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Les inégalités entre États et populations de la planète. Trop, c’est trop !

Gabriel Langouët, L’Harmattan, collection Éducation comparée, 2011.

18 avril 2012

Gabriel Langouët a dresse un état des lieux planétaire sur la question des inégalités entre États et au sein de leurs populations. Il va jusqu’à esquisser des propositions qui permettront un débat solidement argumenté pour les diminuer.

182 pays passés au crible d’indices et de coefficients forment la base de données de ce livre au but clair : il ne s’agit pas de multiplier les statistiques et d’accumuler les tableaux récapitulatifs (36 dont la plupart se subdivisent en deux ou trois). Une phrase résume le projet : « Il est clair que ces inégalités à l’intérieur se surajoutent encore aux inégalités entre États, et les amplifient, notamment quand elles sont très fortes ». Le titre lui-même Les inégalités entre États et populations de la planète est complété par un sous-titre engagé : Trop, c’est trop !

Sommes-nous en présence d’un ouvrage sur les conséquences humaines et sociales de la mondialisation ou d’un opus qui s’intéresse aux politiques éducatives et à leurs conséquences en termes de développement ? C’est bien le second terme de l’alternative qui est abondamment illustré par la position éminente occupée par tous les pays qui consacrent efforts et part maximale du Produit intérieur brut (PIB) à l’éducation : Finlande, Danemark, Corée du sud, entre autres, mais aussi des États que l’on attendrait moins comme Cuba ou le Kazakhstan. Leur analyse et leur histoire expliquent ce classement. L’éducation devient alors indicateur du développement humain, mais aussi facteur essentiel dans ce domaine.

Comment s’y prendre pour traiter un sujet aussi contrebattu que l’état des inégalités dans le monde et à l’intérieur de chaque pays ? L’idée-force est de partir d’une division de la population mondiale en dix groupes à peu près aussi nombreux les uns que les autres pour la première partie et de répartir de la même façon la population de chaque pays pour la seconde. On pourrait critiquer la formulation choisie pour les désigner : des pays « extrêmement pauvres », on va aller par étapes aux « extrêmement riches ». Ces adjectifs ne sont pas discutés en termes absolus, mais relatifs et les pays « extrêmement riches », dont la France fait partie, avec ses nouveaux et anciens pauvres, officiellement si peu recensés, connaissent des situations contrastées eux aussi.

Pour échapper au tout économique, à l’intérieur des pays, le revenu national brut par habitant et par an, sont ajoutés deux indicateurs qui permettent de repérer de 0 à 1 l’écart entre les plus pauvres et les plus riches, tout comme l’indicateur de développement humain que découvriront les lecteurs désireux d’avoir des éléments statistiques fiables permettant les comparaisons. La somme de travail déployée pour calculer ce qui était calculable (ce qui ne l’est pas est toujours indiqué dans les tableaux) et surtout pour trouver une méthode de présentation accessible doit être soulignée. Le pari est réussi et le livre se prête à de nombreuses lectures dont Gabriel Langouët nous livre quelques clés : comparaison inter-groupes, intra-groupes mais aussi comparaison entre pays similaires ou contrastés au sein d’un groupe ou inter-groupes, etc.

Quelques éléments étonnent, voire choquent, dans une lecture superficielle de cette somme : le premier concerne ce que j’appellerai le mauvais classement de l’Afrique du Sud. Voilà un pays qui a su passer à une vie démocratique et dont les résultats ne peuvent s’inscrire dans une dynamique puisque c’est la contrainte de ce projet. La question serait de savoir s’il est en passe de l’être moins. Nous pouvons souhaiter une réédition de ce travail tous les cinq ans qui permettrait de « lisser » certaines catastrophes ou guerres, de voir les sorties d’inégalités ou, au contraire, les chutes dans les inégalités. L’avantage serait d’observer si des réformes démocratiques, mais aussi économico-écologiques, suggérées çà et là et présentées à la fin, portent leurs fruits ou sont victimes des « ruses de l’histoire » dont parle Antoine Prost.

Le développement des propositions (quatre pages si l’on tient compte de l’appellation de la dernière partie qui commence par une conclusion générale, plus si l’on dénombre les éléments présentés en cours d’exposé) semble insuffisant. Certes, les propositions ne manquent pas, mais elles sont d’un tel niveau de généralité qu’on ne peut les prendre pour des programmes directement applicables. La lecture de ce livre s’impose pour réfléchir à l’éducation dans une perspective moins hexagonale ou exclusivement centrée sur les indicateurs PISA. Les résultats présentés reposent sur une méthode appliquée avec rigueur sans négliger d’en situer les limites et les éventuels prolongements. Il faut rappeler avec vigueur que rien ne justifie des écarts de revenu moyen de 1 à 624 entre Burundais et Norvégiens. Se situant, sans utiliser le terme, dans une intention d’altermondialisation plus que de démondialisation, le chercheur met enfin à notre disposition un argumentaire étayé pour passer de l’indignation à la réduction des inégalités.

Richard Etienne

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