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Recension parue dans le N° 474 de juin 2009

Les stratégies absurdes - Comment faire pire en croyant faire mieux

Maya Beauvallet, Le Seuil, 2009

10 juin 2009

Cet ouvrage ne concerne pas directement l’école. Mais il est particulièrement intéressant dans la période actuelle, car il permet, données à l’appui, de combattre le bon sens et les fausses évidences dans le management et la recherche de l’efficacité. C’est ainsi, par exemple, que payer un acte qui était jusque-là bénévole a pour conséquence de diminuer cette efficacité. Comment ne pas penser à ces stimulants matériels, du genre « heures supplémentaires défiscalisées », censées être un moteur de l’action... Une autre « stratégie absurde » nous intéresse. Une école décide de sanctionner financièrement les parents dont les enfants arrivent en retard le matin (ça ne vous rappelle rien ?) et voilà que le nombre de retardataires se multiplie.
Pour ce qui est des évaluations, ce petit livre écrit par une économiste quelque peu iconoclaste nous montre que, bien souvent, l’attention se concentre sur les indicateurs de performance qui doivent être bons à tout prix et que du coup les acteurs « connaissent mieux l’indicateur et ses rouages, s’en soucient davantage, orientent leur effort vers lui » (les exemples des tests d’évaluation sont assez savoureux).
La conclusion est finalement encourageante, mais en rupture avec une certaine pensée conformiste bien en vogue chez ceux qui veulent noter les performances de chacun, y compris des ministres : « la mode actuelle des indicateurs » (que l’auteure ne rejette pas du tout par ailleurs, et c’est là un des mérites de cet ouvrage nuancé et mesuré) et « la doxa manégériale qui la colporte reposent malheureusement en grande partie sur le fantasme d’un pilotage automatique ou semi-automatique, version contemporaine du vieux rêve mécaniste du système parfait qui éliminerait toute forme d’arbitraire humain et qui dispenserait même de se parler. »
Un ouvrage salubre !

J.-M. Zakhartchouk