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N°461 - Dossier "STG, quelle rénovation ?"

Les STG au cœur des enjeux de l’école

Par Françoise Bessette-Holland

Les sections tertiaires en lycée ont trouvé leur origine dans les choix politiques de ces quarante dernières années dans un contexte de crise et de souci d’adaptation des formations au marché du travail. Elles sont au cœur des objectifs et des mutations de l’école depuis vingt-cinq ans.

Les sections tertiaires en lycée ont connu un essor très important ces vingt-cinq dernières années. L’objectif de 80% d’une classe d’âge au baccalauréat fixé par Jean-Pierre Chevènement en 1984, a permis à des jeunes qui auraient auparavant été écartés précocement du système scolaire d’accéder aux études secondaires. De fait, si les bacheliers ne représentaient que 33 % d’une classe d’âge en 1987, ils étaient près de 62 % en 2001, chiffre à peu près stable depuis 1996 (Rapport Lamouranne, L’ouverture sociale dans l’enseignement post-baccalauréat, avril 2002). Pour Chevènement, cet objectif de 80 % est alors indissociable de la loi-programme pour les enseignements technologiques et professionnels de décembre 1985 : l’essentiel de la croissance devait provenir des baccalauréats technologiques et des nouveaux baccalauréats professionnels. (A. Prost, 1997). Aujourd’hui, les sections technologiques accueillent un peu plus du tiers des élèves de terminales, 25 % des élèves de terminale sont scolarisés dans les sections technologiques tertiaires. (Chiffres de 2005 : Repères et références statistiques, édition 2006).
De « nouveaux lycéens » (Dubet, 1991) sont ainsi rentrés au lycée, orientés parfois avec un sentiment de réussite, souvent avec un sentiment d’échec. Ces jeunes, pour la plupart issus des classes moyennes ou des milieux populaires ont modifié la configuration de l’école : moins préparés à des études longues, ils n’ont pas intégré certains présupposés qui caractérisaient jusque-là les lycéens.

Des enseignants polyvalents aux cursus variés

Pour faire face à cet afflux de nouveaux élèves, de nouveaux enseignants, recrutés en masse ont également intégré l’école. Leurs parcours sont extrêmement divers : cursus universitaire (faculté de droit, d’économie, d’AES...), grandes écoles de commerce ou de gestion, validation d’acquis professionnels en entreprise... Ainsi on trouve au sein du corps des enseignants d’économie-gestion des « profils » variés, introduisant avec eux dans l’école des « valeurs » importées de leur cursus antérieur. Le nombre croissant d’enseignants issus du monde de l’entreprise donne en particulier aux sections STG un exemple intéressant de la confrontation de deux mondes jusque-là relativement hermétiques.
Présents dans tous les types de lycées (lycées polyvalents, lycées techniques, lycées technologiques), les enseignants d’économie-gestion sont le plus souvent amenés à enseigner plusieurs disciplines, certaines étant assez éloignées de leur spécialité d’origine. À l’heure où la question de la polyvalence des professeurs fait débat, les enseignants d’économie-gestion peuvent enseigner une dizaine de matières différentes. Ces matières peuvent avoir une dominante « culturelle » (économie générale, droit, économie d’entreprise) ou une dominante professionnelle (toutes les disciplines relevant des trois spécialités du CAPET et de l’agrégation d’économie-gestion, la gestion administrative, comptable ou commerciale). Toutes ces matières ont pour points communs d’être centrées sur les réalités de l’entreprise ou de son environnement et d’être en perpétuelle évolution Des pans entiers de nouvelles connaissances (en information et communication par exemple), voire de nouvelles disciplines (comme le management des organisations) ont été introduits dans les programmes lors de la transformation des sections STT en sections STG. Les enseignants doivent donc faire un effort constant de remise à niveau et d’apprentissage de nouvelles notions, dans un contexte de réduction budgétaire qui implique une diminution du nombre de stages de formation proposés aux enseignants.

Par la proximité de nombreux enseignants avec le monde de l’entreprise (de plus en plus d’anciens cadres d’entreprises sont recrutés comme enseignants) et par les contenus mêmes des disciplines enseignées, les sections tertiaires ont fait rentrer le monde de l’entreprise dans les lycées et avec lui les logiques marchande et industrielle (Boltanski et Thévenot, 1991 ; Derouet, 1992).
Tout ceci fait des professeurs d’économie-gestion des enseignants assez partagés entre une logique enseignante « classique » et une logique professionnelle imposée par les matières qu’ils enseignent et les contacts qu’ils doivent avoir avec les entreprises. En ce sens, les enseignants d’économie-gestion se trouvent au cœur des évolutions actuelles impulsées par les politiques en matière d’éducation.

Des outils et des méthodes pédagogiques nouvelles

Nouveau public d’élèves, nouveaux enseignants, nouveaux contenus, ce sont également de nouvelles façons de travailler que les sections tertiaires ont importées en lycée. En effet, les approches pédagogiques mises en œuvre par les professeurs d’économie-gestion sont tout à fait spécifiques et correspondent aux exigences pédagogiques liées à la démocratisation de l’enseignement.
Face au nouveau public qui est le leur, les professeurs d’économie-gestion sont amenés à développer des approches pédagogiques particulières qui permettent de donner du sens aux apprentissages et de faire acquérir à des jeunes aux capacités d’abstraction souvent faibles les compétences nécessaires à une poursuite d’études et à terme à l’entrée dans le monde des entreprises. Sont privilégiées les approches inductives, la pédagogie active et aujourd’hui la pédagogie de projet, approches constructivistes consistant à partir des connaissances et du vécu des élèves pour monter vers la conceptualisation.
L’utilisation et l’apprentissage des nouvelles technologies de l’information sont également essentiels dans l’enseignement de ces disciplines. Ainsi l’enseignement met-il en jeu des savoirs, des individus et des objets dans une approche réticulaire à tous les sens du terme (les élèves travaillent souvent en réseau sur informatique) avec une prégnance de plus en plus forte de la pédagogie de projets.

Nous pouvons donc conclure que les sections STG, par le public d’élèves qu’elles accueillent, par la diversité des professeurs qui y enseignent, surtout par l’actualité des savoirs et outils qu’elles mettent en œuvre, par les pratiques pédagogiques innovantes qu’elles préconisent, par l’ouverture sur la société qu’elles imposent, sont au cœur des enjeux de l’école aujourd’hui. Trop peu étudiées en sciences de l’éducation, ces sections méconnues préfigurent pourtant nombre des évolutions de l’école du XXIe siècle. À travers les sections STG c’est une réflexion générale sur le système éducatif français que nous pouvons amorcer.

Françoise Bessette-Holland, professeure d’économie-gestion, lycée polyvalent du Dauphiné, Romans sur Isère (Drôme).


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