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Congrès de l’UNL et AG des MDL

Les lycéens s’engagent

Cécile Blanchard et Fadi Makki

3 novembre 2015

Quand des lycéens se rencontrent, qu’est-ce qu’ils se racontent ? Des histoires d’engagement ! Lors de la convention nationale de l’UNL (Union nationale lycéenne) vendredi 30 et samedi 31 octobre et de l’assemblée générale des maisons des lycéens (MDL) lundi 2 et mardi 3 novembre, nous sommes allés à la rencontre de ces jeunes qui s’engagent dès le lycée.


Les lycéens s’intéressent à tout ! A la vie lycéenne - c’est bien le moins -, aux réformes de structure, à la pédagogie qu’ils veulent « révolutionner », au cadre juridique des associations et à leur trésorerie, au syndicalisme, à l’économie sociale et solidaire, à la santé et au harcèlement, selon une sélection non exhaustive dans les programmes de deux manifestations organisées ces jours-ci, la convention nationale de l’UNL et l’assemblée générale des maisons des lycéens. Peu de sujets leur échappent : ils ont manifestement l’intention de faire feu de tout bois pour faire avancer leurs idées, leurs projets et leurs valeurs.

Ils étaient près de 200 inscrits à l’Assemblée générale des Maisons des lycéens, organisée par la fédération des MDL (FMDL) les 2 et 3 novembre. De fait, la salle était bien remplie, avec aussi des adultes venus participer et co-animer des ateliers : CPE, enseignants, chefs d’établissement, délégués académiques à la vie lycéenne... Des lycéens motivés puisque les deux journées sont des journées de cours, qu’ils devront rattraper. A l’UNL, bonne pioche, la convention avait lieu pendant les vacances, vendredi 30 et samedi 31 octobre, mais les 150 participants sont aussi venus de toute la France.

Pédagogie

Le CRAP-Cahiers pédagogiques était invité à participer à un atelier de la convention de l’UNL. Pablo Mage-Barbier, secrétaire national du syndicat et animateur de l’atelier, nous a contactés avec une problématique bien établie : « Comment mener la révolution pédagogique pour mettre fin au décrochage scolaire ? » Très bien documenté sur le sujet, il souhaitait faire émerger des réflexions sur les causes du décrochage, leur lien avec la manière d’enseigner, avec le climat scolaire ou encore la formation des enseignants.

La discussion a eu un peu de mal à s’enclencher au début, puis la quinzaine de lycéens inscrite à l’atelier entra en réelle ébullition : partage d’expériences, de ressentis, d’idées de changement, mais aussi questionnement envers la posture de l’enseignant.

Loin d’être fermés au débat, ils ont manifesté une grande curiosité sur ce que pouvait être « enseigner autrement », mais aussi sur le vécu des professeurs « de l’autre côté de l’estrade ». Une question principale est revenue : pourquoi les choses ne semblent-elles pas évoluer ?

Chercher des solutions

Entre découverte de la complexité du système, des expérimentations de professeurs dans leurs établissements respectifs et le constat renforcé d’une nécessité de changer des choses, les premières solutions se construisent.

Changer l’organisation des journées afin de permettre de faire moins de cours magistral et d’être actifs plus souvent dans les cours. Favoriser le travail de groupe et l’entraide, changer le rapport entre l’enseignant et l’élève, pour passer d’un ressenti « frontal » qu’ils partagent tous, à la sensation d’avoir un adulte qui les accompagne dans leur scolarité… Ce ne sont que quelques-unes des pistes qui ont émergé de cette heure et demi de réflexion.

Une finesse impressionnante dans cette recherche qui montre bien que les constats actuels sur le système éducatif sont partagés et soulignés par les élèves également, et qu’il ne faudrait pas trop compter les cantonner à « l’autre côté de l’estrade » ! D’ailleurs, Pablo a proposé au congrès de l’UNL de créer un pôle national consacré à ces questions, qui s’appellera « sphère éducation ».

Compétences et expérience

Militer quand on est lycéen, c’est formateur. A la tribune de l’AG des MDL, Kalilou, Léa, Pirabhean et Jovel démontrent leur capacité à accompagner ceux qui veulent se lancer dans l’aventure mais rencontrent des obstacles ou ne savent pas comment s’y prendre. Ils sont bien conscients des difficultés, liées en particulier au statut de mineur de la majorité d’entre eux et des réticences que cela leur vaut de la part de certains chefs d’établissement ou des banquiers, en lien avec une vision de la jeunesse trop partagée aujourd’hui : peut-on vraiment leur faire confiance ? Car, à la différence des Foyers socio-éducatifs plus connus sous l’acronyme FSE, qui sont censés tous se transformer en MDL, celles-ci sont gérées collectivement et directement par les lycéens, qui sont responsables de la trésorerie et des choix des projets et des dépenses. Les adultes de l’établissement peuvent être associés mais ne sont pas décisionnaires...

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Pause pendant l’AG des MDL

Pas d’hésitation non plus pour expliquer la différence entre CVL (Conseil de la vie lycéenne) et MDL, textes officiels à l’appui. Aux CVL les compétences scolaires, aux MDL les projets sur le sport, la culture, les arts. Le CVL, présidé par le chef d’établissement est une instance officielle qui « fait partie de l’institution ». La MDL est, elle, une association autonome selon la loi de 1901, gérée par lycéens. « Les lycéens connaissent mal les textes, fait observer Kalilou Sylla, le président de la FMDL, d’où l’importance de les accompagner. » La confusion est fréquente entre les deux et la trésorerie des FSE a parfois servi à financer des projets de CVL qui n’étaient pas de leur ressort...

Ces jeunes savent donc où ils vont : pour eux, s’engager dans une MDL, c’est acquérir des compétences supplémentaires, une expérience particulière, et peu leur importe que ce soit valorisé dans le cadre scolaire : ils assurent qu’ils sauront mettre cela en valeur eux-mêmes pour leurs futurs engagements professionnels, associatifs ou politiques ! Ils expliquent qu’ils n’ont pas besoin la reconnaissance des autres, que leur engagement est un plus en soi et qu’ils veulent d’abord être fiers d’eux-mêmes. Quant aux parents, inquiets du temps que cela prend, ils leurs répondent que toutes les compétences qu’ils acquièrent, c’est aussi de la culture générale et que ça ne nuit pas aux résultats scolaires.

Un bémol : à demi-mot, Kalilou Sylla concède que l’engagement n’est pas aussi évident dans les lycées professionnels : "Il y a des types d’établissement où l’engagement est plus naturel ou plus facile."

Cécile Blanchard et Fadi Makki

A lire sur ce sujet :
L’autonomie par et pour les lycéennes et lycéens

Et aussi :
Le site de l’UNL et son compte Twitter : @U_N_L.
La page FaceBook de la FMDL et son compte Twitter : @MDL_reseau.