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débats. Quinze intervenants dans les tables rondes de ces assises, pour débattre de ce qui bloque, fait obstacle, comme de ce qui peut, au contraire, être des leviers pour changer l’école en 2012.

L’actualité éducative du n° 493 - décembre 2011

Les verrous vont-ils être ouverts ?

Retour sur les assises de la pédagogie

Débats. Quinze intervenants dans les tables rondes de ces assises, pour débattre de ce qui bloque, fait obstacle, comme de ce qui peut, au contraire, être des leviers pour changer l’école en 2012.

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Sans prétendre résumer en quelques phrases de consistants échanges, certains propos ont tout de même fait mouche. D’abord pour pointer des obstacles qu’il faudra bien franchir, des nœuds qu’il faudra bien démêler pour avancer.

ce n’est pas gagné

Annie di Martino (CRAP) : Le livret de compétences, ça peut être autre chose que la « crucifixion » (mettre des croix ). Mais attendre un texte parfait, c’est se condamner à ne pas avancer.

Bruno Suchaut (université de Bourgogne) : La distinction entre connaissances et compétences est stérile. Plutôt que des discours généraux, des travaux pragmatiques sont nécessaires pour faire évoluer les pratiques pédagogiques, en particulier en matière d’évaluation.

Pierre Laurent (parti communiste) : Attention au manque d’ambition, au renoncement au « tous capables d’acquérir un haut niveau de connaissances ». La politique actuelle est très loin de la définition théorique du socle commun de 2005.

Claude Lelièvre (historien de l’éducation) : Oublier le mot « commun » ou brandir l’expression « culture commune » risque d’éluder les vraies questions d’acquisition de la « culture de base » et de la nécessité de la non-compensation d’une compétence par une autre.

Bernadette Groison (FSU) : Il est urgent de sortir d’une querelle de mots, souvent piégés. Avec le ministère actuel, on a la personnalisation contre la démocratisation. Il y a un débat professionnel sur les compétences, mais on ne peut faire fi du contexte actuel.

André Ouzoulias (IUFM de Versailles) : Le désengagement de l’État dans la formation des enseignants est catastrophique. Le modèle successif, formation académique d’abord, puis semblant de formation professionnelle, est caricatural et suscite beaucoup de souffrance chez les jeunes enseignants.

Patrick Gonthier (UNSA Éducation) : Un métier qui n’a plus de formation continue est un métier en péril. On confie l’éducation de nos enfants à des profs qui ont simplement des savoirs livresques disciplinaires. Confierait-on sa santé à quelqu’un qui a simplement lu quelques livres de biologie ?

Hélène Eveleigh (CRAP) : Les enseignants souffrent des injonctions multiples et contradictoires que l’institution leur adresse.

Thierry Cadart (Sgen-CFDT) : Aujourd’hui, hélas, tout est matière à communication au journal de 20 h. Il y a des fossés entre les déclarations (socle commun, accompagnement pédagogique, autonomie des établissements) et la réalité. Mais en réalité, l’État ne contrôle rien de ce qui est important. Il n’impulse plus et montre son impuissance.

Jean-Jacques Hazan (FCPE) : Si les enseignants ne travaillent pas ensemble, comment pourraient-ils transmettre aux élèves le goût du travail collectif ?

tout n’est pas perdu

Changer, c’est possible, et ce ne sont pas les idées qui manquent.

Bernadette Groison : Les pratiques doivent changer, c’est nécessaire pour construire un nouveau projet éducatif. On doit relever le défi de la réduction des inégalités, si lourdes dans notre système éducatif.

Annie di Martino : Si on travaille par compétences, on accepte de perdre un peu de pouvoir : l’enseignant devient davantage un expert ou un entraineur. Le socle commun, c’est moins la réussite de tous, formule un peu creuse, qu’un progrès pour chacun.

Bruno Julliard (parti socialiste) : On a besoin d’une refondation de l’école, qui passe par une redéfinition du métier.

Jean-Pierre Obin (inspecteur honoraire) : Les épreuves des concours doivent être beaucoup plus professionnelles qu’académiques, pour envoyer un message clair aux candidats enseignants sur la réalité de leur futur métier.

Françoise Lorcerie (CNRS) : Les évaluations Pisa nous apportent une bonne nouvelle : les systèmes qui marchent le mieux sont aussi ceux qui sont le moins inégalitaires.

Roger-François Gauthier (Unesco) : Il faut à la fois davantage d’État et davantage d’autonomie. Ce n’est pas s’éloigner d’une conception positive du service public à la française, dès lors que l’État reste fort pour réguler, et par exemple veiller à la mise en œuvre du socle commun.

Marie-Christine Blandin (Europe Écologie-Les Verts) : Il faut développer l’exercice pratique de la démocratie dans les établissements scolaires , afin que les différents acteurs prennent leur destin en main. Le pilier de la démocratie, c’est la transparence. Elle est comme l’ail pour les vampires, elle chasse toutes les dérives.

Thierry Cadart : Il faut des contractualisations pluriannuelles, des moyens d’action pour les équipes, et, en tout cas, se dégager des carcans administratifs trop serrés. Les enseignants doivent pouvoir agir sur leur enseignement.

Jean-Jacques Hazan : Il faut mettre en avant les projets collectifs, les expériences de partenariat avec les parents.


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