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Editorial du n° 512, mars-avril 2014

Les salles obscures

Patrice Bride


Que se passe-t-il dans une salle de classe, une fois que tout le monde a pris place face au tableau, porte refermée, avec une ou deux heures devant soi ? Le professeur suit le programme, bien sûr. Mais il y a aussi loin du texte élaboré par les instances nationales, tel le conseil supérieur des programmes actuellement au travail, jusqu’aux enseignements concrets dans les écoles, que du scénario d’un film à ce qui se déroule à l’écran lors des projections. Et le meilleur scénario ne garantit pas la qualité du film, comme la qualité du film ne garantit pas son succès auprès du public.

Reporter la parution des nouveaux programmes scolaires, comme l’a décidé le ministre, est une excellente mesure si ce temps d’élaboration est mis à profit pour ne pas se contenter d’un toilettage de l’existant, élaborer une approche effectivement novatrice de la définition de ce qu’on estime nécessaire que les élèves apprennent à l’école, associer largement tous les partenaires de la communauté éducative à ce travail d’élaboration, puis à la mise en œuvre des nouveaux programmes.

La place qu’y occupera le 7e art sera significative. C’est un art majeur du XXe siècle, une pratique culturelle importante de la vie des enfants et des adolescents. C’est un formidable vecteur d’apprentissage, par le visionnage de films, même moins réputés, ou par leur réalisation, même modeste.

Le cinéma n’est pourtant pas au panthéon des disciplines scolaires, et personne ne souhaite qu’il ne le devienne. Son utilisation pédagogique est largement du ressort d’initiatives individuelles, et cela peut déboucher sur des pratiques passionnantes, qui mobilisent les élèves sur des projets longs, complexes, développant des compétences variées : notre dossier en témoigne. Mais il serait d’autant plus appréciable que les programmes en préparation légitiment une place importante du cinéma dans les apprentissages. Ils peuvent valoriser sa contribution aux enseignements des disciplines traditionnelles, sa capacité à créer des liens entre elles comme entre les savoirs de l’école et ceux de «  la vraie vie  » des élèves.

Soyons-en convaincus : dans les salles obscures, les élèves apprennent !