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N° 492 - Les arts, quelle histoire !

Les arts, quelle histoire !

par Bénédicte Duvin-Parmentier et Christine Vallin


Christine Vallin : J’ai vu arriver l’histoire des arts en tant que professeur d’éducation musicale en collège.
Bénédicte Parmentier : Et moi, j’ai participé à plusieurs projets d’ateliers artistiques, puis animé des stages en formation continue et pour les néo-titulaires.
C. : Nous avons passé dix mois à préparer ce dossier. C’est long, dix mois... Sur le terrain et dans les textes que nous recevions, j’ai senti progressivement qu’on passait de la réticence à une implication croissante. Bon, d’accord, l’épreuve en fin d’année a été un bon aiguillon !
B. : C’est vrai, quand on n’a plus le choix… Mais est montée un peu aussi, il me semble, une prise de conscience de la nécessité d’apporter aux élèves une culture artistique éloignée du consumérisme.
C. : Souvent aussi, on m’a dit que cela permettait d’approfondir ses propres connaissances, et comme personne n’est spécialiste, la peur de travailler avec l’autre s’est éloignée. On était un peu tous dans le même bateau, chacun apportant ses propres vivres et puisant dans le panier des autres !
B. : Voilà, oui ! Pas simple d’oser quand même au départ. Nos collègues étaient sceptiques, ne voyaient pas bien ce qu’on attendait encore d’eux.
C. : On ne peut pas dire que les premières consignes ont été claires. Tout le monde tâtonnait, sans formation de spécialité. Très peu rassurant…
B. : Je dirais que, ce qui a réellement pu aider, ce sont certains enseignants qui ont impulsé des projets avec audace et enthousiasme.
C. : Oui, et se sont adaptés au patrimoine local, ont cherché des solutions pas trop onéreuses. Tu estimes alors que l’essentiel dans l’enseignement de l’histoire des arts et la qualité de ce qui est proposé aux élèves réside moins dans une formation institutionnalisée des enseignants que dans leur envie de transmettre largement l’aspect culturel, artistique ?
B. : Pour moi, c’est évident. La formation institutionnalisée véhiculera un discours formaté sur l’art qui est d’une essence particulière, elle risque d’inciter à ne parler, à ne montrer et à ne faire entendre que des œuvres d’art sans risque. Or, en art, pour l’artiste comme pour le spectateur, c’est la prise de risque qui compte.
C. : Il me semble aussi que l’envie de transmettre une œuvre qui nous a bouleversés est essentielle.
B. : À condition – et c’est une de mes marottes – qu’on n’en reste pas à l’émotion. C’est ce que j’appelle le passage de l’émotion au sensible. On théorise, on met en projet et déjà on tend du côté du sensible. En tout cas, on n’est plus dans la seule émotion qui, au final, n’a de l’intérêt que pour soi. Mais qu’espérer pour la suite ?
C. : Le problème n’est pas neuf et répond au destin des travaux interdisciplinaires. On peut compter sur la bonne volonté, l’exigence et l’abnégation puisque ce désir-là de travailler ensemble parait renaitre de ses cendres, tel un phénix, et revivre à travers les dispositifs en métamorphose.
B. : Moi je suis parfois inquiète, tout est encore bien fragile quand il faut se confronter à d’autres temps, d’autres enjeux que l’enseignement d’une discipline qui continue à ne pas en être une.
C. : Reste à inviter nos lecteurs à entrer dans le dossier.
B. : À visiter notre exposition, tu veux dire ?
C. : Vu le sujet, cela paraissait judicieux ! Parcours alors…
B. : …entre émotions et savoirs, entre ressources et pratiques.
C. : De quoi rêver en apprenant.
B. : De quoi apprendre en rêvant…