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Recension parue dans le N°402 de mars 2002

Les écrivains français racontent l’école, 100 textes essentiels

Claude Thelot, Delagrave, 2001.

8 mars 2002


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L’école en France occupe une place considérable, on le sait, dans les débats publics, dans l’imaginaire des Français, dans les préoccupations de chacun. Mais cette place reste très modeste dans la littérature. On aurait pu s’attendre à ce que les écrivains s’emparent de ce sujet comme matière romanesque. Or, ce n’est pas le cas et on a du mal à constituer un florilège d’écrits sur le monde de l’école, en dehors des souvenirs autobiographiques, et de quelques textes très connus, s’adressant souvent davantage à la jeunesse qu’aux adultes (Pagnol, Daudet).

On peut donc saluer le travail mené par Claude Thélot qui a rassemblé sur ce thème de l’école cent textes (abusivement qualifiés d’essentiels et qui ne sont pas tous d’écrivains puisqu’on y trouve Christine Bravo ou Marguerite Gentzibittel, ce qu’on peut sans doute regretter).

Les textes, parfois longs, parfois très brefs (tel l’hommage inattendu de Voltaire à ses maîtres jésuites), sont classés par grands thèmes (les contenus, les examens, les relations avec le maître) et accompagnés de mini-présentations de C. Thelot, souvent pertinentes et éclairantes.

On appréciera, même si là encore il ne s’agit pas d’un « écrivain », le beau texte de Ernest Lavisse déplorant que les « humanités », tels qu’on lui a enseignées, lui ont appris si peu sur l’humanité. On lira avec délectation les évocations du « certif » (Colette, Jean L’Hote), on savourera la diatribe de Hugo contre un certain enseignement qui éloigne du plaisir d’apprendre.

Certains textes résonnent fort avec l’actualité, tel Jules Romains s’interrogeant : que dire aux élèves devant la montée des périls au début du XXe siècle. La nostalgie est parfois présente, mais l’évocation de la vie au collège de Zola ou de la leçon de récitation d’André Gide sont autant de réquisitoires contre une certaine école refermée sur elle-même et peu centrée sur l’élève ! Et on se régale toujours avec les extraits de Topaze ou des Mots de SartreŠ Paul Guth, bof !

On s’étonnera cependant de bien des oublis. Comment, pas de Vallès, alors que certaines pages de L’Enfant sont incontournables sur ce thème ? Et Michel Butor dont le Degrés est une peinture inégalée du « petit monde » des classes choisies du cinquième arrondissement ? Et Simone de Beauvoir ? Et l’admirable Louis Guilloux et son personnage de Cripure ? J’ajouterai un roman moins connu mais très savoureux : Mémoires d’éléphant d’Alain Gerber.

Mais il est vrai que Claude Thélot indique qu’il accueillerait avec plaisir les suggestions de lecteurs. Qu’il prenne comme telles les remarques qui précèdent.
Signalons que l’école, plus exactement l’éducation et l’apprentissage peuvent être étudiés désormais bien plus facilement en classe. On trouve des textes de plus en plus nombreux dans les manuels (notamment en seconde) et dans des anthologies comme celle publiée sous la direction de Nathalie Marinier chez Étonnants Classiques Flammarion (De l’éducation). Celle due aux éditions Librio (L’école de Chateaubriand à Proust) contient des textes intéressants, elle aussi, mais malheureusement accompagnés d’ahurissants commentaires d’un « républicaniste pur et dur » qui ose écrire que « contrairement aux pédagogues ou sociologues, les écrivains ne se trompent jamais » ! Et que l’école n’a pas besoin de s’ouvrir, puisqu’elle est la vie elle-même. Il suffit de relire le texte de Lavisse dans l’anthologie de C. Thélot pour en douter...

Jean-Michel Zakhartchouk


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