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N°438 - Dossier "L’évaluation des élèves"

Les évaluations nationales externes
À quoi ça sert ?

Par Ladislas Ntamakiliro

Les épreuves externes, les évaluations nationales en France et en Belgique, les épreuves communes en Suisse romande, remplissent différentes fonctions.
Elles suscitent cependant encore des interrogations sur leur validité et leur utilité.

Les pratiques d’évaluation externe visant à la fois à compléter l’évaluation interne et à renseigner sur le système scolaire tendent à se généraliser à tous les niveaux de l’enseignement. Les fonctions de ces épreuves, les degrés concernés et les disciplines visées varient d’un pays à l’autre.

En Belgique et France : diagnostiques et formatives

En Belgique francophone, les épreuves externes sont organisées depuis 1994 dans l’enseignement primaire et secondaire. Destinées à l’évaluation diagnostique et formative des élèves dans les principales disciplines, elles portent sur les socles de compétences définies dans le programme officiel. Les enseignants reçoivent les consignes de correction, et les pourcentages de réussite par item et pour toute l’épreuve. Ils peuvent ainsi comparer les résultats de leurs élèves à ceux de l’échantillon national. D’autres analyses des données récoltées contribuent à une meilleure connaissance des résultats du système scolaire.
En France, les évaluations nationales sont organisées chaque année depuis 1989 en début de CE2, de 6e et de seconde, en français et en mathématiques. Leur fonction principale est d’aider les enseignants à bien diagnostiquer les acquis des élèves et à différencier l’enseignement. À cet effet, les documents remis aux enseignants comportent des tableaux de spécification des objectifs évalués ainsi que des conseils méthodologiques en plus des consignes de passation et des critères de correction. Les indicateurs des résultats des élèves en français et en mathématiques sont en outre publiés chaque année sur la base des données récoltées auprès d’un échantillon représentatif de toutes les écoles publiques et privées du pays.

En Suisse romande : diagnostiques et certificatives

En Suisse romande, les pratiques d’évaluation externe varient d’un canton à l’autre. Dans le canton de Genève, les élèves passent les épreuves communes à différentes étapes de la scolarité obligatoire. Au primaire, ils sont évalués en français et en mathématiques. Leurs résultats à ces épreuves complètent les bilans certificatifs de fin de cycle établis par les enseignants. Au secondaire inférieur, les épreuves communes sont passées deux fois chaque année dans les principales disciplines. En début d’année, elles sont passées dans un but diagnostique et en fin d’année, dans un but certificatif. Les décisions de promotion, de redoublement et de réorientation se fondent en partie sur les résultats aux épreuves communes de fin d’année. Les statistiques des résultats de l’ensemble des élèves du canton servent alors de référence aux enseignants et aux responsables d’établissements pour situer le niveau de leurs élèves, à l’autorité scolaire pour prendre la mesure des résultats du système scolaire et des disparités entre élèves et entre établissements.

Dans les trois pays cités, les dispositifs d’évaluation externe répondent à deux logiques : l’évaluation des élèves, d’un côté, le monitorage du système d’enseignement de l’autre pour lutter contre l’échec scolaire et assurer plus d’équité.

La différenciation des fonctions de l’évaluation en question

En pratique, tout se passe comme si les différentes formes d’évaluation, loin d’être antinomiques, se complétaient. Les épreuves externes sont utilisées à la fois pour l’évaluation pronostique, formative ou certificative des élèves et pour la connaissance des résultats du système scolaire. Quant aux évaluations internes, on sait que la majorité des enseignants ne différencient pas l’évaluation formative et l’évaluation certificative.
Si la multifonctionalité des épreuves externes ne constitue pas en soi un problème, leur validité et leur fidélité sont en revanche limitées. Comme moyen d’évaluation des élèves, elles ne couvrent qu’une partie des objectifs pédagogiques et dans certaines classes, les élèves sont évalués sur des contenus qu’ils n’ont pas appris. Comme moyen d’évaluation des programmes, elles se limitent au socle de compétences et la standardisation des conditions de passation et des critères de correction est relative car certains enseignants n’appliquent pas toutes les consignes à la lettre. On comprend pourquoi les épreuves externes représentent un complément et non une alternative aux évaluations internes pour la mesure des progrès des élèves ou pour la connaissance des résultats du système scolaire.

Ladislas Ntamakiliro, Chercheur en éducation - URSP (Unité de recherche pour le pilotage des systèmes pédagogiques) de Lausanne (CH).


Quelques références

- Crahay M., L’école peut-elle être juste et efficace ?, Bruxelles, De Boeck, 2000.
- Lafontaine D., Ntamakiliro L., Tessaro W. et Weiss J., « Épreuves externes : évaluation de la qualité des apprentissages ou des curricula », Actes du 15e colloque international de l’ADMEE-Europe et congrès annuel de la SSRE, Université de
- Levasseur J., « Vers une évaluation dynamique des apprentissages scolaires », Actes du 12e colloque de l’ADMEE, Université de Mons-Hainaut, 1998.
- Monseur C. et Demeuse M., « Les évaluations externes permettent-elles une régulation efficace ? », in M. Demeuse, A. Baye, M.-H. Straeten, J. Nicaise et A. Matoul, Vers une école juste et efficace, Bruxelles, De Boeck, 2005.


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