] j’observe sans risque d’être contredit que les autres catégories sociales, ou les autres statuts comme on voudra, ne sont pas concernées. Un artisan, un commerçant, un indépendant en libéral, étant par son statut maître de son temps travaillera quand il veut, comme avant. S’il travaille ce lundi-là il se fera facturer ce qui convient, comme avant. Un chef d’entreprise pourra faire travailler ses salariés, et dégagera le profit correspondant à la vente du produit supplémentaire, à charge pour lui de verser 0,3% de cotisation sociale, autrement dit trois francs six sous... Donc pas de solidarité si l’on entend par là que tous travaillent pour tous : ici, un gouvernement fait voter une loi imposant à une majorité de travailler plus, prétendument pour "les vieux", réellement au profit des propriétaires du capital des entreprises. Car les effets de manche d’un chef de gouvernement ne peuvent faire oublier que le produit du travail fait toujours -à l’exception du travail des fonctionnaires, comme Edith-Jeanne l’a signalé - l’objet d’une répartition, et cela pour l’essentiel entre salaires et profit. Le "charme discret de la bourgeoisie", pour reprendre le titre de Bunuel en d’autres temps, rend celle-ci invisible, et pourtant... Dans une classe de terminale l’autre jour j’ai pu observer la difficulté, même en SES, de travailler avec ce probable élément de représentation sociale : pour ces élèves, il n’y a que des salariés, dans un tableau où figurent des données statistiques sur toutes les catégories ils
ne trouvent pas pourquoi, notamment, il n’y a pas de données pour le salaire des artisans ! Et nos gouvernants, comme tant d’autres bons apôtres, ont beau jeu de faire comme si la solidarité ne se jouait qu’entre salariés, puisqu’il n’y a, apparemment, que des salariés.[...]
Cette imposition aux seuls salariés d’une augmentation de leur temps de travail n’est qu’une mesure de plus pour "siffler la fin de la récréation", comme le baron Seillière l’avait intimé au chef du gouvernement venu à l’AG du Medef, il y a deux ans. Quand je lis par ailleurs une déclaration du ministre de l’éducation nationale qui se désole que dans son ministère les fonctionnaires, et notamment les enseignants, ne veulent pas travailler plus, eh bien je m’en réjouis, au contraire. [...]"

Un point d’histoire

Jacques nous propose quelques rappels historiques sur les lundis de Pâques et de l’Ascension : "Cela correspondrait au souci -finalement très laïque - de prendre en
considération le fait que pour beaucoup de chrériens ces deux fêtes (les dimanches) étaient l’occasion de déplacements, pélérinages, etc. On remarquera que l’on n’a pas férié le lendemain de Noël, ce qui serait diététiquement indiqué. Sans doute le lundi de Pentecôte était-il férié sous l’Ancien Régime, et celui de Pâques, mais à une époque où le nombre de jours fériés était bien plus important qu’aujourd’hui. Il y a eu une
interruption sous la Révolution. Le Consulat rétablit d’une part le repos du
dimanche (pour les fonctionnaires ; cela ne sera étendu à tous les travailleurs que par la
Restauration, fin 1814) et d’autre part en 1802 quatre jours fériés (Noël,
Ascension, Assomption, Toussaint ; Pâques et Pentecôte tombant toujours un
dimanche sont également fériés). Dans les lycées de Napoléon, il y a congé
du vendredi saint au lundi de Pâques, et aussi le lundi de Pentecôte. Je ne
trouve pas de renseignement sur la persistance de ces dispositions, jusqu’à
ce que une loi du 8 mars 1886 rende fériés les lundis de Pâques et de
Pentecôte.
On peut noter que l’Ascension n’est pas fériée dans un certain nombre de pays de tradition chrétienne (et l’Ascension commande beaucoup de ponts, qui contribuent à
désorganiser le mois de mai). S’il s’agissait d’augmenter la production, déférier l’Ascension aurait été plus judicieux."

François Malliet


 Les Cahiers pédagogiques sont une revue associative. Pour nous permettre de continuer à la publier, achetez-la, abonnez-vous et adhérez au CRAP.