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Les candidats au bac : tous ignares ?

À propos de la fameuse « baisse de niveau »

8 juin 2006

En cette période de bac et de polémiques sur l’école, on entend entonner de bon cœur le refrain de la baisse de niveau (ces copies qui prouveraient que les élèves « ne savent plus rien »). Comme le dit un personnage de « La huitième femme de Barbe-bleue », film de Ernest Lubitsch, le niveau (appliqué à un autre sujet) est si bas cette année « qu’il a déjà atteint celui de l’an prochain ».
Lisons les citations ci-dessous. Non, elles ne datent pas de 2006, regardez les dates et prenez à l’occasion un peu de recul (certaines de ces citations sont tirées du livre de Baudelot-Establet Le niveau monte).


“ L’ignorance presque générale de l’orthographe ” (président du jury du bac en 1862 à Rennes)

“ Il semblerait que, dans nos lycées et collèges, on n’apprenne plus la langue française. ” (Girardin, 1864)

“ Nous voudrions simplement rappeler aux candidats que la faculté désirerait ne plus avoir à corriger des fautes d’orthographe aussi nombreuses que stupéfiantes. Elle désire aussi que les aspirants ne fassent pas prononcer par Bossuet ses oraisons funèbres à la cour de Henri IV, ni prêcher la première croisade par Claude Bernard. ” (le doyen de la Faculté des Lettres, 1864)

“ Fléchissement des études dans le second cycle... l’ignorance de plus en plus grande de l’orthographe, la négligence de l’expression, la paresse de l’esprit à analyser et à développer des idées, à suivre un raisonnement. ” (l’inspecteur d’Académie de Paris en 1920)

“ L’enseignement secondaire se primarise... Les élèves des lycées n’ont ni orthographe, ni vocabulaire, exact et varié, ni connaissances grammaticales, ni analyse logique, ni méthode d’expression écrite ou orale. ” (Paul Laumonnier, La crise de la culture littéraire, 1929)

“ Le baccalauréat est devenu dérisoire. Notre élite ne sait pas raisonner, elle ne sait pas exposer. ” (René Soudée, professeur de mathématiques au lycée Louis-le-Grand, 1936)

“ La décadence est réelle, elle n’est pas une chimère : il est banal de trouver vingt fautes d’orthographe dans une même dissertation littéraire des classes terminales... Le désarroi de l’école ne date réellement que de la IV° République. ” (Noël Deska, Un gâchis qui défie les réformes, 1956)

On trouve un tel discours jusque dans notre revue, les Cahiers pédagogiques, sous la plume d’enseignants qui témoignent.

“ Le jeune élève de sixième, bien souvent, ne sait pas travailler. L’énoncé à peine lu, il prend crayon et papier, il écrit.(...) Il n’a parfois même pas lu les questions posées. Il paraît attentif, il a l’attitude de l’esprit attentif, mais n’a pas cette attention mentale qui lui permettrait de progresser. ” ( Un professeur en 1955, publié dans les Cahiers pédagogiques)

“ Pour presque tous, le passage de l’oral à l’écrit se fait difficilement ou lentement, ou incomplètement ; les séquelles en sont ces graves lacunes que l’on constate à tous les paliers de notre enseignement, qu’il s’agisse de la classe de Quatrième, où l’on abandonne les “ leçons ” pour aborder l’étude des textes, ou la classe de Seconde où on commence à faire appel au vocabulaire plus abstrait... ” (Nelly Gensbourger, professeur d’anglais, Cahiers Pédagogiques 1966)