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N° 411 : Quand les élèves se mettent en danger, coordonné par Thierry Goguel d’Allondans, David Le Breton et Isabelle de Péretti

Les conduites à risques des jeunes

Editorial


Si le risque est inhérent à la vie et s’il demeure une bonne alternative à l’ennui, la recrudescence, depuis les années soixante-dix, des conduites à risques des jeunes générations laisse perplexes les parents, les enseignants, les travailleurs sociaux. À l’instar d’adultes, néo-aventuriers, qui s’adonnent à des exploits coûteux et très largement médiatisés, de manière souvent plus intime, voire secrète, des enfants et des adolescents cherchent, au risque parfois de leur vie, une plus-value de sens à leur existence. Ces flirts avec la mort ou son signifiant prennent des formes diverses. Parmi les plus connues citons : les tentatives de suicide, les polytoxicomanies, les sports de l’extrême (particulièrement ceux qui font appel au vide, à la glisse, à la vitesse...), la fugue (et toutes ses errances), la délinquance, les violences, mais aussi l’anorexie, la boulimie, et l’atteinte au corps de certaines marques corporelles. De manière plus fugace, de nouveaux « jeux inquiétants » apparaissent : traversée à pied d’une autoroute, pratique du roller accroché à des voitures, simulacres de strangulation, etc. qui, chacun à leur manière, témoignent d’une quête impossible, de la difficulté du passage à l’âge d’homme, d’une détresse.
Ce numéro propose des analyses, des regards croisés de chercheurs, de parents et d’acteurs de prévention dans les établissements scolaires et dans les quartiers. Il donne aussi largement la parole, on le verra, aux jeunes : témoignages denses, poignants qu’il importe d’entendre. À partir de ces analyses et de ces paroles, nous espérons proposer des points d’appui pour l’appréhension de conduites si déstabilisantes. Nous voudrions stimuler les actions collectives concertées, à une époque où le refus de la complexité des problèmes et la recherche de solutions répressives semblent prendre le pas sur la démarche éducative.

Thierry Goguel d’Allondans, éducateur spécialisé et anthropologue.
David Le Breton, sociologue, université Marc Bloch, Strasbourg.
Isabelle de Péretti, professeur de lettres en lycée.