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Les compétences documentaires, au cœur des apprentissages ?

avant-propos par patrice bride et Jean-Michel Zakhartchouk


Nous vous proposons un dossier quelque peu hybride, composé d’une première partie de textes inédits, rassemblés grâce au travail de coordination de Muriel Frisch, puis d’une deuxième regroupant des articles issus de nos archives, en particulier d’un dossier datant de 1995, intitulé «  La documentation, un outil pour toute une équipe  » : comme une occasion de revisiter les problématiques récurrentes dans le rôle des documentalistes dans les établissements du second degré en les confrontant à des questions nouvelles.

La documentation est-elle une discipline d’enseignement au même titre que les mathématiques ou les langues vivantes ? Quelles missions pour le professeur documentaliste parmi ses collègues enseignants, dans l’établissement ? Quelles notions, compétences spécifiques aux pratiques documentaires ? Si ces questions se posaient déjà de façon forte en 1995, elles prennent une dimension nouvelle dans le contexte actuel. D’abord du fait de la généralisation des outils numériques, qui ouvrent l’accès extraordinaire à des ressources documentaires, qui interrogent la place du CDI comme lieu de ressources sur support papier ; ensuite par la nouvelle approche des contenus d’enseignement représentée par le socle commun de connaissances et de compétences.

Oui, dans notre siècle de l’abondance d’informations, de la facilité apparente pour s’informer, ponctuée par les mots magiques de nos élèves, «  Wikipedia, google, jelaitrouvésurinternet…  », il est indispensable que l’école joue son rôle de structuration, de cadrage, de travail méthodique, même s’il est bousculé par les nouveaux modes d’appréhension de ces informations. Il n’est pas sûr que les formulations du socle commun, et encore moins du livret personnel de compétences, aient pris la mesure du travail qui est à accomplir, mais beaucoup d’enseignants sont convaincus que l’enjeu est fort, lorsqu’on voit nos élèves peiner à dépasser le couper-coller, à éviter le recopiage de bonne foi ou à échapper à la chronophagie de la recherche sans bornes ni règles, à démêler le vrai du faux, le fiable du moins fiable et à frapper aux bonnes portes pour répondre aux tâches de «  recherche  » données par le professeur.

Nombre de textes présentés ici plaident pour un vrai «  mariage d’intérêt  » entre enseignants de disciplines et documentalistes, nécessaire si on veut pouvoir les aider à se débrouiller dans une véritable «  forêt équatoriale  » ou à réussir les «  brevets  » de documentation évoqués dans un des articles. De plus, comme le dit Françoise Clerc : «  Utiliser une documentation suppose la construction d’une forme d’abstraction nécessaire pour se situer dans le réseau des connaissances, entraine à la formulation de problématiques plus ou moins complexes qui sont nécessaires pour mobiliser les ressources disponibles et mémoriser les informations.  » Autrement dit est posé le principe même de toute compétence qui consiste à mobiliser des ressources pour réussir une tâche, comme le rappelle Sabine Kahn. La compétence documentaire devient ainsi l’image même de toute compétence, sa transversalité renvoie à la nécessaire transversalité des apprentissages. Raison de plus pour penser qu’on est au cœur de ce qu’est «  apprendre  » au XXIe siècle.