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Actualités de la recherche

Les LéA : leviers de changement

Interview de Catherine Loisy suite à la présentation du Cahier n° 509 « Ce qui fait changer un établissement. »

11 février 2014

Roxane Caty-Leslé : Vous avez participé à la mise en place des réseaux LéA (lieu d’éducation associé) en 2011. Comment cela a-t-il démarré ?
Catherine Loisy : Au moment de la création de l’IFÉ à Lyon, Luc Trouche a impulsé l’idée d’apporter des changements au fonctionnement de la recherche sur le terrain, à partir d’une position fondamentale : considérer l’éducation comme un fait social total. Et donc prendre en compte le fait collectif et les interactions de toute instance éducative avec son environnement. Dès avril 2011, une équipe resserrée (Luc Trouche, Réjane Monod-Alsaldi et moi–même) avons initié les fondements de ce projet. Par la suite un comité de pilotage et un comité scientifique ont été constitués. D’une part, la dimension territoire est apparue et nous a conduits à prendre en compte tous les niveaux scolaires de la maternelle à l’université et aussi d’autres lieux d’éducation. Par exemple le LéA du CHU de La Réunion, centré sur l’éducation thérapeutique des patients diabétiques. Aujourd’hui, sur le territoire français, un réseau de 31 LéA, dont 7 sur l’académie de Lyon s’est formé.

En quoi consiste un LéA ?
Les LéA ont été définis dans le programme scientifique de l’IFÉ comme des lieux rassemblant des acteurs de l’éducation, équipe de recherche, chercheurs et enseignants pour une construction conjointe d’un projet de recherche, dans la durée, avec au pilotage le chef d’établissement. Ce qui est aussi visé c’est la diffusion des savoirs et des résultats issus de ces recherches, non seulement dans le lieu d’éducation, mais aussi par leur mise à disposition en formation initiale et continue des professeurs, des éducateurs et des chercheurs.

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Une équipe LéA

En quoi les LéA peuvent-ils être un des facteurs de changement dans un établissement scolaire ?
Les LéA reposent sur trois piliers : les collectifs, la réflexivité, la visibilité. L’adoption d’une posture réflexive et la construction de collectifs sont deux piliers essentiels du développement professionnel.
Sur le web, donc à très large échelle, la visibilité est assurée par le site des LéA [1] et par un blog où les équipes se présentent et partagent les temps forts de leurs activités. Les pilotes du projet incitent également les LéA à faire connaitre leurs projets dans les réseaux institutionnels (Journées de l’innovation, réseau de l’innovation RESPIRE). Les LéA sont reconnus par l’institution, notamment par les structures de pilotage de l’éducation nationale au niveau académique (CARDIE, DASEN, IEN, IA-IPR). En interne, le réseau des LéA dispose également d’un espace de travail collaboratif où les équipes partagent leurs questions et difficultés.

Pour soutenir la posture réflexive, différents outils formalisent les activités : le journal de bord, l’état des lieux annuels.
La dimension collective est soutenue également par l’organisation régulière d’un séminaire et de journées de travail au cours desquelles les équipes se rencontrent et mettent au travail les questions essentielles propres aux thématiques de recherche des LéA ou concernant l’organisation du réseau.

Où trouve-t-on ce qui a été produit par les équipes, et qui peut donc servir à tous ?
De multiples ressources sont construites par les enseignants et les équipes de recherche, et exploitées en classe ; on trouve des productions diverses comme des scénarios de jeux, comme ceux produits par le LéA Madame de Staël dont la recherche porte sur les jeux et les interfaces tactiles pour l’enseignement des sciences. Le LéA Pôle e-TICE de l’ESPÉ de Lorraine qui commence sa recherche, prévoit d’en diffuser les résultats au sein de tout le service TICE de l’ESPÉ.

Les LéA prennent en compte l’environnement de l’établissement et englobent, selon leur thématique de recherche, différentes instances (associations, collectivité territoriales) dans leur projet. Par exemple, à Versailles un LéA réunit une école primaire et l’Association Nationale pour l’Education au Goût des Jeunes à travers le projet « Du cognitif au sensoriel ».
En impliquant les équipes de direction, non dans une perspective de contrôle, mais pour que les conditions les plus favorables soient réunies, les LéA peuvent plus aisément devenir des « organisations apprenantes ».

Aujourd’hui, plus de la moitié des LéA ont engagé des actions de valorisation. Les ressources sont diffusées sur des sites en ligne, parfois créés par le LéA comme le site Python (mathématiques comme discipline non linguistique.) Celles concernant la formation sont mises en œuvre soit au niveau du LéA avec une formation interne, soit dans la formation initiale ou continue des enseignants. Par exemple l’équipe du LéA Freinet de Vence est intervenue en formation des remplaçants de la circonscription. Les LéA produisent aussi des parcours de formation des enseignants Pairform@nce pour le second degré, M@gistère pour le premier degré. Toutes ces valorisations contribuent à donner de la visibilité et à construire une image positive des établissements.
Le réseau des LéA reçoit de nouvelles demandes des établissements concernant leurs projets. Si cela peut dénoter un besoin d’accompagnement, c’est aussi le signe que la recherche est perçue comme un vecteur de développement professionnel des personnes et des organisations.

Vous dites que les LéA s’engagent à penser la diffusion des travaux de recherche en direction de la formation initiale et continue, mais aussi en direction des chercheurs. En quoi, où et comment les produits de la recherche des LéA sont-ils diffusés ?

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Catherine Loisy

En ce qui concerne les chercheurs, les méthodologies participatives ou collaboratives produisent un changement de posture. La solidarité horizontale, en est une qu’il faut apprendre à construire.
La recherche menée au sein des LéA permet aux professeurs, aux chefs d’établissement recul et réflexion sur leurs pratiques. L’utilisation directe, à titre d’expérimentation des outils créés, conduit les enseignants à s’approprier une partie de la méthodologie et des théories et, ce faisant, à s’acculturer à la recherche. M@gistère est un dispositif de formation continue tutorée et interactive, pour le premier degré. Il produit des parcours de formation formalisé (outils, fiche ressources, théorie) à destination des enseignants et formateurs.

Si Les LéA sont un des facteurs de changement au sein des établissements, comment faire pour que le changement perdure ?
Souvent les changements en éducation restent éphémères car ils reposent sur des pionniers qui sont restés isolés et l’innovation s’éteint lorsque le pionnier s’en va. Tout le dispositif LéA est construit en opposition à cette vue : construction de collectifs et implication des pilotages des établissements. De plus, la prise en compte des caractéristiques des usagers dans la conception (par des méthodologies de type « ingénieries collaboratives », comme dans le LéA Réseau Ecoles Bretagne dont la recherche porte sur les savoirs, les dispositifs, les gestes professionnels) favorise leur future appropriation.

Compte tenu de la jeunesse du dispositif, nous ne sommes en revanche pas en mesure de dire si les changements soutenus par les LéA vont effectivement s’inscrire dans la durée. Mais on a pu observer, par exemple dans le LéA Germaine Tillion, que certains enseignants, au départ réfractaires à enseigner l’orientation, ont souhaité au bout de deux années du projet bénéficier d’une formation interne menée par les acteurs du LéA. Le pilotage de l’établissement, et l’intégration du projet de chaque LéA au sein d’un réseau, restent fondamentaux pour la réussite du projet et sa continuité.

Propos recueillis par Roxane Caty-Leslé


[1Pour candidater à un LéA date limite de candidature est fixée au 30 mars 2014.