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Les portraits du jeudi par Monique Royer

Le tutorat, un lien humain pour la réussite

Jacques Rodet

18 février 2016

La relation humaine est loin d’être absente dans la réussite d’un parcours de formation à distance. Quelles sont les particularités de ce lien virtuel, cet accompagnement ? Que nous dit-il de la relation pédagogique ? Jacques Rodet, maître de conférences associé à l’Université de Versailles et consultant, se penche sur la fonction tutorale depuis l’émergence du e-learning. De la Formation ouverte et à distance aux Moocs, il partage avec nous un panorama sur le tutorat.


L’univers de la formation est le sien depuis 25 ans. «  A tous les postes, formateur, responsable pédagogique, directeur de centre  » précise-t-il. C’est la PAO (publication assistée par ordinateur), qui l’a amené vers ce secteur en ajoutant à son rôle d’installateur de logiciels, le souci de former les utilisateurs. Son intérêt pour la formation à distance naît en 1997 avec une demande de plus en plus forte pour des formations personnalisées, pour lesquelles des solutions classiques étaient peu adaptées. Il cherche des alternatives, regarde ce qui se fait ailleurs et reprend le chemin des études qu’il avait quittées après le bac. Il suit un DESS de formation à distance avec la Télé université de Québec tout en continuant à diriger son centre de formation.

Son parcours durera deux ans et demi et il appréciera l’adaptation à ses contraintes, la possibilité d’avancer à son rythme tout en étant suivi, accompagné, par les enseignants mais aussi par ses pairs. «  J’ai eu tôt un intérêt pour ce que devenait la relation pédagogique quand on est moins en présentiel. Comment peut-on maintenir un lien pédagogique tout en étant à distance ?  ». En 2003, il lance une communauté de pratiques sur le tutorat qui se transformera en réseau au fil du temps. Toujours actif aujourd’hui t@d, pour tutorat à distance, est un site de ressources et de références pour ceux qui s’intéressent à la formation à distance. Il répertorie dans une base documentaire les articles, mémoires et thèses. Deux revues sont également proposées, l’une regroupant des billets du blog de t@d, l’autre conçue comme un espace d’expression des praticiens.

t@d est pour lui une activité bénévole, dans un univers professionnel alternant le métier de consultant auprès de centres de formation, d’universités et celui de maître de conférences associé sur le thème de la gestion de projets. Le e-learning relie les trois en visitant l’approche stratégique, la conduite du changement, la formation des enseignants et formateurs aux fonctions tutorales, l’animation de communautés virtuelles. Le tutorat en est la clé de voûte, une clé explorée sous des angles complémentaires et approfondis lors du séminaire organisé pour les 10 ans de T@d.

L’événement avait été organisé par un groupe constitué pour le projet. Des membres du réseau peuvent ainsi se regrouper ponctuellement autour d’un thème comme celui de la comptabilisation du temps de travail des tuteurs ou encore l’élaboration d’un cahier des charges pour un outil gardant la mémoire de la relation tutorale. «  Garder une mémoire exhaustive des échanges est important lorsqu’on accompagne un groupe important d’apprenants. Cela permet de personnaliser les apports en fonction des questions déjà posées. L’étudiant se sent pris en compte personnellement  » explique Jacques Rodet. L’outil pourrait aussi permettre de rechercher à partir de mot-clés des intervention déjà réalisées, y compris par d’autres intervenants. «  Cet aspect communautaire est important également car beaucoup de tuteurs vivent l’isolement  ». Pour qu’il soit développé, un appel à contribution participative sera fait pour tout ou partie du financement.

A la recherche du tuteur idéal ?

«  On parle de tuteur au singulier mais les tuteurs interviennent sur l’ensemble des besoins de l’apprenant concernant le contenu, la motivation, la métacognition et le domaine socio-affectif  ». Il souligne la tentation de rechercher un tuteur-orchestre, un «  mouton à cinq pattes  » à la fois didacticien, technicien, animateur alors que les fonctions diverses appellent à une «  typologie des profils de tuteurs  ». Le rôle peut-être celui de conseiller pour le choix des cours, de référent tout au long du parcours, de concepteur. Il peut accompagner sur le volet administratif, d’un point de vue technique, sur le projet ou encore pour le suivi en entreprise lors du stage, lors de la production du mémoire, etc.

Le tutorat peut-être exercé par une personne ayant suivi la même formation apportant un soutien sur le plan motivationnel et socio-affectif. Il se joue aussi entre pairs lors des travaux collaboratifs ou dans les forums avec une entraide y compris au niveau technique. Les profils sont variés. En université, on trouve des doctorants, des étudiants en fin de cursus, dans les organismes de formation, les tuteurs ont souvent une autre activité, de formateurs notamment. Jacques Rodet parle d’ingénierie tutorale pour prendre en compte les besoins d’accompagnement des apprenants et les profils de tutorat qui en découlent. La conception de la formation intègre alors la conception d’un scénario tutoral avec des interventions définies dans le temps. Pour éviter l’isolement, il préconise «  l’initiation de communautés de pratiques pour les tuteurs qui interviendront dans le projet pour mutualiser avec une production commune d’une charte, d’un guide de bonnes pratiques ou d’un outil de suivi.  »

Et avec les Moocs ?

Paradoxalement, l’émergence des Moocs met en relief l’importance du tutorat dans les formations à distance. «  Le tutorat a pour objectif de faire réussir les apprenants.  » Les Moocs offrent un accès à des contenus souvent de qualité, séquencés pour une durée donnée mais en règle générale sans accompagnement. «  La grande différence entre la formation ouverte et à distance et les moocs c’est la massification. Beaucoup d’initiative de moocs se fondent sur le connectivisme Ils mettent à disposition les cours mais cela ne va pas plus loin avec une liberté d’organisation de la part des apprenants.  » La réussite se mesure aux taux de complétion, au nombre de parcours complet pour ceux qui suivent le cours jusqu’à la fin. Ces derniers sont peu nombreux, 5 % en moyenne. Tous les participants ne visent pas forcément l’obtention du badge qui formalise la réussite, ils recherchent des connaissances sur des points précis.

Depuis quatre ans, Jacques Rodet travaille sur le tutorat dans les Moocs. Il propose de s’intéresser au taux de réussite personnel, en lien avec l’objectif de la personne et au taux de réussite en lien avec les objectifs de formation. Le tutorat est alors pro-actif avec un questionnaire avant la formation pour que le stagiaire, au regard de ces objectifs, se positionne et puisse mesurer sa progression par la suite. Selon le profil, des messages d’accompagnement rythmeront le parcours. «  L’un des intérêts majeurs de la formation à distance est de réinterroger nos pratiques. Toutes les générations de formations à distance ont d’abord ignoré l’accompagnement et c’est face aux abandons que le tutorat a été introduit.  » Avec les moocs, avec les potentiels des smartphones y compris dans les pays où les réseaux filaires sont peu disponibles, la formule a de beaux jours devant elle et la fonction de tuteur avec.

Monique Royer

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Les portraits de Monique Royer
Ils enseignent en classe d’accueil, au Liban, à des élèves handicapés. Ils utilisent un blog, de la couleur ou les volcans. Ils sont enseignants, chef d’établissement, journalistes. Ce sont dix-neuf portraits d’enseignants et d’acteurs de l’école que l’on découvre dans ce dossier