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Article paru en juin 2012 dans le HSN n° 27 des Cahiers pédagogiques, « Développer les compétences dans les pratiques documentaires »

N° 508 Apprendre à chercher, chercher à apprendre

Les trésors de Versailles

Jean-Michel Zakhartchouk

Quelles compétences documentaires dans un projet interdisciplinaire ambitieux et multiforme ? En route pour le XVIIe siècle !

Soit quelques thèmes de recherche à partir du château de Versailles, susceptibles de mobiliser des connaissances historiques et littéraires comme, et c’est ce dont il sera surtout question ici, des compétences documentaires, de la recherche à la communication.

  1. Qui était Lully ? Sa musique, sa collaboration avec Molière, sa vie à Versailles ;
  2. La danse à l’époque de Louis XIV ;
  3. Le théâtre à l’époque de Louis XIV ;
  4. Imaginez une interview de Molière, à la veille de la représentation du Bourgeois gentilhomme, en vous appuyant sur des documents sur sa vie ;
  5. L’école et l’éducation à l’époque de Molière ;
  6. Comment devenait-on noble à l’époque de Louis XIV ? Comment vivait la cour du roi ? La vie à la Cour. Les fêtes, la mode ;
  7. La Turquie à l’époque de Louis XIV. Pourquoi y a-t-il un gout pour les Turcs à l’époque du Bourgeois gentilhomme ?
  8. Les bourgeois à l’époque de Molière. Les marchands ;
  9. Quelques « grands » de l’époque (madame de Montespan, de Maintenon, Le Brun, Le Nôtre, La Fontaine, la comtesse Palatine, etc.)

Il est à noter, pour montrer qu’il faut rester souple, pragmatique, évolutif, que nous avons par exemple abandonné le n° 8, que nous avons dû revoir le n° 7 un peu difficile et que j’ai eu soudain l’idée de faire travailler, mais pas pour un exposé, car c’était trop tard, sur la galerie des Glaces sous la forme suivante : elle raconte sa propre histoire, ce qui a donné lieu à un texte tout à fait réussi.

Aboutir à une brochure

Le projet associait la professeure d’histoire-géographie, celui de français, deux professeures documentalistes, et pouvait compter également sur la collaboration du professeur d’arts plastiques. Il s’organisait autour d’une visite du château de Versailles, pour aboutir à une brochure rassemblant différents textes et documents :

  • des textes explicatifs écrits à la suite de la visite ;
  • des fiches de lecture sur des romans lus en rapport avec le thème ou une fiche de critique à partir de la pièce vue à Versailles ;
  • des écrits narratifs et des dialogues produits en français, mais avec des recherches historiques, mettant en scène des personnages réels ou imaginaires de l’époque de Louis XIV et insérant des passages descriptifs. Ces écrits devaient appartenir à plusieurs genres : dialogue de théâtre, à partir de l’étude et de la représentation à Versailles du Bourgeois gentilhomme, récit fantastique (soudain, au cours d’une visite d’élèves, les personnages du passé resurgissent...), récit réaliste à la manière des romans lus, carnet de bord ;
  • des illustrations diverses (par exemple des photos prises sur place, mais aussi des représentations de tableaux, avec travail en cours d’arts plastiques).

Le travail s’est fait en cours d’histoire, de français et d’arts plastiques, mais aussi dans des séances communes français-histoire lors de séances au CDI, éventuellement en dehors des heures de cours.

Des compétences diverses

Quelques compétences plus particulièrement travaillées :

  • savoir chercher dans des documents, en tirer des informations sans faire de recopiage, en reformulant avec ses mots ;
  • savoir tirer parti de l’essentiel de récits lus ;
  • savoir travailler en groupe à certains moments ;
  • savoir rédiger des textes divers sous une forme imposée, mais qui laisse de la place à la créativité (appropriation de la notion de point de vue narratif, savoir écrire un texte explicatif et un texte descriptif) ;
  • savoir exposer à l’oral (comptes rendus de lecture) ;
  • savoir utiliser l’image de façon pertinente.

Reprenons quelques activités liées aux compétences documentaires. Les élèves étaient répartis en groupes de deux ou trois, sur une période de trois semaines environ, à partir d’un choix initial entre plusieurs thèmes. Chacun devait faire trois choix et, en principe, avait un de ces choix comme thème, bien que, dans la réalité, on ait tenu compte des affinités et des commodités d’emploi du temps entre élèves de groupes différents, mais aussi des capacités à réussir sur tel ou tel sujet.

Les élèves ont été au CDI avec les quatre enseignants qui leur ont présenté le travail. Puis ils sont venus à des heures libres au CDI préparer leur exposé, but de leur recherche. Pas toujours simple pour ces élèves si peu autonomes, même si certains avaient acquis l’année précédente quelques bonnes habitudes en « itinéraires de découverte ». Il a fallu brandir la carotte de la note d’investissement, un classeur au CDI devant être le témoin de leur passage aux heures prévues, avec appréciation de la documentaliste lorsque le temps le permettait.

Quels objectifs ?

D’abord amener à des recherches orientées par la restitution. Pour éviter les recopiages (ou, soyons plus modestes, pour les limiter) et inciter à la reformulation personnelle, nous imposions des contraintes comme celle de faire écrire à la première personne (voir exemples ci-dessous).

Ensuite, fixer l’objectif de l’écriture qui, pour certains exposés du moins, allait se poursuivre en vue d’une brochure, imprimée par le CDDP.

Enfin, préparer, mettre en appétit pour la visite effective du château.

Les résultats ont été fort inégaux, mais ce fut tout de même un très bon moment qu’une séance de trois heures de suite pour les exposés, moitié en classe, moitié au CDI.

Ce qu’il faut aussi relever, c’est l’écart existant entre l’ambition initiale et le produit final, écart entre le prescrit et le réel, bon apprentissage pour la jeune documentaliste stagiaire, qui a pu ainsi mesurer tout le chemin à parcourir pour ces élèves de Zep souvent en difficulté avec la langue et peu formés à la recherche documentaire ; mais aussi le sérieux de beaucoup d’élèves, leur investissement, un climat positif et des réalisations parfois très honorables.

Citons par exemple deux extraits de textes réalisés suite à l’exposé par deux jeunes filles :

« Jean-Baptiste Lully nous parle depuis sa tombe...

Je suis né le 28 novembre 1632, à Florence en Italie. Mon nom d’origine était Giovanni Battista Lulli. À l’âge de treize ans, j’apprenais le violon, la guitare, le clavecin et j’étais un excellent danseur. […] À la suite d’une blessure au pied causée par mon “bâton de direction”, la blessure s’est infectée et je suis mort bêtement de la gangrène. Maintenant, je suis sûr qu’on ne meurt plus de simples blessures. Je ne sais pas comment vous écoutez la musique de vos jours, mais j’espère que vous écoutez la mienne. » (Livia)

« Françoise Athénaïs de Montespan

Je m’appelle Françoise Athénaïs de Montespan. Je suis la fille du duc de Montmart et de Diane de Grandseigne et, depuis 1663, l’épouse de Louis Henry de Gondrin marquis de Montespan. Je suis une des favorites officielles du roi et je suis aussi la surintendante de la maison de la reine. Je trouve ce travail tout à fait honorable. Je bénéficie de plein d’atouts, dont celui d’être souvent avec le roi. Sans me vanter, je crois être une des plus belles femmes du royaume. Mon ambition, c’est que mon enfant devienne le futur roi et que… peut-être je serais la future reine et je me marierai avec Louis XIV. » (Aldiouma)

Le CDI a été un lieu pivot tout le long du projet et les documentalistes associées à toutes les phases (et durant la sortie à Versailles tout particulièrement, celle-ci ayant été une belle réussite malgré le temps trop court pour la visite).

Quelques principes à affirmer

Il ne faut pas craindre l’ambition, l’exigence (vouloir que les références soient mentionnées lors de la recherche, que les élèves vérifient si les images capturées sont libres de droits, que les exposés soient faits le moins possible en lisant son texte), à condition de savoir être souple, de savoir réajuster et de s’adapter aux possibilités des élèves.

Il faut accepter l’écart entre le projet initial et le projet fini, sans pour autant être complaisant et renoncer trop vite à la qualité, mais en sachant, comme le dit Molière justement, qu’« il est loin du projet à la chose ».

Un tel travail prend du temps. Ce temps ne peut être le seul temps de cours, il faut arriver à ce que les élèves considèrent la plage d’heures disponibles en dehors des cours comme utilisable, comme indispensable pour un travail personnel approfondi. C’est du temps utile, mais il faut aller au-delà des apparences, qui font considérer une heure où les élèves ont « gratté » ou écouté passivement comme utile !

La recherche documentaire doit être intégrée à un projet d’ensemble, elle doit avoir un but et notamment celui que les élèves la relient à un but. Ce n’est pas évident. Les élèves ont en particulier du mal à se mettre à la place du futur auditeur, du futur lecteur, mais c’est vrai aussi d’adultes cultivés, y compris enseignants ;

Un projet sur le long cours connait des hauts et des bas, il faut souvent relancer la machine, savoir faire preuve d’imagination pédagogique pour cela, mais aussi être organisé. Tout flou se paie en termes de perte de temps et de désordre ;

Une part doit être laissée à l’initiative des élèves, mais à l’intérieur d’un cadre. Il est indispensable d’accueillir leurs suggestions, de susciter des propositions, mais de refuser aussi ce qui s’écarterait trop du but poursuivi.


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