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Les inégalités d’apprentissage - Programmes, pratiques et malentendus scolaires

Elisabeth Bautier et Patrick Rayou - PUF, éducation & société, 172 pages, 2009

15 septembre 2009

Tous deux membres du laboratoire Escol de Paris 8, P. Rayou et E. Bautier font, à travers ce livre, le point sur la notion de « malentendus scolaires », féconde en ce qu’elle éclaire les inégalités des élèves devant les objets d’apprentissage, sans que souvent, on s’en rende bien compte. L’élève croit qu’on lui demande sa pensée personnelle alors qu’il s’agit de faire la preuve qu’il sait organiser ses idées. Il pense que dans un débat en classe, il faut « s’exprimer », quand il est nécessaire de prendre du recul critique. II s’évertue, dans le cadre d’une pédagogie centrée sur « l’activité », à faire consciencieusement ce qu’on lui dit de faire (jouer en maternelle ou répondre aux questions sur le texte au collège, ou encore colorier une carte), alors qu’en réalité, ce sont des apprentissages complexes qui sont visés de façon trop peu explicite. Il s’imagine que son contrat est rempli lorsqu’il a « fait ses devoirs », alors que ceux-ci ne sont que des moyens pour assimiler des connaissances et non des fins en soi. Bref, le contrat didactique est loin d’être perçu par les élèves dans sa signification véritable et cela est particulièrement vrai, bien sûr, pour ceux issus de milieux populaires.
On reprochera aux auteurs de critiquer des pratiques ordinaires, et d’offrir à cette occasion des espaces de « récupération » aux partisans d’une école d’autrefois plus cadrée et cadrante (même si P. Rayou et E. Bautier se défendent nettement de toute complaisance envers cette école très sélective). On leur fera grief peut-être de ne pas donner suffisamment d’exemples de pratiques différentes qui allieraient une haute exigence intellectuelle et un souci d’interactions dans la classe, qui reste indispensable. Mais l’objet du livre n’est pas de proposer de « bonnes pratiques » (trop facile, diront certains ?), mais d’interpeler notamment les pédagogies actives, surtout lorsqu’elles confondent l’activité cognitive et l’activisme. Ou encore d’interroger des pratiques axées sur les compétences lorsque le verbe « faire » devient envahissant et occulte la réflexion et l’acte d’enseigner-apprendre. D’autant que les auteurs s’appuient sur de nombreuses observations dans des classes, notamment en milieu populaire, qui montrent tout le chemin à parcourir pour mettre en œuvre une pédagogie adaptée à notre temps, aux contenus et aux élèves actuels. La bonne volonté enseignante ne peut suffire. Et ce n’est pas le recours à l’externalisation (la multiplication des dispositifs hors la classe), à l’individualisation qui tend à nier le travail collectif avec l’enseignant dans la classe, et encore moins le renoncement à une vraie formation professionnelle qui vont arranger les choses. Pas plus que l’obsession de la « pacification » des établissements ou de la « motivation » des élèves, qu’on peut comprendre, mais qui éloigne bien souvent de l’élucidation des phénomènes de désordres et d’agitation et de refus des apprentissages. « Les jeunes enseignants pensent que les comportements délictueux des élèves sont un obstacle à leurs apprentissages là où, souvent, ce sont les difficultés d’acquisition de ceux-ci qui suscitent les déviances grâce auxquelles ils ne perdent pas la face ».
Un livre qui synthétise davantage certains travaux (Rochex, Bonnery notamment) qu’il n’apporte d’idée nouvelle, mais qui du coup a le mérite de nous présenter un programme de travail pour ceux qui savent que les réponses aux problèmes scolaires d’aujourd’hui ne sont pas simples ni évidentes. On est très loin du « bon sens » ministériel et de tous les « yaka » qui fleurissent dans les médias.

Jean-Michel Zakhartchouk