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Les politiques de l’éducation en France

Lydie Heurdier et Antoine Prost, La Documentation française, 2014, 554 pages

10 juin 2014

Un ouvrage de référence et des textes surprenants

Au fond, cet ouvrage est le complément indispensable du livre de Antoine Prost Du changement dans l’école, puisque sont proposés là de nombreux textes de référence qui jalonne cette histoire de l’école française, finalement trop mal connue par ceux qui idéalisent le passé, surestiment la nouveauté de certains phénomènes ou au contraire banalisent certaines avancées.

Si une partie du livre se référe à une histoire un peu ancienne, entre Révolution française, textes de l’école de Jules Ferry et Ferdinand Buisson, ou encore de celle de Vichy ou de la Libération, la plus grosse part de cet ouvrage de près de 550 pages est consacrée à des documents plus récents, jusqu’à la Loi de la refondation.

Les auteurs notent la part croissante des textes de lois, alors qu’auparavant et jusqu’à une période récente, on se contentait de décrets, voire de circulaires. Pour autant, cela ne signifie pas que la mise en application a progressé, on pourrait presque dire au contraire. L’écart s’accroit parfois entre de bien beaux textes et leur mise en pratique ou leur absence de mise en pratique. Exemple caricatural du socle commun qui en dix ans ou presque en est à une marche de tortue.

Il y a donc les textes règlementaires, qui ont une part descriptive et une part injonctive (un vrai genre littéraire avec son emploi bien particulier des temps des verbes, où le futur se rêve performatif alors qu’il est plutôt de l’ordre d’un hypothétique pas toujours prêt à affronter le réel). Il y a aussi les commentaires, les discours, les tribunes. Il est bien commode par exemple de trouver rassemblés des textes autour de la querelle public/privé, des morceaux de bravoure de « croisés républicains » ou des textes beaucoup plus techniques comme les modalités d’attribution du brevet des collèges ou une liste d’indicateurs de performance.

Pour un prix modique, on a donc une petite bibliothèque de référence, où on a pourra découvrir des documents parfois surprenants. Citons avec plaisir ces passages du discours d’Edgar Faure, ministre aux lendemains de mai 68, jusque là peu accessibles et que l’on peut savourer, tout en mesurant leur éloignement d’avec ce que pense une certaine droite aujourd’hui : « Modifier les méthodes, c’est diminuer la place du cours magistral pour accroître en revanche, celle des recherches individuelles et collectives, des discussions, des dialogues où se développent les qualités de conception, de raisonnement et d’expression. » Et si on s’inspirait de la circulaire du 6 janvier 1969 sur les notes : « Les travaux scolaires les plus formateurs sont ceux où la préoccupation de la note s’efface : maîtres et élèves avancent ensemble dans la découverte d’un texte, d’un raisonnement, d’une expérience scientifique… et ce n’est qu’à regret que le fil est interrompu pour permettre les contrôles cependant nécessaires. Une pédagogie véritablement active réussit, d’ailleurs, sans difficultés, à inclure le contrôle dans le champ même de l’élaboration des connaissances.[…] Il est bon de prendre consciences de la relativité de la note, et par suite, d’écarter les procédés dont la précision apparente est trompeuse. La notation chiffrée de 0 à 20 peut être abandonnée sans regret. »