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L’actualité de la recherche du n° 561

Les partenariats à l’école vus par la sociologie de l’action publique

Lisa Marx


Les partenariats sont partout dans l’école. Ils se sont imposés ces dernières années comme une évidence, même si cette manière de faire l’école, pas nouvelle, reste floue dans sa définition. Le partenariat a été introduit dès les années 1970 afin d’associer différentes parties prenantes : parents, collectivités territoriales, associations d’éducation populaire, etc. L’école s’ouvre à d’autres acteurs et institutions, pour une meilleure prise en charge de problématiques dont on considère qu’elles ne relèvent pas ou plus uniquement de l’institution scolaire. La sociologie de l’action publique nous aide à comprendre comment, paradoxalement, le partenariat s’est imposé à la fois comme une injonction et un instrument des politiques publiques et comme «  une manière de faire  » qui provient du terrain.

Cette discipline, qui s’intéresse aux institutions, aux acteurs et actrices et aux idées liées aux politiques publiques, permet de poser différentes questions : qui sont ces acteurs et actrices supplémentaires, et comment les mettre d’accord ? Quels sont les effets de ces partenariats sur les enseignantes et enseignants, sommés de travailler avec des personnes ou institutions issues d’autres mondes, avec d’autres manières de fonctionner ? S’agit-il finalement d’une ouverture de l’école ou alors d’une extension spatiale et temporelle de celle-ci ?

On peut d’abord analyser «  le partenariat  » comme une injonction fondamentale des politiques publiques, une norme qui s’impose depuis le haut. La mouvance de la nouvelle gestion publique, qui a inspiré bon nombre de réformes de ces dernières décennies, pose en effet la question du rapport entre l’État et la société, entre public et privé. Le rôle de l’État s’en trouve foncièrement modifié : plutôt que de décider seul des priorités et d’assurer la mise en œuvre des politiques publiques, l’État devrait, de plus en plus, endosser un rôle de coordination entre différents partenaires associés à l’élaboration des politiques publiques et à leur mise en place, dans un esprit de consensus.

Le partenariat est aussi un instrument de politique publique, c’est-à-dire une technique concrète de mise en œuvre des politiques éducatives et de leurs objectifs variés. Une très grande diversité de domaines est concernée, de la lutte contre le décrochage scolaire à l’éducation artistique et culturelle, en passant par l’éducation à l’entreprise ou au développement durable. Ces partenariats s’organisent par ailleurs à différents niveaux, du national, comme pour la récente convention de coopération entre le ministère de l’Éducation nationale et le Medef (Mouvement des entreprises de France [1]), au local, où se négocient les projets éducatifs territoriaux (PEDT).

Enjeux

Penchons-nous sur un exemple issu de l’éducation artistique et culturelle, toujours fortement plébiscitée. Le programme Lycéens et apprentis au cinéma (et les dispositifs analogues Maternelle et cinéma, École au cinéma, Collège au cinéma) associe depuis vingt-cinq ans des institutions du monde de la culture (CNC-Centre national du cinéma, ministère de la Culture, associations des salles art et essai, DRAC-Direction régionale des affaires culturelles) et de l’éducation (ministère de l’Éducation nationale, rectorats), au niveau national comme au niveau régional. La sélection des films proposés aux équipes enseignantes se fait donc à l’intersection entre critères scolaires (en particulier le lien entre les œuvres choisies et les programmes) et des critères propres au monde cinématographique, comme le jugement sur la qualité artistique [2].

Les attentes des enseignantes et enseignants ne sont pas forcément les mêmes que les objectifs des professionnels de cinéma, qu’il s’agisse des salles où ont lieu les projections sur le temps scolaire (leur fournissant ainsi un public au présent et un éventuel public futur) ou des intervenantes et intervenants qui assurent des animations dans certaines classes et visent à convertir les élèves à la vision du cinéma comme un art. Finalement, l’exemple de Lycéens et apprentis au cinéma révèle une tension présente dans de nombreux autres partenariats scolaires : s’agit-il d’éduquer les enfants, en faisant potentiellement prendre en charge des tâches pédagogiques par des acteurs et actrices non issus du système éducatif, ou de les socialiser plus largement, par exemple à une pratique de spectateur de cinéma d’art et d’essai ? La réponse à cette question, et la répartition des rôles entre partenaires, est forcément toujours localisée, circonstanciée et négociée.

Lisa Marx
Postdoctorante, chargée d’étude et de recherche, équipe Veille & Analyses à l’IFE-ENS de Lyon


Pour en savoir plus :

Lisa Marx et Catherine Reverdy, «  Travailler en partenariat à l’école  », Dossier de veille de l’IFE n° 134, avril 2020, ENS de Lyon, https://tinyurl.com/y9w8o36b

François Baluteau, L’école à l’épreuve du partenariat, Academia-L’Harmattan, 2017.

Choukri Ben Ayed, «  Éducation et territoire. Retour sur un objet sociologique mal ajusté  », Les Sciences de l’éducation - Pour l’ère nouvelle n° 51, 1, p. 15‑35, 2018.


[2Cédric Barbier, Thomas Legon, Lisa Marx et Anna Mesclon, «  Les logiques du marché à l’œuvre dans les dispositifs scolaires d’éducation au cinéma  », Cahiers de la recherche sur l’éducation et les savoirs, hors-série n° 7, p. 181‑207, 2020.

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